Moutons d’Automne

Passage express pour poser quelques photos, puisque je n’ai pas résisté à la nouvelle attraction du village : 5 tondeuses-à-pattes, qui font un super boulot de débroussaillage (McClane a repéré les « chiens végétariens » lundi, mais son instinct de Husky X Border Collie l’a rendu un peu compliqué à gérer, alors cette fois, je suis allée voir les bestioles sans lui) .

Mais surtout, on est mercredi et c’est l’automne depuis hier, et j’avais vraiment besoin de nature et de tranquillité, histoire de parler aux moutons, mais aussi aux arbres.

Et au passage, une jolie grappe de petites roses pour ma Soeur.

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Aventures et « Bin évidemment »

Quelques mots et deux ou trois réflexions non païennes, avec beaucoup de smileys.

Spoiler : ça parle de tests Covid et de masques. Si ça ne vous plaît pas, ne lisez pas.

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Calendrier 2020-2021

Si ça vous intéresse, vous pouvez télécharger ici le calendrier 2020-2021. J’y ai apporté quelques modifications, principalement astrologiques (passage des planètes dans les signes, rétrogradations et aspects principaux).

Un petit aperçu des différentes pages :

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Comprendre la Préhistoire de la Région

Parce que la préhistoire me passionne depuis des décennies (à se demander si je ne me suis pas trompée de métier…) ; parce que Dame Ourse me rappelle fréquemment que je dois ce que je suis à mes ancêtres (poussant, avec sa délicatesse ursine, la porte que la Grande Reine avait discrètement déverrouillée en m’incitant à faire quelques recherches généalogiques) ; parce que les Terres Rouges ont réussi, là où tant d’autres lieux ont échoué, à me donner envie de m’y ancrer ; et parce que, tout simplement, je veux en savoir davantage sur la région (où j’ai grandi, que j’ai quittée, où je suis revenue et où, enfin, je me sens chez moi), j’ai encore une fois remonté le temps (et je m’y suis à nouveau perdue, vu que nous sommes déjà le 24 juillet et que je n’ai rien vu passer).

Voici donc un « petit » résumé de ce que j’ai appris, au cours de ces 3 semaines, sur la préhistoire du Languedoc, plus particulièrement les régions où je suis née (Aude), où j’ai grandi (ouest du Gard) et où je vis (ouest de l’Hérault… oui, je suis à l’ouest ). Ces recherches ont confirmé un certain nombre de ressentis, les plus marquants étant la phrase « à la croisée des chemins » qui m’est venue quand nous avons découvert le village où nous habitons aujourd’hui et celui de ma Soeur lors de la visite au dolmen de Gragnos, il y a 4 ans. Elles font aussi revenir sur le devant de la scène certains personnages qui attendent le chapitre 7 depuis fin 2014 (ils ont attendu plusieurs millénaires, ils ne sont pas à ça, non plus ), mais bon, ça, c’est une autre histoire…

Sources : Défense et illustration du Néolithique récent du Languedoc central par P. Ambert ; Les parures de la grotte Tournié à Pardailhan par P. Ambert et H. Barge ; Campaniformes et cultures locales en France méditerranéenne par O. Lemercier ; Balade historique dans le biterroisLe Néolithique dans le Saintponais par G. Rodriguez ; Des Mines préhistoriques ; Mine de Pioch Farrus ; Les mines préhistoriques de Cabrières par P. Ambert ; Pratiques funéraires du Bronze final IIIb au premier Âge du Fer en Languedoc occidental et Midi-Pyrénées par S. Lenorzer ; Les nécropoles à incinération du premier Âge du Fer en Languedoc occidental par G. Marchand et M. Schwaller

Aux environs du 7e millénaire AEC (avant l’ère chrétienne), l’homme commence à apprivoiser les plantes et certains animaux : l’élevage se généralise, et les débuts de l’agriculture justifient une sédentarisation progressive des populations. Dans nos régions, le Néolithique apparaît avec 3 millénaires de retard sur le Proche-Orient, berceau de domestications qui ont ensuite été propagées hors du Croissant fertile. Cette propagation se fait par la navigation sur le pourtour méditerranéen : peuplement de Chypre vers 8200 AEC , la Crète vers 7000, l’Italie du Sud vers 6200. Partis d’Italie, quelques colons atteignent le Languedoc vers 5600 AEC. De nouvelles identités se constituent, dont le Cardial, vers 5400, qui s’étendra ensuite vers l’Espagne, le Portugal et l’Aquitaine.

