Labyrinthe

Publié à l’origine le 08/10/10 sur La Caverne

valcamonicaUn labyrinthe est un tracé sinueux, muni ou non d’embranchements, d’impasses et de fausses pistes, destiné à perdre ou à ralentir celui qui cherche à s’y déplacer. Ce motif, apparu dès la préhistoire, se retrouve dans de très nombreuses civilisations sous des formes diverses. La plus ancienne représentation d’un labyrinthe a été trouvée dans une tombe sibérienne du paléolithique : c’est un dédale de sept circonvolutions, entouré de quatre doubles spirales, le tout gravé sur un morceau d’ivoire de mammouth.

Origine et Mythologie
450px-Labirinto_do_Outeiro_do_Cribo‘Labyrinthe’ est un mot d’origine pré-grecque, peut-être lié au labris Lydien (hache à double tranchant, symbole de pouvoir royal). Ce symbole a été retrouvé dans le palais minoen et il accompagne généralement des déesses. Il représentait probablement la matriarche, et on peut le recouper avec le concept de souveraineté. Si la mythologie crétoise ne mentionne pas de Dame régnant sur le Labyrinthe, une tablette trouvée à Knossos porte une inscription mentionnant un présent « à tous les dieux, du miel; à la maîtresse du labyrinthe, du miel. »
La hache à double tranchant, selon une tradition très ancienne, fut l’arme avec laquelle Arès-Dionysos ouvrit le premier labyrinthe. Arès-Dionysos, dieu des premiers temps, descendit sur terre, où rien n’était créé et où il n’y avait que l’obscurité. Du haut des cieux, on octroya le Labris à Arès-Dionysos, on lui dit qu’il devait l’utiliser pour forger le monde. Au milieu de ces ténèbres, Arès-Dyonisos commença à marcher en rond, taillant l’obscurité et s’ouvrant un sillon avec sa hache. Le chemin qu’il ouvre et qui s’éclaire peu à peu, c’est le Labyrinthe, le sentier taillé avec le Labris. Quand Arès-Dionysos, à force de tailler et de tailler, arrive au centre même de son sentier, il découvre que sa hache est devenue une torche : il a taillé l’obscurité vers l’extérieur avec un tranchant de la hache et sa propre obscurité intérieure avec l’autre tranchant. Dans la mesure où il a fait la lumière au dehors, il a fait la lumière au dedans. Ainsi, quand il arrive au centre du labyrinthe, il est parvenu à la lumière et il est parvenu jusqu’à lui-même.

labyr_03Le dessin classique à 7 circonvolutions est présent sur les pièces crétoises dès 430 avant l’ère chrétienne. Le labyrinthe, en tant que symbole d’un cheminement initiatique long et difficile, est connu de nombreuses civilisations anciennes : les Mésopotamiens, les Scandinaves, les Hopis, les Navajos, les Indiens, les aborigènes d’Australie, les Touaregs, les Mayas, tous ont dessiné des labyrinthes sur des poteries, sur les parois des cavernes et dans les lieux sacrés.
Lorsque se développe un nouveau culte, au lieu d’effacer ou de combattre les signes des rites antérieurs, il est fréquent que le nouveau culte les récupère et les recycle : ce syncrétisme absorbe ainsi les dieux, les reliques, les fêtes agricoles et les labyrinthes présents dans les espaces sacrés des cultes païens. Il faut attendre le VIe siècle pour voir apparaître des labyrinthes d’églises en Europe : le plus ancien se trouve à la basilique San Vitale de Ravenne en Italie, chartes02puis le labyrinthe devient un trait commun à bon nombre d’églises et à la plupart des grandes cathédrales d’Europe (en France, Poitiers, Amiens, Arras, Auxerre, Reims, Bayeux, Chartres, Mirepoix, Saint-Omer, Saint-Quentin, Toulouse). Le labyrinthe y est toujours situé du côté ouest (où le soleil disparaît, représentant la mort), l’endroit d’où viennent les démons qui, ne pouvant se déplacer qu’en ligne droite, sont ainsi piégés avant d’arriver au chœur. Incidemment, cette période de l’histoire voit aussi la réintroduction du féminin dans l’Eglise, par le biais du culte marial. La coïncidence avec l’utilisation du labyrinthe en tant qu’outil spirituel n’est sans doute pas un hasard. Le labyrinthe d’église, appelé dédale, méandre, chemin de Jérusalem, lieue (car il fallait pour le parcourir le même temps que pour faire une lieue à pied), Via Dolorosa, était parcouru à genoux par les pénitents qui réalisaient ainsi symboliquement un voyage en Terre Sainte. Les croyants suivaient le tracé sans réellement contrôler la direction, commençant par se diriger droit au but, vers le centre, avant de s’en éloigner, le labyrinthe forçant ainsi les fidèles à de multiples détours, qui symbolisaient les tribulations de la vie chrétienne.

