Intui-spira-provisation

Article pour le Pagan Blog Project du 03/05 (liste complète ici)

Comme je n’arrivais pas à me décider pour un thème et un seul, j’ai fait un mix : Intuition + Inspiration + Improvisation = Intui-spira-provisation, un néologisme qui résume assez bien mon fonctionnement pour ce qui concerne la pratique (et qui est plus sympa et parlant que le classique UPG, ou sa traduction tout aussi sibylline GPNV).

L’UPG : Unverified Personal Gnosis (GPNV : Gnose Personnelle Non Vérifiée), en clair, c’est tout ce qui n’est pas explicitement mentionné dans les sources archéologiques, ou littéraires, ou folkloriques. Autrement dit, vu la rareté des preuves formelles en ce qui concerne le polythéisme celte, c’est la majeure partie de ma spiritualité.

intuispiraprovisationJ’en vois déjà qui lèvent un sourcil étonné et froncent l’autre en réprobation… Mais je rappelle à ceux-là que j’ai prévenu dès le départ : si je me suis affranchie des contraintes ressenties dans la pratique wiccane, ce n’était pas pour m’enfermer dans un système encore plus contraignant. Et ce n’est pas pour rien si j’ai inventé de toutes pièces un nom pour ma tradition-personnelle-à-moi…

Bien entendu, j’essaie, quand les sources existent, de rester dans le cadre qu’elles dessinent, ne serait-ce que par respect pour les divinités qui daignent m’accorder leur attention. Mais j’ai l’honnêteté de dire que ce cadre est très vague, très incomplet, et que je comble les manques par ce que me souffle mon Intui-spira-provisation.

1) L’intuition

Définition : L’intuition est un mode de connaissance immédiat, préalable à la raison. Une intuition n’est pas la conclusion d’un raisonnement conscient. Elle est généralement perçue comme immédiate, c’est-à-dire sans médiation et ne faisant pas appel à l’Empirisme bien qu’elle puisse puiser sa pertinence dans des souvenirs enfouis dans l’inconscient ou le subconscient ; les intuitions pourraient être des sortes de synthèses résultant d’informations que nous mémorisons et de perceptions que nous n’avons pas conscience d’enregistrer.

L’intuition, le fameux 6e sens, c’est ce qui fait que, parfois, on « sait » sans savoir, on « sent » au fond de ses tripes que telle ou telle action, tel ou tel geste, tel ou tel objet est celui qui convient. Les exemples sont nombreux et je ne compte plus les objets (pierres, morceaux de bois, plumes et autres) que je ramasse pour les placer ensuite sur mon autel : un morceau de cep de vigne, une plume de faucon crécerelle, une pierre en forme de stèle (ou de menhir), autant de trouvailles ramassées et offertes intuitivement aux divinités, qui ont été acceptées avec enthousiasme.

Instinct et intuition sont liés : ce sont des réflexes que l’intellect ne contrôle pas. Pour moi, l’intuition est la connaissance innée qui vient du fin fond de notre ADN, de notre mémoire ancestrale, ces savoirs que notre essence/esprit/âme a emmagasinés au fil de ses existences.

2) L’inspiration

Définition : étymologiquement, « inspiration » vient du latin in spiritum, qui signifie littéralement « avoir Dieu en soi ». Ainsi, l’opinion largement répandue durant l’Antiquité voulait que l’inspiration artistique émane de Dieu. Une inspiration est une idée qui vient du plus profond de nous. Mouvement intérieur, impulsion qui porte à faire, à suggérer ou à conseiller quelque action. État mystique dans lequel le croyant reçoit de Dieu la révélation de ce qu’il doit faire, dire, penser.

L’inspiration est la clé de voûte des spiritualités celtiques, l’awen des druides et des bardes (voir ici), l’imbas du polythéisme gaélique. Pour moi, l’inspiration et l’intuition sont semblables, à la différence que, si l’intuition vient de nos racines (de notre « mémoire génétique », de la Mer/Mère), l’inspiration est captée par nos plus hautes branches. C’est l’illumination qui vient de « plus haut », la lumière du Ciel, le souffle du Vent qui porte les messages divins. C’est celle que j’appelle affectueusement ma Muse (et que je dissocie de moi car ce n’est pas, pour moi, juste une façon poétique de parler), celle qui m’apporte des idées neuves et qui provoque en moi des épisodes de « furie créative ».