mon cardium, et un exemple de poterie cardiale

Le Néolithique dure 4 millénaires, traditionnellement divisés en trois grandes périodes. Le Néolithique ancien couvre la période 6500 à 4750 AEC et se caractérise par l’apparition des premières poteries. On lui donne aussi le nom de civilisation cardiale, du nom d’un coquillage marin, le cardium, dont la valve est imprimée dans l’argile avant cuisson. Cette décoration ne concerne que les poteries des sites en bord de Méditerranée. A l’intérieur des terres, le décor est constitué de sillons faits au poinçon.

capitelle près de Saint-Chinian

Les premiers néolithiques languedociens sont des pasteurs transhumants, qui mènent dans les garrigues les troupeaux d’ovins et de caprins, et qui s’abritent dans des constructions de pierre sèche dont l’architecture se serait perpétuée dans les capitelles.
Ce premier faciès néolithique débuterait, dans la région, aux environs de 5500 AEC (le terme de « faciès culturel » qualifie un ensemble de particularités qui permet de différencier les groupes humains en fonction de leurs techniques, céramiques, outils, rites funéraires et usages).

Le Néolithique moyen s’étale de 4750 à 3250 AEC et correspond à la civilisation chasséenne. Cette culture d’origine proche-orientale se développe d’abord dans le Sud, puis va influencer les autres cultures néolithiques, pour s’imposer finalement sur tout le territoire de la France. Le Néolithique moyen coïncide avec une importante poussée démographique, peut être due à l’essor de l’agriculture qui favorise l’éclosion des premiers villages, le long des cours d’eau, mais surtout en plaine littorale.
La fin du Néolithique moyen est traditionnellement datée autour de 3700-3500 AEC. En France méditerranéenne, c’est un moment de profonds changements dans tous les domaines de la société. Le changement de mode de vie engendré par le passage à l’agriculture amène les communautés à se fixer, à modifier leur environnement et à développer de nouvelles technologies : exploitation des ressources minérales, céramique, tissage, vannerie. Ces productions variées vont permettre d’alimenter des réseaux d’échanges, et ce bouleversement économique va engendrer une dynamique d’expansion et modifier les rapports sociaux.

Une nouvelle poussée démographique a lieu dans le courant du Néolithique final, période qui voit l’apparition des premiers objets métalliques, puis dès 3100-3000 AEC, la première métallurgie autochtone en Languedoc. Des changements plus profonds affectent les sociétés néolithiques avec l’apparition et le développement de la sépulture collective et du mégalithisme mais aussi d’un art anthropomorphe avec les stèles et les statues-menhirs.
On assiste, au cours du 4e millénaire, à l’apparition de cultures à l’identité affirmée. Les chercheurs placent entre 3600 et 2800 la structuration de groupes régionaux originaux, dont l’apparition reste imprécise et encore discutée. D’une manière générale, les plus anciens ensembles observables témoigneraient d’une tradition antérieure et d’une histoire déjà assez longue. A partir de 3300 AEC, les groupes du Néolithique final sont en place :

Le Ferrérien, ou groupe de Ferrières (Ferrières-les-Verreries, Languedoc Oriental), se caractérise par une céramique originale dont la décoration est toujours basée sur des bandeaux horizontaux. La partie supérieure est décorée de lignes horizontales parallèles tandis que la partie inférieure de la céramique est décorée de bandeaux de lignes brisées ou de chevrons.

Le Vérazien, ou groupe de Véraza (Aude, Languedoc Occidental), qui semble se limiter à l’ouest de l’Orb. Il apparaît peut-être dès 3000 AEC et se singularise par une céramique à décor en relief (pastilles ou petits mamelons), parfois en couronnes. Il existe des vases décorés de séries en files verticales ou en guirlande. Les vases carénés plus récents portent des cannelures verticales ou horizontales. La céramique est à fond rond, mais il existe des formes plates ou bombées.

Le Saint-Ponien, ou groupe de Saint-Pons, aussi appelé Gourgasien, dans les Hauts Cantons de l’Hérault, où prédominent les industries de l’os et de la corne. Les décors des poteries sont très rares, se résumant à des cordons lisses sous les rebords. Les vases sont carénés, à fond rond, et il existe également des marmites et des jarres de stockage à fond rond ou aplati.

