Rites Funéraires

Article pour le Pagan Blog Project du 15/03 (liste complète ici)

passage_grave

tombe à couloir mégalithique

Au Néolithique (-3700 à -2500) et au Chalcolithique (-2500 à -2000), les restes humains étaient enfouis dans des dolmens recouverts de tumuli. Ces sépultures mégalithiques ont parfois des dimensions monumentales. La Culture des Tumuli (-1600 à -1200) continuera à enfouir ses morts sous des cairns ou des « barrows ».

barrow

barrow

Les Proto-Celtes de la Culture des Champs d’Urnes (-1300 à -750) pratiquaient la crémation, puis l’enterrement des urnes dans des fosses, parfois recouvertes de petits tumuli, pour faire écho aux pratiques antérieures. Les objets funéraires étaient rares et généralement de petite taille (perles de verre, broches de bronze, peignes d’os). Bien que rares, ces objets suggèrent une croyance en une forme d’après-vie. A partir du 5e siècle avant l’ère chrétienne, en Irlande, les corps sont simplement mis en terre, parfois avec des objets. Les tombes précoces de l’Age de Fer révèlent la plupart du temps des corps en chien de fusil, comme installés pour un long sommeil. Autour du 1er siècle avant l’ère chrétienne, les barrows et tumuli sont  abandonnés, les tombes « plates » devenant la norme dès le 3e siècle de l’ère chrétienne.

cairn

cairn

En Écosse, les crémations couvertes de cairns ou de barrows de l’Age de Fer cèdent graduellement la place à des enterrements (favorisant la même position en chien de fusil), puis aux « long-cists », où les corps sont étendus sur le dos. Les grottes étaient aussi utilisées pour disposer des corps, et, comme en Irlande, certains tumuli furent réutilisés.  Dans certains cas, les restes montrent des traces d’un processus appelé excarnation : le corps est laissé à l’extérieur, probablement sur une plate-forme en bois placée à l’écart, jusqu’à ce que la chair et les organes aient été entièrement mangés par les oiseaux, laissant les os nettoyés. Les os étaient alors récupérés et utilisés de diverses manières, parfois enterrés autour des habitations. Évidemment, nous n’avons pas de trace des rites qui étaient pratiqués à l’occasion des funérailles de ces lointaines époques.

Traditions funéraires folkloriques

Lorsqu’il devient apparent qu’une personne va mourir, les fenêtres et les portes sont ouvertes, pour permettre à l’âme d’entamer son voyage aisément (dans certaines régions d’Irlande, les maisons avaient un petit trou dans le toit ou le mur dans ce but). Personne ne doit bloquer le chemin à la fenêtre, car cela pourrait empêcher l’esprit de partir, et cela porterait aussi malheur à celui ou celle qui aurait provoqué cet incident. Les miroirs de la maison sont recouverts ou tournés vers le mur, et les horloges sont arrêtées, pour éviter que l’âme ne soit distraite dans ses efforts pour quitter la maison. Après un moment, les fenêtres et portes sont refermées pour empêcher que l’esprit ne revienne à l’intérieur.

A partir du décès et jusqu’à l’enterrement, le corps ne doit pas être laissé seul. Les femmes le lavent et l’habillent comme il se doit (dans les temps anciens, en blanc). Si le défunt est un homme, un voisin vient le raser. Des bougies sont placées à la tête et au pied du corps, et restent allumées tant que le défunt est présent dans la maison. Le corps est ensuite exposé pour la veillée, pendant laquelle il sera constamment surveillé par la famille et les amis, jusqu’au moment de l’inhumation.

La mort est un événement communautaire. Un sonneur de cloche annonce le décès sur la place du village, cette annonce servant d’invitation au repas qui se tient dans la maison du défunt et aux funérailles. Il est également de tradition d’aller apporter la  nouvelle aux abeilles : s’il y a une ruche dans les environs, un ruban noir y est accroché.

