Découverte à Durrington Walls

Durrington Walls est le nom donné au site d’un grand henge encerclant un village néolithique, situé à quelques 3 km au Nord-est de Stonehenge. Le site a été peuplé pendant environ 500 ans, de -2800 à -2300. Le henge, qui mesure 500m de diamètre, est un des plus grands de Grande-Bretagne, juste après Hindwell, au Pays de Galles.

Les restes visibles de Durrington Walls sont les “murs” du henge : les restes érodés du talus externe et du fossé interne, qui forment un cordon entourant le terre-plein central. Le talus externe et le fossé interne sont plus faciles à repérer du côté Est, bien qu’ils aient été, là aussi, fortement érodés par les labours. À l’origine, le fossé était profond d’environ 5,5 m, large de 7 m à sa base et de 18 m au sommet. Le talus atteignait par endroits une largeur de 30 m.

Le henge se situe sur un terrain qui descend, au Sud-est, vers la rivière Avon, et il est donc plus haut du côté Nord-ouest. Deux entrées traversaient le talus et le fossé, l’une au Nord-ouest, l’autre au Sud-est, à une soixantaine de mètres de la berge.

En 1966, Geoffrey Wainwright découvrit le cercle de poteaux, aujourd’hui dénommé Cercle Sud, ainsi qu’un plus petit légèrement au Nord. Depuis 2003, le Stonehenge Riverside Project, mené par Mike Parker Pearson, effectue des fouilles annuelles à Durrington Walls et a permis d’identifier le village néolithique et l’avenue qui mène à la rivière.

Des vestiges d’habitations ont été découverts près du talus Est du henge, et leur densité suggère qu’il y avait un très grand village de ce côté, sur la berge de l’Avon. Si la totalité de l’enclos était bâtie, le village a pu avoir jusqu’à 1000 maisons, abritant quelques 4000 personnes, ce qui en ferait le plus grand village d’Europe septentrionale.

Bien qu’il y ait des traces d’activité datant du début du Néolithique, les structures semblent, pour la plupart, avoir été construites entre la fin du Néolithique et le début de l’Age du Bronze.

Vers -2600, un grand cercle, aujourd’hui dénommé Cercle Sud, a été érigé. Orienté au Sud-est vers le lever de soleil du solstice d’hiver, il consiste en 4 cercles concentriques de fosses qui ont dû contenir de très gros poteaux de bois. Une avenue pavée, construite dans l’alignement du coucher de soleil du solstice d’été, mène à la rivière. Elle est similaire à l’Avenue de Stonehenge.

A la même période, mais probablement après la construction du cercle de poteaux et de l’avenue, un village s’est développé sur le site. Des fouilles ont révélé les vestiges de 7 habitations néolithiques, sous le talus Est du henge, ce qui indique que le village existait avant le creusement du fossé.

Il est probable que le village ait été bâti autour d’une vaste zone circulaire dégagée, qui contenait le Cercle Sud et plusieurs enclos plus petits. Une prospection géophysique de la zone située 200m à l’Ouest du Cercle Sud (appelée les “enclos de l’Ouest”) a révélé « un groupe d’au moins six éléments en forme d’anneaux ouverts… arrangés autour d’une terrasse surplombant le cercle de poteaux et l’entrée Est ». Une fouille a révélé deux maisons entourées de palissades de bois et d’un fossé. Ces éléments ont pu être la résidence d’une élite ou avoir servi de sanctuaires. Julian Thomas note que « dans l’ensemble, les preuves des éléments internes de Durrington Walls semblent indiquer qu’il ne s’agissait pas d’un ‘site rituel’, car cela n’existe pas. Il y a simplement des sites où des rituels ont eu lieu, et à Durrington, divers actes ritualisés à des degrés divers – allant de rites formels à des pratiques usuelles – se mêlent à une histoire complexe, marquant des moments de crise, de transformation, et de routine quotidienne. »

Deux siècles après que le premier cercle ait été bâti, deux autres anneaux concentriques furent ajoutés, et le henge fut construit. Un fossé de 5.5m de profondeur fut creusé, et la terre extraite fut utilisée pour créer un large talus extérieur de 30m de largeur et probablement plusieurs mètres de haut. Plusieurs éléments du village furent ainsi recouverts. Le henge semble avoir été construit en une opération continue, et non en plusieurs phases. On estime qu’il a fallu entre 4000 et 6000 personnes pour effectuer cette opération. A la même période, un autre grand cercle de poteaux entouré d’un henge fut créé juste au sud, à Woodhenge.