Le Fontbuxien, ou groupe de Fontbouisse, se développe en Languedoc oriental et central autour de 2800 AEC. La céramique est abondante, sans fond plat, et généralement décorée de motifs géométriques simples : damiers, bandes horizontales et verticales combinées, guirlandes curvilignes.

Le groupe des Treilles, au Nord, dans la région des Grands Causses (au sud du Massif central, de l’Aubrac à la plaine languedocienne), reste d’abord sous influence chasséenne, puis on voit apparaître des bols sphéroïdaux, munies d’anses latérales, avec des décors en chevrons ou en boutons. Les datations radiocarbone permettent de caler ce groupe entre 3500 et 2200 AEC (datation à partir des sites de Sargel, des Cascades et de la Grotte I des Treilles)

Le Néolithique final  et le Chalcolithique  (ou Age du Cuivre, 2500 à 1800 AEC) voient l’apparition de la métallurgie du cuivre, sans pour autant que l’industrie de la pierre taillée ne disparaisse. C’est aussi au cours de cette période qu’apparaît la céramique campaniforme (en forme de cloche). Les premières implantations campaniformes apparaissent en Languedoc occidental à partir de 2500 AEC, probablement au contact du groupe de Véraza, tandis que le Languedoc oriental reste dominé par le groupe de Fontbouisse et ne sera touché par le phénomène que dans le courant du 24e siècle. Le campaniforme est une évolution complexe qui s’étend sur plus de 1500 ans. Il intervient comme l’achèvement d’un processus amorcé dès le milieu du 4e millénaire.

Le cuivre

Dès le Néolithique Final, les mines de Cabrières vont jouer un rôle essentiel dans la diffusion de la pratique du cuivre en France méridionale. La mine de Pioch Farrus, découverte en 1983, permet de préciser les techniques d’extraction et les procédés utilisés.

Les recherches sur le district minier-métallurgique préhistorique de Cabrières ont permis de préciser l’ancienneté de cette métallurgie (il y a 4310 ans ± 75), les caractéristiques des minerais de cuivre et l’importance de l’exploitation (plus d’une dizaine de sites répertoriés).

La technologie utilisée n’est pas empirique : des influences proche-orientales (où la métallurgie du cuivre est née 2 millénaires plus tôt), expliquent que les premiers métallurgistes languedociens aient pu maîtriser la succession d’opérations nécessaire au traitement des minerais.

L’extraction des minerais carbonatés (azurite, malachite) était réalisée à l’aide de maillets en pierre. La percussion indirecte pouvait être utilisée localement, un éclat de quartz effilé faisant office de coin entre le maillet et la roche minéralisée. Des objets issus du minerai de Cabrières (reconnaissable par sa composition, qui contient de l’antimoine argent et pas de plomb) ont été retrouvés dans tout le Midi de la France.

L’Age du Bronze dure un millénaire, de 1800 à 750 AEC.
Ce nouveau métal, alliage de cuivre et d’étain, bien plus dur que le cuivre et qui permet la fabrication d’armes plus solides, est un apport de l’Europe continentale. L’étain étant très rare dans la région, les routes commerciales de l’étain vont devenir un objet de rivalités. L’introduction de la métallurgie du bronze, autour de 1800 AEC, va voir l’irruption de deux cultures qui vont durer jusqu’à l’Age du Fer :

Allée couverte Saint-Eugène

La « civilisation des tumuli » apparaît à la période du Bronze moyen, vers 1500 AEC, et correspond à l’arrivée de pratiques funéraires consistant à inhumer les morts dans des tombes individuelles recouvertes d’un tumulus. Ce rite semble clairement réservé à une élite, religieuse ou guerrière.

Nécropole de la Rouquette, Puisserguier

La « culture des champs d’urnes » apparaît autour de 1100 AEC (début du Bronze Final). Ces populations d’agriculteurs, installées sur les terres les plus fertiles, incinèrent leurs morts et déposent les cendres dans des urnes, souvent regroupées en de vastes nécropoles. On trouve ces nécropoles dans la plaine littorale qui couvre le bassin de l’Aude, de l’Orb, jusqu’à la vallée de l’Hérault, avec une concentration maximale près de Béziers et Narbonne.

