Vieux texte et réflexions

Le soleil se couche, des nuages sombres envahissent mon esprit inquiet.
Et, comme le soleil disparaît des cieux,
Mon dernier souffle murmure ma chanson au vent.
Des gouttes de pluie, silencieuses, guérissent le sol,
En vagues de peine, de joie et d’innocence.
Et l’océan gonflé de ma douleur entend l’appel du vent
Et s’envole dans les airs sur les ailes d’un rêve.
Une nuit lourde comme un suaire étouffe mes sens,
Mon âme échappe aux nuages
Et je sèche mes larmes pour voler avec l’aigle…
Au-dessus du sol, hors de ma chair douloureuse,
Mes ailes s’étalent sur le vent comme des voiles.
Je vole à travers les terres, au-dessus des foules,
Au-dessus des villes grises et de la sécheresse de cette contrée pourrissante,
Pour atteindre l’île perdue, pour atteindre mon foyer,
Pour trouver enfin l’endroit auquel j’appartiens.
Mais la route est longue !
Mon âme s’abandonne à la nuit silencieuse
Et je fais mon nid en haut d’une montagne…
Comme le soleil pointe au-dessus de l’horizon,
Comme la première lueur de l’aube m’effleure,
Légère et tendre comme un baiser d’amant,
Je m’éveille et m’envole à nouveau.
La rosée sur l’herbe, la brume autour des grands arbres,
L’appel de la forêt atteignent mes sens.
Mon âme descend et se pose sur le sol froid
Et je rejoins les loups parmi les arbres…
Sur leur route vers le nord, ils avancent, silencieux.
La lumière du jour ne peut arrêter leur quête.
Je marche parmi eux à travers la forêt sombre.
Nous traversons les bois, nous suivons la rivière,
A travers de nombreux paysages,
Des pics éthérés et des collines dorées au crépuscule,
Au-dessus desquelles la lune se lève,
Répondant à l’appel que nous lui lançons dans la nuit.
Et à travers des plaines sans fin, des vallées herbeuses,
Des villes endormies où les ombres nous abritent,
Nous marchons jusqu’à atteindre l’océan…
Tant de rivières d’or traversent mon âme
Que je ne peux lutter contre ce flot de feu liquide qui noie mes sens.
Où sont les murs de cristal de ton château ?
Où est la flamme dorée qui brillait sur mon esprit errant ?
O île de mon cœur où mon esprit peut trouver refuge !
O montagnes de lumière !
Où est la route ?
Où est le chemin qui mène hors de ces ténèbres ?
Quand le silence tombe sur les villes endormies,
Quand des ombres effrayantes apparaissent devant moi,
Quand des choses rampantes murmurent et hurlent,
Quand tous les mots sont vides et vains,
Il y a toujours une nouvelle lumière,
Une nouvelle chaleur qui vient du ciel étoilé
Ou d’une brise sereine et parfumée…
Et mes yeux redécouvrent la lumière,
Et j’étends mes bras au-dessus du monde,
Hors de l’espace et du temps,
A travers la nuit de velours,
Pour atteindre l’autre côté du miroir…
Mes pattes redeviennent des ailes,
Et, mouette blanche, je m’envole au-dessus de l’océan.
Lentement, librement, j’écarte mes ailes,
Jouant sur les vagues du vent,
M’élevant et descendant,
Accélérant dans les nuages.
Libre et vivante dans les cieux vastes et bleus,
Volant infiniment haut vers le soleil qui se lève,
Je fais la course avec mon ombre qui frôle l’écume.
Parfois sur ma route je croise un albatros
Et je vole avec lui vers le lieu où mon futur attend,
Jusqu’à ce que nos routes se séparent.
Seule à nouveau, je joue avec la brise errante
Qui m’apporte des nouvelles parfumées
Et de doux murmures.
Piquant et plongeant, descendant en vrille,
Comme une feuille morte un soir d’automne,
Je joue avec les vagues grondantes,
Apprenant les secrets des profondeurs.
Des parfums salés flottent sur le vent chaud
Et j’espère la fragrance des vastes forêts…
Et mon âme oublie la fièvre de l’envol,
Cette liberté sauvage,
Pour à nouveau pleurer sur ma solitude…
Et le temps s’enfuit, et la mer est sans fin…
Jusqu’à ce qu’enfin j’atteigne le rivage bien-aimé
De l’île où mon destin m’attend, endormi, silencieux, immobile.
Atterrissant sur le sable salé de cette côte paisible,
J’oublie la liberté des oiseaux.
Et mon bec devient les naseaux veloutés d’une jument sauvage.
Et je hume le vent, ma crinière flottant dans le vent comme une flamme argentée,
Jetant des éclats de lumière dans la nuit.
La douce brise amène des sons qui caressent mes oreilles,
Des harmonies étranges dont mon cœur se souvient
Comme le souvenir de moments que je n’ai pas vécus.
Et je suis l’appel de cette musique magique,
Et le tonnerre de mes sabots dans le sable
Donne un rythme à la symphonie secrète.
Je galope vers l’ouest, quittant la plage
Pour l’ombre de la forêt,
Suivant les murmures et les senteurs du vent.
Et ma course sans halte me mène jusqu’aux pierres levées.
Mes jambes fatiguées abandonnent leur lutte désespérée
Contre la fuite inéluctable de la vie et du temps
Et mon âme quitte la forme qu’elle avait prise.
Le feu et l’air se mêlent à la terre et à l’eau
Et mon âme s’élève, enfin libérée, dans le ciel embrumé.