Pour des raisons inconnues, le site a été abandonné, puis il a été à nouveau occupé à l’Age du Fer, période à laquelle un village et des champs furent établis à l’intérieur du henge, et un grand fossé de drainage fut creusé au-dessus de l’entrée Nord-est.

La datation au radiocarbone place Durrington Walls aux alentours de -2600, plus ou moins contemporain de la première phase “pierres” de Stonehenge. Parker Pearson pense que Durrington Walls était une structure complémentaire de Stonehenge, comme semblent l’indiquer les alignements similaires sur les solstices.

En 2015, le Stonehenge Hidden Landscapes Project (SHLP) annonça qu’une prospection géophysique avait révélé un autre monument de près de 90 pierres sous Durrington Walls. En août 2016 les fouilles, menées par Parker Pearson et les membres du SHLP, révélèrent qu’il n’y avait pas de pierres enterrées à Durrington Walls, mais un cercle d’énormes trous de poteaux sous le talus du henge, qui furent ensuite comblés avec de la craie.

Cette année (2020), des chercheurs des Universités de St Andrews, Birmingham, Warwick, Bradford, Glasgow et de Wales Trinity Saint David ont annoncé la découverte du plus grand monument préhistorique de Grande-Bretagne : un cercle de 1.9 km de diamètre d’immenses fosses, de plus de 10 m et diamètre et 5 m de profondeur, autour de Durrington Walls, qui daterait du Néolithique. La découverte a été vérifiée en utilisant la prospection géophysique.

L’étude, publiée en ligne le 21 juin 2020, s’intitule : “A Massive, Late Neolithic Pit Structure associated with Durrington Walls Henge” par Vincent Gaffney, Eamonn Baldwin, Martin Bates, C. Richard Bates, Christopher Gaffney, Derek Hamilton, Tim Kinnaird, Wolfgang Neubauer, Ronald Yorston, Robin Allaby, Henry Chapman, Paul Garwood, Klaus Löcker, Alois Hinterleitner, Tom Sparrow, Immo Trinks, Mario Wallner et Matt Leivers (cités comme : Gaffney, V. et al. 2020)

Résumé

Une série d’anomalies géophysiques massives, au Sud du henge de Durrington Walls, a été identifiée lors d’une prospection au gradiomètre fluxgate entreprise par le Stonehenge Hidden Landscapes Project (SHLP). Ces données ont été réévaluées, de même que les informations concernant des éléments similaires découverts lors de prospections et de fouilles effectuées au Nord du henge de Durrington Walls. L’analyse des données a permis d’identifier 20 éléments comparables, qui s’alignent en une série d’arcs de cercle adjacents à Durrington Walls. Une autre prospection géophysique, appuyée par un carottage mécanique, a été entreprise sur plusieurs de ces anomalies, afin d’en déterminer la nature et de fournir une datation et des preuves environnementales.

Les résultats de terrain montrent que certains de ces éléments, a minima, sont des fosses circulaires massives, d’un diamètre en surface de 20m ou plus, et d’une profondeur d’au moins 5m. Des silex frappés et des os furent récupérés dans les dépôts primaires, et la datation au radiocarbone indique le Néolithique tardif pour les dépôts les plus profonds d’une des fosses.

Le degré de similitude entre les 20 structures identifiées suggère qu’elles ont pu faire partie d’un circuit de grandes fosses autour de Durrington Walls, circuit qui peut avoir également incorporé l’enclos à couloir de Larkhill récemment découvert. Le diamètre du circuit de fosses dépasse 2km et il est prouvé qu’un alignement intermittent de poteaux a existé à l’intérieur.