 

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Mode « Rokayou » Activé

Forcément, explorer virtuellement les sites des articles précédents et chercher des infos sur leur histoire, ça ne suffisait pas à ma soif de « rokayoux ». La bestiole est têtue quand il s’agit de très vieilles pierres, un dolmen ne lui suffit pas ! J’ai donc passé plusieurs jours à fouiller la toile pour dénicher un maximum d’informations sur les potentiels mégalithes de la région, et j’ai trouvé quelques sites prometteurs. J’ai donc établi une possible feuille de route (en faisant chauffer Google Earth avec les coordonnées GPS des divers « kayoux »).

feuille de route des divers sites

Il y a finalement un grand nombre de dolmens dans l’arrière-pays (plus montagneux, donc moins peuplé, donc moins cultivé, ce qui a permis la préservation des mégalithes) et j’ai fait ma sélection grâce aux photos trouvées sur le net, parce que si je dois faire des kilomètres pour aller voir un site, autant qu’il en vaille la peine.
Le moins bien conservé (sur la plaine, au sud/sud-est de celui de Gragnos) est le dolmen de Pech Ménel (mais il n’est pas très loin).

Pech Ménel

Au-dessus de Minerve, vers l’Ouest, de nombreux dolmens sont perdus sur les hauteurs, notamment les Dolmens des Lacs :

Dolmen des Lacs n°2

Dolmen des Lacs n°3

L’allée couverte Saint-Eugène, avec la reconstitution d’une partie de son tumulus, me semble particulièrement intéressante.

St Eugène

Mais le plus attirant de tous, c’est le dolmen du Morrel dos Fados (la Colline des Fées, rien que ça…), avec ses deux portes à « hublot ».

Lo Morrel dos Fados

Voilà pour les images. Je me suis perdue dans les recherches sur la culture chasséenne de Véraza, à laquelle il appartient (Néolithique moyen, Languedoc occidental, à l’Ouest de l’Orb). Il n’y a pas beaucoup de documents, mais je poursuis mon enquête.

céramique vérazienne

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L’Oppidum du Cayla

L’oppidum du Cayla est situé sur la commune de Mailhac, dans l’Aude, et il fait partie du territoire élisyque, tout comme Ensérune, Montlaurès et Pech Maho. Les Élisyques produisaient des céréales et pratiquaient le commerce du fer, de l’argent et du cuivre, qu’ils échangeaient le vin, l’huile d’olive et les céramiques des régions méditerranéennes contre de l’outillage, des armes et des bijoux des régions celtisées du Sud de la Gaule et de la côte orientale espagnole.

(J’utilise le principe anglophone, beaucoup plus simple à écrire : AEC signifie “avant l’ère chrétienne” donc avant J.-C., et EC signifie “ère chrétienne” donc après J.-C.)

L’occupation humaine est ancienne à Mailhac : au Néolithique, vers 2740 AEC, des bergers semi-nomades fréquentaient les lieux. Vers 1800 AEC, des individus venus d’Espagne apportent la métallurgie du cuivre et se fondent dans la population locale. Cette phase ancienne est attestée par des fosses, des vestiges de constructions et d’un four domestique. Le mobilier associé comprend des productions régionales céramiques et lithiques du Néolithique final/Chalcolithique et de la Protohistoire ancienne.

Les niveaux protohistoriques ont souffert de l’érosion liées à la mise en culture des terrains à l’époque romaine. Nombre d’indices permettent d’attribuer les structures creusées au Bronze ancien régional, mais il est possible que certains éléments isolés datent d’une phase antérieure de fréquentation du site, comme le vase campaniforme découvert en 1997.

CAYLA I : Bronze final IIIb (875 à 700 AEC). A partir du début du 9e siècle AEC, un village est construit sur la colline du Cayla. La phase I du site est principalement représentée par un remblai lié à un aménagement de la pente du terrain. Aucune structure bâtie n’a pu être repérée, même si un foyer aménagé témoigne de la présence d’une construction en cet endroit. Les couches d’occupation, assez endommagées, ont livré un mobilier céramique caractéristique, décoré de motifs incisés au double trait du faciès «mailhacien».

Près du village, les fouilles ont mis au jour une nécropole, où on a pratiqué l’incinération des défunts. L’étude des sépultures montre, au début, une société assez égalitaire.