J’avais écrit ce poème en anglais à l’origine (avec davantage d’allitérations), il y a très longtemps (1985 ou 86), avant même de découvrir la voie païenne, et à une époque où j’utilisais, je l’avoue, une substance illicite pour atteindre un état altéré de conscience et écrire ou dessiner sous son influence. Il n’empêche qu’en relisant ce texte aujourd’hui, j’y trouve de nombreux symboles qui me font dire que ma conscience connaissait déjà la voie qui m’était destinée. C’est assez perturbant, à la fois enthousiasmant et effrayant. Quoi qu’il en soit, il y a dans ce texte un certain nombre d’éléments sur lesquels je voudrais revenir, parce que leur présence dans ce texte écrit il y a presque 30 ans me pousse à m’interroger.

D’abord le shape-shifting, la métamorphose en 4 formes animales successives qui me permettent ce voyage « hors du temps ». Avec ce que je sais aujourd’hui, ça ressemble quand même très fortement à un voyage chamanique, et les formes animales en question (aigle, loup, mouette, jument) ne sont pas anodines non plus.

Faucon crécerelleL’aigle est à rapprocher du faucon, de manière évidente pour moi (vu la présence forte de ce rapace-guide depuis plusieurs années).

Celtic Symbols: Hawk. Comme de nombreux oiseaux, le faucon est considéré comme un messager entre le monde physique et le monde spirituel. Le faucon est un chasseur émérite et symbolise l’agilité, l’audace, la force, la clarté d’esprit et la noblesse.

packLe loup est un animal que j’admire depuis longtemps. A l’époque où j’ai écrit ce poème, j’allais régulièrement « discuter » avec les loups du zoo du Lunaret. Le fait que la Morrigan se transforme en loup gris dans le Tain Bo Regamna (texte traduit ici) ne m’a pas échappé…

Wolf/Hound : Dans la mythologie celtique, les chiens sont des emblèmes de courage, de loyauté et d’honneur. Ils sont associés à la guérison, et invariablement magiques lorsqu’ils accompagnent les héros. De la même manière, les loups sont un symbole positif, ils apparaissent comme des guides ou des aides. Sur le chaudron de Gundestrup, ils apparaissent en compagnie de Cernunnos. Le roi irlandais Cormac affirmait avoir été allaité par des louves, et il était fréquent que des tribus celtes affirment descendre de meutes de loups. L’esprit de meute des chiens et des loups était vu comme analogue au comportement des tribus humaines.