Une des fosses semble avoir été recreusée, ce qui suggère que certains de ces éléments ont pu être entretenus jusqu’au milieu de l’Age de Bronze. L’ensemble de ces éléments représente un groupe unique de structures reliées au henge de Durrington Walls, exécutées à une échelle jusqu’ici non rencontrée.

Sources : wikipedia ; intarch.ac.uk; (texte complet)
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Grand Ménage

Je suis en train d’alléger le blog d’un certain nombre d’articles (de type journal, ou n’ayant qu’un intérêt très limité) et d’un nombre (trop) conséquent de photos (un petit geste de plus pour la planète).

Il est possible que certaines images, utilisées à plusieurs endroits, soient perdues en cours de route, ce sera réparé en temps utile (futur nettoyage interne des articles survivants).

Je fais donc appel à votre patience pendant la durée de ce grand ménage.

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Fleurs du Soir

Alla-bhi, Alla-bhi,
Gun sireadh, gun iarraidh!
Dheoin Dé agus Andé,
Am bliadhna chan fhaigheas bas.

Millepertuis devant la maison, première année qu’il pousse à portée de main.

Et comme un débroussaillage est prévu demain, je l’ai cueilli et placé sur mon autel.

20200527millep3

Enfin, après les avoir attendues longtemps, les 3 premières fleurs de passiflore bleue m’ont fait l’honneur de les découvrir.

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Longue Absence

Un petit passage par ici, parce que ça fait bien trop longtemps que je n’ai rien publié sur le blog. Le confinement, loin de me laisser la possibilité de me consacrer à ma vie spirituelle, est synonyme d’enseignement à distance et, après des heures devant mon écran et mon clavier à répondre aux questions des élèves et de leurs parents, il faut encore préparer des cours qui tiennent la route à distance. Après ces heures d’écran+clavier, je dois reconnaître que je n’ai plus trop envie d’écrire pour le blog.

Les deux mois qui viennent de passer ont été presque entièrement phagocytés par le boulot, les quelques loisirs que je m’accorde, quand ma cervelle explose, sont bien loin des écrans : ma tribu, mes petites plantes, l’observation des hirondelles, mes bidouillages créatifs, les papotages au téléphone…

 

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En pleine correction de copies numériques, je n’ai même pas eu le temps de célébrer Bealtaine comme il se doit, me contentant d’allumer une bougie et de poser sur mon autel les deux oeufs de choucas trouvés au pied d’un arbre lors d’une de mes rares sorties.

 

Eadrán est passé sans que je ne m’en aperçoive, sans même le temps de créer vraiment. Geamhain débute et s’annonce, lui aussi, compliqué, mais ce soir, j’ai pris mon appareil photo avec moi pour la balade de McClane, pour pouvoir, au moins, poser ici quelques images.

 

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Quelques plantes ont été saluées : le figuier de Barbarie en fleurs,

 

le millepertuis qui envahit le champ laissé en friche (pour ma plus grande joie),

une belle hampe de boutons floraux d’une acanthe,

et enfin les boutons floraux, chouchoutés et surveillés, de ma passiflore.

 

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15 Cuithe – J25 – 9 Avril

Quelques photos de ma terrasse, où les abeilles s’en donnent à coeur joie, où McClane a du mal à se lever de sa sieste, où le jasmin et les oxalis fleurissent, où la menthe pousse avec ardeur, et où je surveille de très près les akènes de bourrache, en espérant pouvoir récupérer les graines.