L’inspiration que m’apporte la Muse prend des formes assez variées : généralement visuelle (je ne vivrais pas sans pouvoir dessiner, gribouiller, peindre, faire des photos, etc.), parfois « musicale » (je chantonne presque en continu quand la Muse est là, et mon tambourin est devenu un « outil rituel » incontournable), plus rarement poétique (mais la prose me va mieux que la poésie ^^). La recherche de l’inspiration ayant une place importante dans ma vie (même quotidienne), elle est donc primordiale dans ma spiritualité et ma pratique, au point que, lorsque la Muse est absente (lorsque je n’arrive plus à me connecter à ce souffle venu de plus haut), j’ai beaucoup de mal à me relier aux divinités.

3) L’improvisation

Définition : L’improvisation est le fait d’accomplir une action sans s’y être préparé. Le fait de produire un texte ou un morceau de musique directement, sans préparation, avec les moyens du bord.

En toute logique celte, si l’intuition vient de nos racines plongées dans la Mer et l’inspiration de nos branches qui s’élancent vers le Ciel, l’improvisation est la jonction des deux : c’est l’utilisation (respectueuse, s’entend) des ressources que nous offre la Terre qui nous entoure, au moment M et à l’endroit E. Improviser permet d’apprendre à se passer du superflu et, en ce qui concerne la spiritualité, je trouve que c’est important.

Un des points qui m’a toujours posé problème pendant la vingtaine d’années où j’ai suivi les préceptes wiccans, c’est l’attachement aux objets (athamé, coupe, etc) et la pratique cérémonielle (le cercle, les Gardiens des Tours, etc). Je ne dis pas que c’est mal ou inutile, juste qu’au fil du temps, l’attachement aux objets et au cérémoniel a provoqué chez moi une lassitude et que j’ai fini par n’y voir que des inconvénients (le manque de spontanéité se traduit vite, chez moi, par un manque de ressenti, et l’aspect routinier se transforme rapidement en obligation… et là, mon gros défaut entre en lice whistle).

En changeant de voie, en pleine conscience de ce défaut, j’ai donc laissé la porte grande ouverte à l’improvisation et réduit le côté rituel/cérémoniel à son strict minimum : les entités (dieux, esprits de la terre, ancêtres) et moi. J’ai un autel, certes, mais je ne suis pas obligée d’y avoir recours, je peux tout aussi bien célébrer une de mes fêtes en allant me promener, ou en préparant un repas, ou en dessinant, ou en faisant tout ce qui me semble approprié selon l’inspiration et l’intuition du moment et de l’endroit.

cabaneDéposer devant la statuette de la Morrigan, au moment de la Lune Noire, la plume de corbeau envoyée par Aubépine a été un grand moment et l’occasion de remercier la Dame pour son aide discrète mais toujours appréciée. Tout comme rendre visite à mon ami le sorbier, le découvrir couvert de fleurs, ressentir de plein fouet l’énergie de Bealtaine (bin voui, à 43°48N de latitude, cette énergie se fait sentir beaucoup plus tôt que, par exemple, sur la Colline de Tara en Irlande, qui se situe à 53°34N) et mettre à profit cette belle et puissante énergie, avec mon zomme, pour finir de peindre et assembler l’abri de terrasse (ça ne semble peut-être pas très spirituel, dit comme ça, mais ça l’était pourtant, dans un sens ^^).

Intui-spira-provisation, donc…

Un maître-« mot » qui résume en quelques syllabes l’évolution de ma pratique spirituelle personnelle. Et tant pis (ou tant mieux) si ça n’a de sens que pour moi, car après tout, mon but (qui était de vivre pleinement ma spiritualité au lieu de toujours regretter le fossé entre vie spirituelle et vie profane) est atteint : en laissant à la croisée des chemins tout ce qui constituait pour moi des entraves (les rituels cérémoniels avec outils consacrés et matériel onéreux, les contraintes de dates qui font qu’on ne ressent plus vraiment les énergies pour ce qu’elles sont, le fait de « dé-spiritualiser » les actes quotidiens qui sont pourtant chargés de sens et d’essence, le sentiment de devoir faire des choses exceptionnelles pour mériter l’étiquette de « païenne », etc), je me suis libérée de tout un tas de conventions qui avaient plus d’inconvénients pour moi que d’avantages. Au final, je me dis que je suis peut-être plus près du « Tant que ça ne nuit à personne, fais ce que tu veux » aujourd’hui que je ne l’ai jamais été en vingt ans d’étiquette wiccane wink.

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A propos Caitlín Urksa

Païenne, Celte de coeur, créature de la nuit et Ourse des montagnes ; artiste par plaisir, prof par obligation ; Sagittaire/Verseau, à la fois perfectionniste et désordonnée, les pieds ancrés dans la terre et la tête dans les étoiles.
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