jeu_de_l_oieA la fin du Moyen Âge, le labyrinthe devient synonyme de mal : il est le lieu maudit du péché et de la perdition, que les hommes d’églises, à partir du XIVe siècle, vont effacer (ceux qui ne peuvent être détruits sont détournés en jeux dérisoires – comme le jeu de l’oie- ou cachés sous des tapis). Ce mouvement de destruction massive est suivi dans tous les pays chrétiens, car les labyrinthes représentaient une concession impardonnable au paganisme.

Symbolisme du labyrinthe

Historiquement, le labyrinthe a toujours été un symbole de la « descente aux enfers », la descente dans les entrailles de la mort symbolique et de la renaissance. En même temps, il est le lieu où les contraires, comme la vie/la mort, la lumière/les ténèbres, le principe mâle/le principe femelle, sont transformés et fondus l’un dans l’autre. Le labyrinthe annonce la présence de quelque chose de précieux ou de sacré : le passage des ténèbres à la lumière. Ce passage est initiatique, c’est la mort d’un état et la renaissance dans un autre. Ainsi, entrer dans le labyrinthe, c’est retourner dans la matrice de la Mère. Le long de son parcours vers le centre du labyrinthe, l’être est dissous, et seul celui qui aura accepté la dissolution pourra atteindre la matrice, la révélation des mystères que le labyrinthe protège. labyrinthChartres543pxUne fois parvenu au centre, après avoir été initié au mystère de la dissolution, l’être est recréé, refondu, régénéré, et il reçoit l’illumination, l’étincelle de vie. Mais le processus ne peut être complet sans renaissance, et l’être nouveau doit encore sortir de la matrice, en parcourant à nouveau le chemin tortueux vers l’extérieur, pour renaître en tant qu’initié.

ajouts (source : labyrinthos)

Les Celtes

MazeKeyKnot-StAndrews-KarensWhimsyParmi les premiers motifs de l’art celte, on trouve le « maze pattern », un motif géométrique que l’on peut aisément rattacher au labyrinthe. Par la suite, les Celtes ont introduit les spirales dans leur art décoratif, puis les entrelacs (au moment de la christianisation). Si ces motifs ne sont pas exactement des labyrinthes, ils en ont la portée symbolique.

hollywoodstoneEn Irlande, il n’y a pas de labyrinthe préhistorique gravé sur les pierres, ni sous forme de mosaïque puisque les Romains n’ont pas colonisé l’île. Il y a toutefois quelques labyrinthes historiques, dont la Hollywood Stone (Co. Wicklow) est l’exemple le plus ancien. Il s’agit d’un gros rocher décoré d’un labyrinthe classique de 29 pouces de diamètre (73 cm). A l’époque de sa découverte, les archéologues le datèrent de l’Age du Bronze et la pierre fut enlevée en 1925 pour rejoindre le National Museum de Dublin. L’emplacement originel de la pierre, près de la St. Kevin’s Road, une ancienne voie pavée que les pèlerins empruntaient pour se rendre au monastère de Glendalough. Il semble donc probable que la pierre soit un marqueur datant de des débuts du Christianisme ou du Moyen-Age (entre 550 et 1400).

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A propos Caitlín Urksa

Païenne, Celte de coeur, créature de la nuit et Ourse des montagnes ; artiste par plaisir, prof par obligation ; Sagittaire/Verseau, à la fois perfectionniste et désordonnée, les pieds ancrés dans la terre et la tête dans les étoiles.
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Un commentaire pour Labyrinthe

  1. Roland Mente dit :

    Quelle est la preuve scientifique de l’affirmation suivante : « La plus ancienne représentation d’un labyrinthe a été trouvée dans une tombe sibérienne du paléolithique : c’est un dédale de sept circonvolutions, entouré de quatre doubles spirales, le tout gravé sur un morceau d’ivoire de mammouth » ? Tout ce que j’ai pu lire remonte à Jacques Attali, qui ne précise pas la source de cette information. Merci de votre réponse

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