Paganisme Urbain

Je vais encore une fois donner mon avis sur un sujet qui a déjà été évoqué, mais le thème est intéressant car, dans un monde où de plus en plus de gens vivent en ville, je crois qu’il est important de revoir certains « clichés ».

Pour beaucoup, être païen, c’est avoir une connexion privilégiée avec la nature et donc, par extension, être en contact quotidien avec la nature (autrement dit, en poussant un peu, habiter une petite chaumière au fond des bois, avec plein de petits animaux trop mignons qui viennent vous faire coucou à la fenêtre, comme dans les dessins animés de Disney). Bien sûr, un certain nombre d’entre nous (païens ou pas) rêvent, à leurs heures perdues, de vivre ce genre de connexion, mais soyons réalistes, il est rare de pouvoir le faire (sans parler du fait que les petits animaux qui osent s’approcher des habitations humaines sont rarement dans la catégorie « trop mignon », mais plutôt dans la catégorie « squatteur indésirable » ou « déclencheur de phobie », en général). Et puis, au fond des bois, il est plus compliqué, voire impossible, d’avoir accès au confort moderne, ou de trouver du boulot… Pour avoir habité six ans relativement « loin de la civilisation », je peux vous garantir que ce n’est pas simple tous les jours (par exemple, le fait de devoir faire un minimum de 40km pour trouver un ophtalmo ou un vétérinaire, ou de s’entendre dire par Chronopost qu’ils ne peuvent pas livrer votre colis parce qu’il n’y a pas de numéro de rue et que votre adresse est donc « non conforme »).

Mais revenons au sujet principal : comment être païen dans un environnement urbain ? Je crois qu’il faut d’abord se souvenir que tout ce qui compose une ville (le béton, le métal, même le goudron et le carburant) vient de la terre : sans la terre, il serait impossible de bâtir quoi que ce soit. Il faut aussi se souvenir que l’urbanisation a commencé il y a très, très longtemps, et que ça n’a jamais empêché les civilisations antiques d’être des civilisations païennes. villeplantesQuoi que l’humain fasse pour tenter de domestiquer la nature, elle reste au fond sauvage et indomptable : sans aller jusqu’à mentionner les éruptions volcaniques, les tremblements de terre et autres « catastrophes naturelles » capables de réduire à néant des villes entières, regardez simplement à quelle vitesse la végétation peut pousser à travers le goudron, ou dans des lieux improbables. Le simple fait de chercher dans la ville des exemples de l’adaptabilité végétale permet de regarder l’environnement urbain d’un autre oeil. Au-delà de ça, il est bien rare que les villes soient totalement dépourvues d’espaces verts.

Par ailleurs, rien ne vous interdit de créer votre petit coin de verdure : un balcon ou un rebord de fenêtre peuvent tout à fait accueillir des pots ou des jardinières (dans lesquels vous pouvez cultiver des plantes qui attireront les papillons) et même un petit coin pour les oiseaux (une assiette d’eau pour qu’ils viennent s’y baigner, des boules de graisse en hiver pour qu’ils viennent picorer… vous n’imaginez pas la vitesse à laquelle les « piafs » découvrent que le restaurant est ouvert !). jardin_interieurIl existe en outre bon nombre de plantes que l’on peut cultiver à l’intérieur (il leur faut quand même de la lumière) et qui n’attendent que votre bon vouloir.

Mais allons plus loin encore : on peut être païen sans être particulièrement attaché au côté « Mère Nature ». Le paganisme offre une large palette de traditions qui ne sont pas toutes des « religions de la Terre » et qui ne nécessitent pas forcément une communion avec la nature. Les dieux et les non-dieux sont présents dans les villes tout autant qu’au milieu des bois, et je suis sûre que certains sont même plus présents en ville qu’à la campagne. Il suffit de penser à toutes les divinités qui sont liées à l’activité humaine, dieux et déesses de l’artisanat, du foyer, de l’art, de la guérison, de l’abondance, de l’amour, de la guerre, de la mort… Ces divinités ont peut-être davantage leur place au milieu des boutiques, des immeubles d’habitation, des hôpitaux et de la circulation que près d’un arbre ou d’une rivière.