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Les Jours de la Vieille

Parce que j’en ai encore entendu parler, que j’ai eu le temps de chercher et que j’ai trouvé ce texte sur www.persee.fr

LES JOURS DE LA VIEILLE
(extraits)

Aux derniers jours de février et aux premiers de mars -ou à la fin de mars et au commencement d’avril- se rapporte une tradition populaire qu’on retrouve dans presque toute l’Europe. La reprise fréquente du froid dans les derniers jours de l’hiver a frappé l’imagination du peuple, qui s’est efforcé de donner au phénomène une explication plausible. Avec son penchant naturel pour la personnification, il a créé ainsi une légende qui varie peu d’un peuple à l’autre. (…) Dans les variantes orientales -chez les Roumains, Bulgares, Serbes, Grecs- domine l’élément topographique : des rochers anthropomorphes gardent encore la forme de la Vieille hautaine, qui encourut la colère du Temps. Dans les variantes occidentales -chez les Provençaux, Italiens, Espagnols- c’est l’élément météorologique qui prédomine : la Vieille est remplacée quelquefois par un berger ou, très rarement, par un oiseau. L’une et l’autre version ont en commun le trait fondamental destiné à justifier l’état anormal de la température qui a donné naissance au conte : la punition d’un défi orgueilleux et d’une arrogante raillerie.
Chez presque tous les peuples de la péninsule balkanique et principalement chez les Roumains, ce retour de la saison froide est connu sous le nom de Jours de la Vieille (roumain Zilele Babei, serbe et bulgare Babini dni, albanais Plyaketă, c’est-à-dire «les Vieilles »). (…) La légende a fait, sur le terrain roumain, un pas en avant dans son évolution. Tandis que, dans les versions parallèles, la Vieille n’est pas spécifiée, elle paraît, dans la tradition roumaine, sous le nom typique de Dokia (…).

I.

§ 1. Les jours de la Vieille. Les Roumains appellent les Vieilles (Babele) ou les Jours de la Vieille (Zilele Babei) les premiers neuf ou douze jours du mois de mars. (…) La première Vieille, celle qui tombe le premier mars, s’appelle spécialement la Vieille Dokia (Baba Dokia), nom dont l’origine sera recherchée plus loin. (…) Les habitants de Bucarest racontent ce qui suit concernant cette Baba Dokia. Pendant les premiers neuf jours de mars, lorsqu’il tombe de la pluie, de la neige, des giboulées, on raconte que la Baba Dokia possédait quelques brebis et qu’elle alla dans la montagne pour les faire paître. Mars la prévint qu’il était trop tôt, mais elle lui répondit par des paroles railleuses. Elle emporta neuf pelisses, et se dirigea avec ses brebis vers la montagne. Mars, pour se venger de l’insulte reçue, envoya une rude gelée, et de la pluie qui se changeait en verglas. Mais la vieille avançait toujours sans se soucier des menaces du temps. Le premier jour elle mit une pelisse et chaque jour suivant une nouvelle; toutefois, le neuvième jour, elle fut gelée sur le sommet avec toutes ses brebis.

Sur les Bucegi, l’une des branches des monts Carpathes, se trouve un rocher appelé Babele ou les Vieilles. Les bergers, pour expliquer l’origine des blocs qu’on y aperçoit, racontent une légende analogue. Dans les premiers jours de mars, la Baba Dokia, une vieille méchante et entêtée, se promenait sur le sommet des Carpathes avec ses neuf chèvres. Irritée par un long hiver, elle voulut coûte que coûte mener paître son troupeau avant le temps, disant : Hăi , căpritze , hăi , de-o vrea Dzeu , de n’o vrea ! (Hue , chevreaux, hue, avec ou contre la volonté de Dieu !) Mais, après qu’elle eut erré sur la montagne pendant neuf jours, Baba Dokia s’engourdit et fut pétrifiée avec tout son troupeau sur le plateau, au dessus de la source de Jalomitza, que les bergers appellent Babele. Là, on voit aujourd’hui même une grande pierre entourée de neuf pierres plus petites, qui représentent la Baba Dokia avec son troupeau.

§ 2. L’élément topographique. (…) La tradition de la vieille pétrifiée avec ses brebis dans différents rochers est assez ancienne. (…) A la source de l’Argeš, un bloc de pierre, sur la grande pelouse, porte le nom de Chevrière (Căprăreasa). On en raconte la tradition suivante : Il était une fois une vieille qui, ayant fait un pari, partit, pendant l’hiver, pour un lieu quelconque. Il survint une pluie et un orage si violents qu’il lui fut impossible de se défendre contre les intempéries, même avec les pelisses dont elle était vêtue. Elle mourut aussitôt avec ses neuf chèvres et fut changée en un bloc qu’on voit encore.