L’intervalle 775-575 AEC (transition Bronze – Fer) est absent sur le Cayla, alors qu’il est largement représenté dans les nécropoles du Moulin et du Grand Bassin I. A cette période, les habitations se déplacent au bas de la pente, au lieu-dit Le Traversant, hypothèse confirmée par la découverte fortuite, en 1932, de vestiges d’occupations multiples entre le Chalcolithique et le premier âge du Fer. On y note l’apparition d’objets en fer et, d’après l’étude des tombes, la société est alors assez hiérarchisée (objets plus ou moins nombreux et prestigieux selon l’importance du personnage). Les vestiges rencontrés évoquent un habitat relativement dense de bâtiments en bois et torchis, où le façonnage direct de la terre (la bauge) a été largement employé. En 1998, la base d’un mur en terre a été mise au jour au Traversant. D’une quarantaine de centimètres à la base, il correspond à un bâtiment dont le plan incomplet dessine une forme absidiale d’environ 3,5m de largeur. Il est probable qu’une rangée de poteaux axiale venait supporter la toiture.

La stèle et le « lion »

Une mention particulière doit être faite à la découverte, en 1997, d’une fosse contenant les restes brisés d’une ou plusieurs sculptures zoomorphes, ainsi qu’une stèle. Ces pièces ont été intentionnellement brisées avant d’être soigneusement déposées dans cette fosse. L’occultation du côté signifiant de la stèle est évident, de par l’enfouissement proprement dit, mais aussi du fait que la stèle est disposée face contre terre.

Le corps zoomorphe renvoie à un lion couché, comme on en connaît des exemples dans le monde ibérique ancien, où ils sont liés de manière quasi exclusive au domaine funéraire et aux élites dirigeantes, l’hypothèse d’un monument funéraire a donc été émise, mais la fouille du Traversant n’a révélé aucun vestige autre allant dans ce sens. Conservée sur environ 1m de long, la sculpture originelle a été largement mutilée, de sorte que manquent le côté droit et la partie avant de l’animal, y compris la tête. L’aspect fruste et massif témoigne de l’absence d’une réelle tradition de sculpture au niveau régional.

Le bloc sculpté

En 1936, O. et J. Taffanel découvrent d’un bloc sculpté, ramassé sur un clapas dans le secteur oriental de l’oppidum. Le matériau employé est un poudingue plutôt rare dans le contexte géologique mailhacois, constitué principalement de calcaire froid et de grès. Un autre bloc, de près d’un mètre de longueur, était aussi présent sans contexte archéologique particulier. Une rigole, dans le sens de la longueur, peut être interprétée comme une préparation pour diviser le bloc en deux piliers ou linteaux égaux (qui auraient alors eu des dimensions similaires à celles du bloc sculpté).

Le bloc sculpté est un parallélépipède de 0,35m de longueur, 0,25m de largeur et 0,20m de hauteur. Deux faces présentent des figures anthropomorphes en bas-relief. Le matériau employé n’ayant pas permis un traitement soigné, les détails sont simplement figurés. Sur la face B, le visage ovale se détache en léger relief (2 à 3 cm). On distingue la bouche dont la commissure des lèvres est tournée vers le haut. Une ligne horizontale bien marquée peut représenter le haut du buste. Sur la face D, la pierre plus altérée rend la lecture moins aisée.

Sans citer tous les vestiges découverts, les représentations des «têtes coupées» du même type appartiennent toutes à des piliers (Aix-en-Provence, Entremont, Roquepertuse) ou des linteaux (Nîmes). Il est donc raisonnable de voir dans le bloc de Mailhac une partie de pilier. Par ailleurs, ces piliers s’intègrent généralement dans des édifices à vocation cultuelle. Peut-on imaginer un tel édifice sur le Cayla de Mailhac à partir de ce seul bloc sculpté ?

CAYLA II, 600-475 AEC. A la phase transitoire, durant laquelle le piémont et le versant sud-est du Cayla sont occupés, succède une réinstallation progressive sur l’oppidum au début du 6e siècle. Vers 525 AEC, un important rempart en pierre est construit. La porte principale Est, présente dès l’origine de l’occupation, est fortifiée. Sa structure « à recouvrement », système observé dans le monde grec, ne se retrouve nulle part ailleurs en France.