Je ne suis sans doute pas le meilleur exemple (parce que je suis une fille de la campagne que le brouhaha des villes rend mal à l’aise), mais je peux vous affirmer que certains de mes Guides sont bien présents dans l’environnement urbain : Lugh, en particulier, affectionne les lieux où les humains fabriquent, réparent, vendent, alors qu’il est quasiment « absent » dans la nature (certes, en cette période de vendanges, il fait clairement sentir son intérêt pour le travail du raisin et sa transformation en vin, mais globalement, il n’est pas particulièrement « nature »). chain-rust-oldLa Morrigan, également, est très présente en ville : même si cette présence n’est pas forcément la plus agréable, la Dame n’est jamais bien loin des nombreux conflits, ni des « charognes » animales, minérales ou végétales qui peuplent le coeur sombre des villes (j’ai découvert, par exemple, son lien avec la rouille… déjà par sa couleur, mais aussi par le côté décomposition/transformation).

Laissons de côté, une bonne fois pour toutes, les stéréotypes étymologiques : même si, à l’origine, le terme latin « paganus » veut dire « rural, rustique », le mot actuel n’a plus cette signification. Actuellement, ne serait-ce qu’au niveau statistique (en 2010, 77,5 % de la population française vit en zone urbaine), il y a davantage de païens en milieu urbain qu’en milieu rural. Ce n’est pas parce qu’on ne vit pas au milieu des arbres et des animaux qu’on est un « mauvais païen », car le paganisme n’est pas, par définition, lié à la nature (les dieux et les non-dieux sont partout, il suffit de les chercher).

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A propos Caitlín Urksa

Païenne, Celte de coeur, créature de la nuit et Ourse des montagnes ; artiste par plaisir, prof par obligation ; Sagittaire/Verseau, à la fois perfectionniste et désordonnée, les pieds ancrés dans la terre et la tête dans les étoiles.
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4 commentaires pour Paganisme Urbain

  1. Eirina dit :

    Merveilleux article, merci beaucoup 😉 – très intéressant et plein de vérités à méditer, j’adore !

  2. Rhi-Peann dit :

    Je reste sur la définition que je me suis dégagée pour ma propre pratique, en lien avec l’étymologie justement (Nature et Cycle du Vivant). Ca me permet d’éviter de mélanger paganisme et polythéisme. Cela dit, ça n’est pas incompatible avec la ville je trouve (l’humain se réunit en communautés, c’est un environnement naturel pour l’humain du coup, entre autre). C’est une de mes grosses réflexions du moment 🙂

    • je trouve intéressante l’expression « cycle du vivant », c’est moins réducteur (ce n’est pas tout à fait le bon mot, mais mes cellules grises sont fatiguées :p ) que « cycle de la nature », expression qui est trop souvent prise au pied de la lettre, c’est-à-dire nature = végétation, monde rural.
      tu as bien raison de parler de la nature « communautaire » (ou grégaire) de l’humain : il se regroupe toujours (tribus, clans, familles, etc) et n’aime pas trop être seul (« l’union fait la force », ce n’est pas juste un proverbe). la ville n’est finalement qu’une communauté élargie, à la base. après, c’est vrai que quand la ville est trop grande, elle a tendance à produire l’effet inverse : on peut avoir le sentiment d’être aussi seul au milieu de la foule anonyme que si on était au milieu d’un désert (c’est un peu mon souci avec les grandes villes, mais comme je l’ai dit, je ne suis pas le meilleur exemple ^^)

  3. Salva dit :

    Très bon article ! Et en tant que citadine – la campagne n’étant que le refuge des vacances ou de certains week-end – je ne peux que l’approuver.

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