Lors de l’exposition du corps, un plat de tabac à priser est placé sur ou à côté du corps. Parfois, un morceau de tourbe est placé sur le corps, car on croyait que cela empêchait la putréfaction et le ballonnement. Souvent, on place aussi une pipe de tabac dans la bouche du défunt. Traditionnellement, la veillée dure au moins deux nuits, accompagnée de victuailles et de boissons, et il est considéré comme impoli de ne pas rester un moment. Les visiteurs viennent faire leurs adieux au défunt : ils prennent une pincée de tabac, disent une prière et offrent leurs condoléances à la famille.

IrishWakeLa veillée est une occasion sociale : au fur et à mesure que les gens se rassemblent, on raconte des histoires et des anecdotes sur le défunt, on mange et on boit, on chante et on danse (il n’était pas inhabituel, dans l’ancien temps, de faire danser le défunt), et des jeux divers ont lieu. Ces jeux, pendant longtemps, furent condamnés par l’Église, qui se plaignait, de manière générale, de la nature irrespectueuse des veillées (l’abus d’alcool, les conduites indisciplinées et autres abus), certains étant parfois « obscènes et immoraux », comme le jeu appelé « le Taureau et la Vache, qui était clairement d’origine païenne« , raconte Evans, qui ajoute ensuite que les “circonstances (sont) trop indélicates pour être décrites.

Lorsque le temps des funérailles arrive, tout le monde se rassemble et, pour les familles qui peuvent se le permettre, des pleureuses professionnelles, spécialisées dans le keening (caoineadh), entrent en scène : c’est une forme de chagrin ritualisé, où la pleureuse pleure, crie, hurle en l’honneur du défunt. Dans les annales irlandaises, il y a des commentaires expliquant que lors du décès d’une personne importante, les veaux étaient séparés de leurs mères, et délibérément affamés pour qu’ils pleurent à l’unisson avec les femmes. La pratique du keening fut proscrite par l’Église, et fut longtemps passible d’amende. Le keening est, de nos jours, remplacé par les cornemuses.

Ensuite, le corps est placé dans le cercueil (parfois avec quelques menus objets), qui est généralement disposé sur des chaises. Le cercueil est alors fermé et huit femmes (parentes du défunt) font la « Première Levée ». Les chaises sont alors soigneusement retournées, de crainte que l’esprit du défunt n’y soit encore assis. Le cercueil quitte la maison « les pieds devant » pour que l’âme du défunt ne puisse pas en retrouver le chemin.

Alors commence la (longue) procession jusqu’à l’église. Une attention particulière est apportée à l’itinéraire, pour qu’il soit le plus long possible, par des chemins détournés. Le cercueil est porté à la main par les hommes de la famille et de la communauté, tour à tour. Dans certaines régions d’Irlande (Connacht, par exemple), de petits cairns sont construits à chaque arrêt, et on fait faire au cercueil trois tours (dans le sens du soleil) autour des croix, arbres isolés ou autres objets au bord du chemin, et autour de l’église.

En Écosse, les choses se passaient à peu près de la même façon. Lorsqu’une personne décédait, les horloges étaient arrêtées, les miroirs recouverts, et les chiens et les chats mis dehors, car on pensait que si l’un d’entre eux sautait par-dessus le corps, cela permettait au diable d’y entrer. Un morceau de fer était planté dans le beurre, le fromage et la viande qui se trouvaient dans la maison au moment du décès, de crainte qu’ils ne soient « corrompu » (que l’esprit ne prenne la « toradh », la substance des produits avec lui). Une autre précaution consistait à verser sur le sol le lait, et à certains endroits, à jeter les oignons et le beurre.

sources : death, irish funeral, folklore customs, burial rites, tairis, aquarelles préhistoire philarm
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A propos Caitlín Urksa

Païenne, Celte de coeur, créature de la nuit et Ourse des montagnes ; artiste par plaisir, prof par obligation ; Sagittaire/Verseau, à la fois perfectionniste et désordonnée, les pieds ancrés dans la terre et la tête dans les étoiles.
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