Le village, qui s’étend sur 5ha, est alors l’un des plus importants du Languedoc méditerranéen. Cette nouvelle occupation de l’oppidum est notamment attestée par une maison en bois et torchis, appuyée dans sa partie arrière à un léger creusement qui entaille le terrain. Ce bâtiment est incendié dans la première moitié du 5e siècle. La phase correspondante est relativement courte et finit par une destruction brutale liée à un incendie, qui semble généralisé à l’ensemble du site.

CAYLA III, 475-320 AEC. Les ruines consécutives à cette destruction sont aplanies et partiellement remaniées. Les remblais mis en place sont liés à l’édification d’une série d’habitations, en adobe sur solins de pierre, adossées à une muraille construite en retrait de la limite de la phase antérieure. Une modification du schéma urbanistique semble intervenir par la suite, peut-être comme conséquence d’une modification dans le tracé du rempart voisin. Une série de fosses à dolia se trouve dans le même secteur, avec une datation centrée sur le 4e siècle.

Le dépôt d’objets métalliques de la fouille 47
Tout laisse à penser que les objets sont contemporains de la formation du dépôt (vers 425 AEC) : les plaques de fourreau de type laténien ne peuvent être antérieures à 475/450 AEC ; le mors est caractéristique du second âge du Fer ; les broches à rôtir et les éléments de char semblent renvoyer au début de cette période. Quant aux épées à sphères, du moins la variante représentée à Mailhac, elles semblent avoir été synchrones des premières épées laténiennes.Ce dépôt est singulier, car la plupart des objets qui s’y trouvent sont peu communs et généralement considérés comme des biens de prestige (domaines très spécifiques du banquet, du transport, de la guerre). Les épées à sphères sont une exception à Mailhac, puisque, ailleurs, elles proviennent de milieux aquatiques et n’ont jamais été retrouvées en contexte funéraire. Autre fait remarquable, elles sont associées à la présence d’au moins un char, seul véhicule attelé à cette période dans le sud de la France. La nécropole du Grand Bassin I à Mailhac renferme les restes incomplets d’un char manifestement brûlé, mais après le 7e siècle AEC, les éléments de chars se raréfient.

Le caractère peu banal des biens rassemblés dans le dépôt interroge. Scellé par un amas de pierres, il témoigne d’un geste intentionnel. Les ploiements opérés sur les épées évoquent les mutilations volontaires que l’on observe fréquemment en contexte rituel. De plus, l’implantation au même endroit de deux inhumations d’adolescents, alors que la crémation est la règle et que l’inhumation est réservée aux nouveaux-nés, concourt à donner à ce secteur de l’oppidum un caractère symbolique.

Par ailleurs, le choix du lieu destiné à accueillir ce dépôt ne procède pas du hasard : il est intégré aux fortifications de l’oppidum, qui ont ici un caractère assez monumental. Cette proximité entre fortification et pratiques cérémonielles est attestée à Pech Maho, où une partie du rempart et du fossé sont le réceptacle d’offrandes (bris de vases inhabituels accompagnant sans doute des libations) à la fin du 3e siècle. Préludes à l’érection d’un bûcher funéraire collectif, les dépôts de Pech Maho interviennent après la destruction militaire des lieux, avant l’abandon définitif du site. D’ampleur différente, ils comportent néanmoins des ressemblances avec la fouille 47, où des restes découpés d’animaux et les reliefs d’un possible banquet (présence importante de vaisselle à boire) côtoient le dépôt d’objets métalliques. Le dépôt mailhacois serait-il une expression rituelle liée à un bouleversement brutal ? Vers le milieu du 5e siècle AEC, un peu avant la constitution du dépôt, la phase II est close par une couche d’incendie et de destruction, et le début de la phase suivante est marqué par une restructuration importante de la fortification ; mais la chronologie des évènements est trop imprécise pour établir un rapport de causalité.

CAYLA IV, 320-75 AEC. Les couches ne fournissent aucune information supplémentaire.

CAYLA V, 75 AEC-300EC. A la fin du 1er siècle AEC, on note une nouvelle destruction « sans doute lors d’une répression romaine », selon Pierre Sejalon. L’aménagement à l’époque romaine se matérialise par des remaniements importants. La fouille du Traversant, en effet, a mis au jour un aqueduc, orienté est-ouest. Son état de conservation est variable, les pierres de sa construction ayant été récupérées par endroits. Sa construction est datée du 1er siècle AEC, son abandon et sa destruction partielle interviennent dans le courant du 2e siècle EC. Avec la romanisation, l’oppidum sera définitivement aban-donné vers le 2e siècle EC.

