Sheela na Gig

Publié à l’origine le 7 août 2011 sur La Caverne

Une Sheela Na Gig (prononcer « chileu-na-gui« ) est une sculpture féminine aux traits grotesques, présentant une exagération des organes génitaux. Ces sculptures sont nombreuses en Irlande et au Royaume-Uni, où on les rencontre le plus souvent dans les églises et les châteaux, parfois accompagnées d’un équivalent masculin. La plus célèbre des Sheela Na Gigs se trouve dans l’église de Kilpeck, dans l’Ouest de l’Angleterre. Selon une théorie adoptée par Joanne McMahon et Jack Roberts, les Sheela Na Gigs sont une rémanence de la religion pré-chrétienne de la fertilité et de la Déesse-Mère.

Le nom le plus ancien donné pour désigner une de ces sculptures dans l’île de Wight est L’Idole, mentionné par R. Worsley en 1781 dans « L’Histoire de l’île de Wight« . La première mention du terme Sheela Na Gig provient de l’ouvrage « Proceedings of the Royal Irish Academy » publié en 1840 et désigne la sculpture de l’église de Rochestown dans le comté de Tipperary en Irlande. Il y a une polémique concernant l’origine et la signification du nom. Eamonn Kelly mentionne une phrase en irlandais qui contient les termes Sighle na gCíoch signifiant la vieille sorcière aux seins. Mais peu de Sheelas ont les seins visibles. Pour Barbara Freitag le terme Sheela (ou Síla, Síle) désigne effectivement une sorcière ou une vieille femme, un esprit féminin irlandais. Quant à Gig, il s’agirait d’un mot irlandais, Gigh (prononcé comme le gui), argotique et toujours utilisé, qui désigne les parties génitales d’une femme.

Weir et Jerman supportent la théorie selon laquelle les Sheela na gigs étaient un avertissement religieux contre le péché de chair, car des scuptures exhibitionnistes de tous types (masculines, féminines, animales) se retrouvent fréquemment en compagnie d’imagerie « infernale ». D’après Weir et Jerman, ces sculptures auraient donc été employées à fin d’instruction pour la populace illettrée. La théorie cadre bien avec les sculptures qui se trouvent dans les églises, mais n’explique pas celles qui se trouvent dans des châteaux ou les écuries. La fonction de ces sculptures-là serait de repousser les esprits maléfiques.

Il y a probablement de nombreux éléments du folklore local qui auraient pu être approfondis si le clergé n’avait pas davantage cherché à faire disparaître ces représentations embarrassantes qu’à en chercher l’origine historique et la signification réelle. Le peu qui nous a été transmis montre que ces sculptures étaient hautement respectées, et même vénérées. L’idée que les Sheelas représentent une déesse païenne est la plus populaire, (bien qu’elle ne soit généralement pas reconnue par les milieux académiques). La déesse en question est habituellement identifiée comme étant celtique, la sorcière Cailleach des mythologies Ecossaise et Irlandaise.

Barbara Freitag avance la théorie selon laquelle ces sculptures étaient utilisées dans un contexte de fertilité, comme « pierres d’accouchement ». Il y a des preuves dans le folklore qui tendent à démontrer qu’au moins une partie des Sheelas étaient utilisées de cette manière : elles étaient prêtées aux femmes en couches. D’autres sculptures sont associées à des traditions de mariage. Anderson, lui, note qu’un certain nombre de Sheelas montraient des signes visibles d’usure par frottement, et sont encore frottées de nos jours, la partie touchée par les pèlerins étant la vulve.

Les Sheelas sont essentiellement des représentations stylisées plus que figuratives, à l’exception des organes génitaux qui sont, souvent, représentés avec de nombreux détails non directement liés à la fonction reproductrice (comme le clitoris, la structure des lèvres et dans certains cas l’anus). Dans les diverses cultures de l’Histoire, les figurines de déesses qui illustrent la fertilité montrent généralement une emphase sur le ventre et les seins, mais rarement les organes génitaux. De nombreuses Sheela na gigs ont des seins tombants et sont maigres au point que leurs côtes sont visibles. Leur apparence générale, parfois hideuse, est bien loin d’évoquer la fertilité et de susciter le désir…

La vulve, l’entrée de la matrice, est un symbole puissant et évocateur, qui est considéré avec respect par presque toutes les cultures anciennes, qui lui accordent un grand pouvoir. Le folklore et la mythologie, particulièrement en Irlande, regorgent de références au pouvoir de la femme : par exemple, le champion de l’Ulster, Cuchullain, était sous le coup d’une geis qui lui interdisait de poser son regard sur une femme nue. « L’Encyclopédie des Religions » (Mircea Eliade, 1993) établit des parallèles entre les Sheelas et l’ancien mythe irlandais de la déesse de souveraineté. Celle-ci se présentait comme une vieille femme hideuse, et la plupart des hommes rejetait ses avances sexuelles. Pourtant, si un homme acceptait de coucher avec elle, elle se transformait en une belle jeune femme et lui conférait le titre de roi…

J’avoue que cette théorie me semble particulièrement intéressante, d’autant que certaines Sheelas sont représentées avec un torque ou un fer à cheval dans la main, et ont donc un lien probable avec la Souveraineté.

sources : wikipedia (francophone et anglophone), www.sheelanagig.org, www.le-sidh.org, www.whitedragon.org.uk, www.irelands-sheelanagigs.org (relevé des Sheela na gigs irlandaises)
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A propos Caitlín Urksa

Païenne, Celte de coeur, créature de la nuit et Ourse des montagnes ; artiste par plaisir, prof par obligation ; Sagittaire/Verseau, à la fois perfectionniste et désordonnée, les pieds ancrés dans la terre et la tête dans les étoiles.
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Un commentaire pour Sheela na Gig

  1. Brume Follet dit :

    Je me souviens, la 1ère fois que j’en ai vu une, combien je me suis sentie mal à l’aise face à ce trou béant ! XD Je les trouve tellement pleine de force et de mystère maintenant :D. Merci beaucoup pour cet article ! ^^

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