§ 3. Explication populaire de la légende. Un conte roumain du Banat, publié par les frères Schott, sous le titre «die Altweibertage », tâche d’expliquer l’origine de ce nom.(…) Une méchante vieille tourmentait sa bru de toute façon; un jour elle lui ordonna de blanchir de la laine noire. Elle s’y soumit, et le Christ, qui lui apparut avec Pierre, lui vint en aide; elle rentra ornée de fleurs à peine écloses. Mais aussi la vieille et son fils furent punis. Un été précoce les décida à aller avec leurs troupeaux à la montagne, la vieille ayant pris avec elle neuf pelisses; mais le froid étant soudainement revenu, ils gelèrent ensemble pour toujours. Leurs cadavres furent pétrifiés dans la posture qu’ils avaient pendant leur vie. Encore aujourd’hui on peut les voir à Amias, entourés du troupeau pétrifié. C’est pour cela que les premiers neuf jours de mars avec leur trompeuse douceur furent appelés par les Roumains les jours de la Vieille. (Schott, Walachische Märchen, Stuttgard, 1845, p.113-115 et p. 330.)(…)

§ 4. Version macédo-roumaine de la légende. (…)A Cutra, localité de la Thessalie, non loin du village de Zarcu, où descendent à l’automne les pâtres roumains pour y rester jusqu’après Pâques, il y a un rocher stérile, qui, vu de la plaine, semble figurer une vieille entourée de plusieurs brebis. Autrefois, les premiers trois mois de l’année se succédaient dans un ordre différent de celui d’aujourd’hui : Janvier, Mars, Février. Dès que le dernier jour de Mars fut passé, une vieille sortit vers le soir et se moqua de Mars, parce qu’il ne lui avait rien fait malgré toutes ses menaces. Mars, pour la punir, pria son frère Février de lui céder encore deux jours. Celui-ci les lui accorda et, en outre, il passa devant lui. Alors Mars souleva des orages et attacha la vieille avec ses brebis au rocher qu’on voit encore. C’est donc par un défi jeté à Mars par une vieille arrogante, défi toujours suivi d’un terrible châtiment, que le peuple a tâché de justifier la rigueur des derniers jours froids de l’hiver.

§ 5 . Origine du nom «Dokia ». L’église orthodoxe célèbre, le premier mars, la fête patronale de la sainte martyre Eudocie (Evdokia), dont la vie est racontée dans un des anciens Menaea. Le contenu de cette vie nous intéresse au plus haut degré, parce qu’il nous donne la clef du mélange savant qu’on a voulu introduire dans la légende et que nous étudierons plus loin. Nous en donnons un court résumé : «Le mois de Mars, le premier jour, commémoration de la vénérable martyre Eudocie, samaritaine, courtisane. » Elle était originaire d’Héliopolis, éparchie du Liban, et vivait du temps de Trajan. Elle mena d’abord une vie débauchée, et la gracieuse beauté de son visage lui attirait beaucoup d’adorateurs. Elle amassa une grande fortune. Plus tard, convertie par les paroles pleines de piété et de pénitence du moine Germain, elle s’approcha du Christ et fut baptisée par l’évêque Théodote. Ayant distribué toute sa fortune aux pauvres, elle entra dans un couvent où elle fit pénitence. Elle fut amenée devant Aurélien, qui avait enlevé l’empire à ceux qui avaient été auparavant ses amants et, ayant ressuscité le fils de l’empereur, elle lui fit adopter la foi du Christ.
Le peuple roumain a établi un rapport naturel entre la Vieille, qui tombe le premier Mars, et le nom de la sainte du même jour.(…) Le nom de Baba Dokia -la sainte chrétienne entée sur l’ancienne croyance- provient donc d’un amalgame de deux éléments différents.(…) Cette identification paraît avoir été faite de bonne heure, puisque nous la trouvons aujourd’hui comme fait accompli en Valachie, en Moldavie et en Transilvanie. Une fois l’identification accomplie, on commença à rattacher à la Vieille Dokia les différentes légendes qu’on rapportait auparavant à une Vieille quelconque, à cette Vieille anonyme qui figure encore dans de plus anciennes versions.(…)

II.