Sources : Le dépôt de la ”fouille 47” du Cayla de Mailhac (A. Beylier, A-M. Curé, C. Dubosse, E. Gailledrat) ; Le Cayla de Mailhac (O. Taffanel) ; Mailhac, Le Traversant (É. Gailledrat, P. Poupet, F. Jallet) ; Mailhac Le Cayla (É. Gailledrat) ; Un bloc sculpté de l’oppidum du Cayla à Mailhac (SEJALON, O. Taffanel, J. Taffanel) ; Stèles et sculptures protohistoriques du Languedoc occidental (É. Gailledrat)

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L’Oppidum de Montlaurès

La colline de Montlaurès se trouve aujourd’hui à une quinzaine de kilomètres du littoral, à environ 6km au Nord-ouest de Narbonne et à 2km au Sud du fleuve Aude. C’est un habitat de 18ha, qui domine de 52m la plaine de la Livière. Le site proprement dit occupe les pentes et les bas de versants de la colline. Le flanc Nord-ouest offre une défense naturelle constituée par des falaises abruptes. Au Sud se trouvent le bassin principal de la source et des jaillissements secondaires, dont les écoulements formaient des marécages à l’Est et au Nord-est de la colline. Le seul accès à pied sec se trouvait du côté occidental, en direction des coteaux de Moussan qui bordent la plaine de Montlaurès, à partir du tracé supposé de la voie « héracléenne ».

Les gisements de l’Age du Fer d’importance comparable (Mailhac au Nord-ouest, Ensérune au Nord-est, Pech-Maho au Sud) se situent chacun à une vingtaine de kilomètres de Montlaurès. Tous appartiennent probablement au territoire du peuple des Elisyques.

(J’utilise le principe anglophone, beaucoup plus simple à écrire : AEC signifie “avant l’ère chrétienne” donc avant J.-C., et EC signifie “ère chrétienne” donc après J.-C.)

Au cours de la protohistoire, Montlaurès était une place commerciale, si florissante, entre le milieu du 2e et le milieu du 1er siècle AEC, que l’historien Polybe en faisait une des trois plus importantes villes marchandes de la Gaule. C’est la fondation de Narbo Martius par les Romains à partir de 118 AEC, puis la réorganisation de la Provincia par Auguste qui entraînera le déclin de la cité indigène, et sa désertion vers les années 50 AEC.

Les premières tranchées et collectes de surface ont été réalisées dans la première moitié du 20e siècle par H. Rouzaud, E. Pottier, P. Héléna et J. Giry. Les premières fouilles en aire ouverte ont été pratiquées par Joseph Giry et Philippe Héléna de 1960 à 64. Des fouilles assez importantes ont été dirigées par Yves Solier entre 1979 et 1982, et, à partir de 1989, une équipe a repris des recherches sur l’agglomération protohistorique de Montlaurès et ses alentours.

Les travaux récents semblent démontrer que l’installation humaine ne remonte pas avant le milieu du 6e siècle, et que toute la période comprise entre le milieu du 4e et le début du 2e siècles est très mal représentée, une forte érosion des pentes et du bas des versants ayant fait disparaître les niveaux d’occupation supérieurs. Au cours des deux premières phases, les vestiges d’habitat sont disséminés dans les zones de faible pente.

Première phase (550-525 AEC)

Un groupe humain disséminé s’installe sur le bas des pentes Sud et Ouest de la colline de Montlaurès. On possède trois plans incomplets de bâtiments, probablement des habitations, de 9 à 10m² minimum, bâtis à partir d’une excavation peu profonde du substrat, et fermés à l’aide de murets de pierre et de poteaux en bois. Dans les espaces non bâtis, on rencontre des foyers à l’air libre, peut-être utilisés comme forges puisqu’on y trouve, près de la source, des scories de fer.