seagullLa mouette n’est pas un animal qui m’attire particulièrement, en dehors de son lien avec la mer et l’océan. J’avoue même que je crains un peu ces oiseaux (souvenir d’une attaque de mouette quand j’étais petite). Pourtant, j’ai toujours admiré leur maestria en termes de vol. Au moment où je viens d’introduire un élément « Mer » sur mon autel, pourtant, je ne peux m’empêcher de m’interroger à son sujet…

Celtic Symbols: Seagull. La mouette est associée à Lir, un dieu de la mer. Comme de nombreux oiseaux, la mouette vole entre la Terre et l’Autre Monde, apportant des messages aux mortels. Ce sont des oiseaux intelligents avec une structure sociale complexe, et qui utilisent parfois des outils.

La jument (blanche, puisque sa crinière est une flamme argentée) est un symbole sur lequel je ne reviendrai pas (déjà largement exploré dans cet article). C’est aussi le point le plus important de l’article du jour, car l’importance des chevaux dans ma vie n’est plus à démontrer. En tant que Sagittaire, je suis à moitié cheval, quelque part… Le cheval a été et est toujours mon thème favori de dessin, l’animal qui pour moi symbolise la liberté, la communion avec les forces de la nature. Bref, il m’est impossible de nier ce lien, et les visites oniriques du mois écoulé (Eacha, mois des chevaux, comme par hasard…) ont fini par avoir raison de mes dernières résistances : Epona va rejoindre mes Guides. Je ne sais pas encore si je la représenterai par un dessin ou une statuette, mais c’est ma future création/offrande prévue.

spirit3

Spirit of the Celtic Lands, toile vendue mais qui résume bien les choses 😉

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A propos Caitlín Urksa

Païenne, Celte de coeur, créature de la nuit et Ourse des montagnes ; artiste par plaisir, prof par obligation ; Sagittaire/Verseau, à la fois perfectionniste et désordonnée, les pieds ancrés dans la terre et la tête dans les étoiles.
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5 commentaires pour Vieux texte et réflexions

  1. Eirina dit :

    Beau et puissant ce texte…!! Sa lecture fait écho en moi, et j’en suis sortie au bord des larmes…
    Je suis ravie d’apprendre qu’Epona va enfin rejoindre tes guides 😉 je lui suis toujours fidèle et elle me fait souvent signe sur le chemin ^^…je te souhaite un beau voyage à ses côtés !

  2. Merci =)
    J’ai gardé quelques-uns de mes vieux textes parce qu’ils résonnent toujours après tout ce temps (celui-ci peut-être plus que d’autres). Il faudra que je retrouve sa VO parce qu’il perd beaucoup à la traduction, quand même (j’ai toujours été fan des allitérations, mais l’association son/sens est bien souvent impossible à traduire).
    Quant à Epona, je pense que le tableau a entrouvert une porte qui l’a poussée à venir me rendre des visites de plus en plus fréquentes (et pressantes) 😉

    • Eirina dit :

      Ah oui ^^…quand elle est là, on ne peut pas la manquer ;-)…pour ma part, je vois des chevaux partout où je vais lol…

  3. Kaimelín dit :

    Ce texte est vraiment très joli, je le trouve très touchant. En le lisant, je ressens l’envie de voler, de courir librement, caressée par l’air du vent. J’aurais aimé savoir écrire de cette façon, trouver les mots, mais malheureusement je n’y arrive pas. Enfin, tout ça pour dire que c’est un très beau texte.
    Bonne continuation,
    Kaimelín

    • Merci… pour l’écriture, il faut persévérer. En général, j’écris un premier jet, puis je retouche ici et là en mettant des mots qui sonnent mieux. Ceci dit, je n’y arrive pas directement en français (qui pour moi, n’est pas une langue « poétique »… trop de grammaire pour laisser s’exprimer les ressentis)

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