Nous retrouvons le motif principal de la légende roumaine – la punition d’une provocation hautaine adressée par une vieille femme – dans toutes les versions qui circulent chez les peuples de la péninsule balkanique.
§ 1. Légende serbe. Le temps de la fin de Mars ou du commencement d’Avril, lorsqu’il tombe de la neige ou du grésil, s’appelle, chez les Serbes, les jours de la Vieille (Babini dni), les chevreaux de la Vieille (Babini jarci), les petites brebis de la Vieille (Babini kozlici), les jours empruntés de la Vieille (Babini pozajmenici) et enfin la Vieille avec ses brebis enchaînées (Babini ukovi). On raconte qu’une certaine Vieille avait conduit ses chevreaux dans la montagne. Lorsque le vent du nord siffla et la neige tomba, elle dit : Prc Marcu! ne bojim te se : moji jarčići petoroščici! (Un pet à Mars! je ne te crains plus, ni mes chevreaux à cinq cornes!). Mars se fâcha et emprunta à Février quelques jours. Il déchaîna la neige et la glace, et la Vieille fut pétrifiée avec ses chevreaux. On rapporte qu’aujourd’hui encore on peut voir, dans une certaine montagne (où cela était arrivé), un rocher formé par la Vieille et par ses chevreaux : la Vieille se tient debout au milieu et les chevreaux autour d’elle. (Vuk Karagic, Srpski rjeenik, s. v, babini jarci.)

§ 2. Version bulgare. La localité, non spécifiée dans la légende serbe, est géographiquement déterminée dans la version bulgare, rapportée ainsi par les frères Miladinov. Les premiers jours d’Avril, qui sont généralement froids et venteux, s’appellent les jours de la Vieille (Babini dni). Ces jours ont été cédés à Mars par le mois d’Avril, et voici comment. Une vieille, après la fin de Mars, voyant que le temps était beau et chaud, dit : Cicŭ kozica na planina Părdni Martu na bradina ! (Hi ! ma petite chèvre dans la montagne, et pète à la barbe de Mars ! ). Et elle s’en alla avec ses chèvres à la montagne. Mars, vexé d’être insulté par une vieille, dit à Avril : Aprile lile, moj pobratime, pridaj mi tri dni da zgrubamŭ baba ! (Avril, mon frère, ajoute-moi trois jours, que j’arrange cette femme ! ). Avril les lui donna. Et il survint un tel froid , giboulées et vent, que la femme gela avec ses chèvres. Et aujourd’hui encore on dit qu’une vieille et des chèvres en forme de rocher se dressent dans la Shar-Planina ou sur le mont Shar. (Miladinovci, Bälgarski narodni pêsni, p. 523-524.)

§ 3. Version slovène. Il circule une légende presque pareille chez les Slovènes des Carpathes, mais relative à la saison d’été. Chez eux, la première semaine de septembre, appelée Babi leto ou «l’été des Vieilles » , porte encore le nom de Babin mraz ou «le froid de la Vieille » et l’on raconte qu’une vieille sorcière fut à cette époque gelée sur la montagne. Ralston pense que ce conte aurait été imaginé pour expliquer la présence bizarre de certaines statues de femmes, qui se trouvent ordinairement au bout des chemins dans quelques localités de la Transilvanie. (Ralston, Songs of the Russian People, p. 254.) Le voyageur rencontre de ces statues de pierre, placées sur des tumulus, dans toute l’étendue de la Russie méridionale. Elles sont connues, dans l’archéologie slave, sous l’appellatif spécial de Kamennaja baba ou «la Vieille de pierre ».