Deuxième phase (525-475 AEC)

le fossé avec sa paroi verticale taillée dans la roche

À la charnière des 6e et 5e siècles, l’agglomération commence à se structurer, d’abord avec le creusement du fossé, puis avec la constitution de quartiers d’habitations, l’un au voisinage de la source et l’autre au pied de la pente orientale. Le fossé, taillé dans le rocher du côté occidental, ferme l’accès entre la source et les falaises. Large de 6 à 7m mais peu profond (1,50 m maximum), il possède un fond plat et le tracé en a été identifié sur environ 30m. Les rues sont absentes, et il n’y a, à l’heure actuelle, aucune trace tangible de fortifications bâties, bien qu’on en soupçonne l’existence le long du côté oriental.

Dans le quartier de la source, cinq habitations ont été reconnues, ainsi qu’un grenier surélevé de type ibérique, un local annexe bâti sur poteaux et un bâtiment énigmatique, peut-être votif. Le quartier est démoli et abandonné vers 480-475 AEC mais il connaît une brève réoccupation au début du 4e siècle.

Durant la même phase, un autre ensemble d’habitations se met en place au bas du versant oriental. Comme le précédent, cet ensemble disparaît vers les années 480-475 mais il est réoccupé durant le 4e siècle.

Troisième phase (milieu 5e siècle à la fin du 3e)

détail du décor de casque de type celtique

Après une période d’abandon, la terrasse surplombant la source, côté Sud, est sommairement occupée au début du 4e siècle. Le fossé est comblé au milieu du 4e siècle. Sur le versant oriental, l’habitat perdure durant tout le siècle.

C’est également du 4e siècle que date le casque de type celtique, découvert fortuitement dans le quartier Sud. Il s’agit d’un casque à décor de corail somptueux, trouvé en surface et hors contexte dans la parcelle qui surplombe la source. Suit un hiatus de plus d’un siècle (tout le 3e s et début du 2e s).

Quatrième phase (2e et 1er siècles avant notre ère)

Dans le secteur oriental qui borde la colline, les fouilles de 1963 avaient mis au jour un ensemble de salles contiguës montrant deux phases d’occupation se terminant chacune par un incendie. La plus récente, datée par Giry de la fin du 3e siècle, comprenait un entrepôt comptant treize dolia et des graines carbonisées. On place actuellement ces deux phases dans les limites chronologiques du 2e siècle.

Du côté occidental, par-dessus le fossé comblé, s’étend un quartier d’habitations et d’entrepôts. Au bas du versant oriental, les fouilles ont mis au jour une habitation et plusieurs locaux agricoles, dont un grenier d’environ 50m², rempli de graines d’orge carbonisées. À 50m de distance, on a également découvert un autre amas de graines carbonisées qui évoque le même type de structure. Après la destruction des bâtiments, qui intervient à la fin du 2e siècle, le quartier est probablement reconstruit, comme le laisse supposer le remblai de 0,80m d’épaisseur dans la partie basse de la parcelle, au Sud et à l’Est. Toutefois, les niveaux du 1er siècle ont été érodés ou détruits par les labours.

Enfin, sur les pentes inhospitalières de la colline, se trouvent de grands îlots de maisons rupestres qui ont fait la réputation de Montlaurès, les ensembles les plus spectaculaires se situant du côté Est et surplombant la zone des greniers. Souvent de grandes dimensions (entre 12 et 37m²), des pièces sont juxtaposées pour former des îlots dont le sol et la partie arrière sont taillés dans le rocher sur des hauteurs dépassant 2m.

Pour résumer, Montlaurès commence à se constituer à peu près en même temps qu’Ensérune, Pech-Maho et le Cayla de Mailhac. Si elle survit longuement à la prise de Pech-Maho, elle est abandonnée avant Ensérune et Mailhac.

Pour la période qui s’étend du 4e siècle au milieu du 1er siècle AEC, des graffiti en caractères ibériques, plusieurs types de monnaies et l’abondance des amphores, d’abord ibériques puis gréco-italiques et italiques, constituent un faisceau d’arguments en faveur d’un rôle économique non négligeable de Montlaurès, mais ne suffisent pas à lui attribuer le rôle de capitale des Elisyques qu’on lui prête parfois, en se basant sur le texte tardif de l’Ora maritima d’Avienus.

Ensérune, qui frappe des monnaies et fait preuve d’une prospérité ostentatoire, visible dans l’architecture publique (absente à Montlaurès) et dans la construction privée (décoration sculptée et aménagements hydrauliques, également inconnus à Montlaurès), pourrait plus vraisemblablement assumer ce rôle.

Sources : journals.openedition.org ; persee.fr « Les Monnaies de Montlaurès »

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