§ 4. Version albanaise. Chez les Albanais, les jours des 29, 30, 31 mars et 1er avril s’appellent Plyaketă ou les Vieilles. Jusqu’alors on n’est pas sûr d’en avoir fini avec l’hiver. S’il survient quelque gelée, on en attribue la cause aux Vieilles. Mais personne n’a su indiquer à Hahn, auquel nous empruntons cette notice, le motif de cette appellation. (Hahn, Albanesische Studien, p. 155.)

§ 5. Version néo-grecque. Chez les Grecs modernes, au contraire, nous retrouvons notre tradition et avec tous ses détails. Déjà l’historien arabe Aboulféda rapporte que les Grecs du Moyen Age appelaient Jours de la Vieille les sept jours depuis le 27 février jusqu’au 5 mars. Dans les différentes provinces de la Grèce est très répandue la tradition relative à la «Vieille avec son troupeau », qui, à l’arrivée du printemps, s’écria, orgueilleuse et joyeuse, que ses brebis et ses chèvres n’avaient plus rien à craindre ; mais une rude gelée, qui était encore survenue pendant la nuit, détruisit toutes ses bêtes. (Schmidt, Griechische Märchen, Sagen und Volkslieder, p. 123.) Les détails de la tradition varient selon les localités. La version relatée par Chandler, sur le rapport d’un paysan de la plaine de Marathon, dit que l’arrogante vieille fut changée en pierre avec son nombreux troupeau, et qu’une statue de femme sans tête, qu’on aperçoit assise à terre, représente la vieille pétrifiée. On assura en même temps à Chandler que les rochers, dans cette région, vus d’un certain point, auraient l’apparence de brebis et de chèvres dans leur parc. (Chandler, Travels in Asia Minor and Greece, Oxford, 1825, vol. II, p. 207-209.)
Plus complète est la version rapportée par Politis. Le dernier jour de Mars, la Vieille, pensant que tout danger était passé, s’écria avec dédain : Chouette, Mars, j’ai tout de même entretenu pendant l’hiver mes chevreaux! Mars, par dépit, empruntant encore un jour à Février, força la Vieille par un froid extrême de se cacher sous le chaudron à fromage, et la pétrifia, dans cette posture, avec tout son troupeau. (Politis, Μελέτη ὲπὶ τοὕ βιοὕ τὥν νεωτέρων Έλλήνων, Athènes, 1871, p. 35-36.)(…)

§ 6. Versions orientales. Chez les Turcs, le froid des quatre derniers jours de Février et des trois premiers de Mars s’appelle, de même, le froid de la Vieille, Berd ul-‘aǧuz (Zenker, Dictionnaire turc-arabe-persan, p. 623e.) Une notice relative au Calendrier turc, publiée par Hammer, explique ainsi cette appellation : les Turcs racontent qu’une vieille mourut de froid à Constantinople pendant cette saison, et c’est pourquoi ils l’appellent le froid de la Vieille. Les Arabes, d’après le témoignage de d’Herbelot (Bibliothèque orientale s. v. Aǧuz), donnent aussi le même nom de jours de la Vieille (Ayan al-aǧuz) aux sept jours du solstice d’hiver. (Liebrecht, Gervasius Otia imperialia, p. 182.)(…)

III.

En passant à l’Occident, nous trouvons la même tradition chez divers peuples romans. Nous mentionnerons rapidement les faits déjà connus, relevés dans la notice citée de M. Paul Meyer, pour insister sur les dernières acquisitions dans le domaine des traditions populaires.
§ 1. Version provençale. Le paysan du Sud de la France appelle les trois derniers jours de Mars et les quatre premiers d’Avril les jours de la Vache (li Vaqueiriéu) ou la Ruade de la Vieille (Reguignado de la Viéio). La tradition provençale explique ainsi l’origine de ces désignations. Une vieille, à la fin de Février, croyant avoir échappé à l’hiver, nargua Février en disant : Adiéu, Febrié! mé ta febrerado, m’as fait ni péu ni pelado! (Adieu, Février! avec ton froid, tu ne m’as fait ni peau ni pelée.) La raillerie de la Vieille fâcha Février, qui emprunta trois jours à Mars et qui, par un temps affreux, fit périr les brebis de la Vieille ; mais elle regimbait, et c’est pourquoi on appelle ce temps la Ruade de la Vieille. Les brebis perdues, la Vieille achète des vaches et ose provoquer Mars, qui emprunte quatre jours à Avril et fait périr de nouveau le troupeau de la Vieille : de là le nom de jours de la Vache. (Paul Meyer, Les Jours d’emprunt, d’après les notes de Mistral dans son poème Mirêio.) (…)

§ 2. Version suisse. En Suisse, cette double mésaventure est partout simplifiée, ainsi dans la variante de Montbovon (Fribourg), où non seulement la Vieille, mais sa chèvre (appelée Rullion ) échappe à la vengeance de Mars. L’appellation générale de jours de la Vieille s’y retrouve dans le proverbe local : le dza a la villë xon pâ oncó paxâ, c’est-à-dire «les jours de la Vieille ne sont pas encore passés ». (Paul Meyer, art. cit., p. 296.)

§ 3. Versions italiennes. Relativement au proverbe météorologique sicilien : Marzu cci dissi ad Aprili : ‘Mprestaminni tri jorna, quantu a sta vecchia la fazzu muriri. (Mars dit à Avril : Prête-moi trois jours pour faire mourir cette vieille). M. Pitrè cite, comme illustration, la tradition suivante : Il était une Vieille, qui, voyant arriver le mois d’avril, cracha et dit : Fuori, Marzo cane! (Dehors, chien de Mars!) Irrité d’une telle insulte, Mars jure de se venger. (…) Cette Vieille avait un troupeau de brebis, et depuis longtemps elle ne les avait plus menées paître, parce que l’hiver avait été rigoureux. Le premier Avril, voyant un beau jour, elle fit sortir les brebis du parc et les mena à une prairie, disons à la prairie du mont Pellegrino. Mais, au milieu de la prairie, apparut un nuage, qui grossissait et croissait toujours, jusqu’à, ce que le ciel devînt en un instant noir comme la poix. La Vieille réunit vite ses brebis et veut les ramener au parc. Mais, le temps de dire oui (en un instant), il commença une pluie et un terrible déluge. La Vieille s’efforça de courir, mais l’orage se renforça d’une grêle si affreuse que, en un quart d’heure, la Vieille et les brebis furent tuées et ensevelies sous la neige. Mars, riant aux éclats, s’écria : E questo è Marzo cane! (Le voilà, le chien de Mars !) (G. Pitrè ; vol. III : Proverbi siciliani, p. 40 et vol. IV, p. 349). La même tradition circule ailleurs qu’en Sicile, où M. Pitrè l’a recueillie et publiée dans le dialecte local. ( vol. XVIII : Fiabe e leggende (Palermo, 1888), p. 417)(…)

§ 4. Version espagnole et portugaise. La substitution d’un pâtre à la Vieille se retrouve dans la version andalouse : un pâtre avait promis un agneau à Mars; pour le punir d’avoir manqué à sa promesse, Mars emprunta trois jours à Avril et fit périr tout son bétail. (Caballero, Cuentos y poesías populares andaluces, p. 116-117.) Ici, de même, ce sont les bêtes seules qui tombent victimes de la vengeance du mois irrité.
En Portugal, M. Coelho a publié une légende semblable sous le titre de «Février et les jours d’emprunt » (Fevereiro e as días d’emprestimo). (Coelho, Revista d’Etnología e de Glottologia, Lisboa, 1880, fasc. II-III, p. 188).)(…)

Lazare Shaineanu. Paris, avril 1888.

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Jour 13 – Printemps par Procuration

J’ai la chance d’être dans un petit village et de sortir McClane après le repas de midi. Histoire de partager avec celles et ceux qui ne peuvent pas profiter du printemps, j’ai pris mon appareil photo. Cadeau.

Ce matin, sur ma terrasse : les abeilles butinent allègrement.


Première fleur de jasmin

Premier pois de senteur

Le thym

Au loin…
13h : sortie de McCanaille

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