Eolas, écriture, enseignement et équilibre

J’ai un peu de mal à regrouper mes idées en ce moment, et je préfère démarrer cet article pour le PBP avec plusieurs mots-clés qui m’interpellent. Je mets donc ensemble quatre mots commençant par E : éolas, écriture, enseignement et équilibre et je vais essayer d’en faire un petit cocktail sympathique.

Eolas, en gaélique, signifie « la connaissance » et fait partie des valeurs que je considère comme primordiales depuis toujours. Je suis et je pense avoir toujours été quelqu’un de cérébral, qui aime découvrir, apprendre et emmagasiner un maximum de connaissances (en même temps, avec deux parents profs, il m’était difficile d’échapper à cette valeur, et le métier que j’exerce n’est pas non plus une coïncidence : j’aime enseigner, transmettre ce que je sais et tenter de donner le goût d’apprendre, même si c’est de plus en plus compliqué pour diverses raisons sociétales…). Mettre la connaissance au coeur de ma spiritualité était donc une évidence, et un de mes leitmotiv est de pouvoir dire « je ne crois pas, je sais » le plus souvent possible. Pour moi, la recherche du savoir (peut-être devrais-je dire « des savoirs ») fait partie intégrante de toute quête spirituelle, au même titre que la foi, et c’est l’équilibre de la foi et de la connaissance qui fait qu’une voie va permettre de s’épanouir dans sa spiritualité. Cette conviction personnelle est probablement une des raisons qui ont déterminé le choix du néo-paganisme (NB : je mets de côté le néo- dans la suite de l’article), car dans toutes les spiritualités païennes auxquelles je me suis intéressée, l’accent est mis sur la connaissance (à la fois théorique, via les recherches diverses, et empirique, via l’expérimentation). Je n’ai croisé que très peu de païens qui suivaient aveuglément des préceptes dictés par un chef religieux sans chercher à en comprendre les tenants et les aboutissants, sans s’interroger sur le bien-fondé de ces préceptes et sans les tester personnellement. Le développement de l’esprit critique est d’ailleurs largement mis en valeur par l’immense majorité des « enseignants » païens, et il me semble utile de préciser, à ce stade, que c’est ce qui différencie clairement l’enseignant du gourou, et une spiritualité saine d’une dérive sectaire (le gourou décourage la réflexion car il tient à garder son emprise sur ses adeptes ; l’enseignant, lui, a pour but de rendre autonomes ses disciples le plus rapidement possible, et leur transmet donc ses connaissances en les encourageant à utiliser leur discernement). La connaissance (éolas) garantit donc une certaine liberté (elle rend autonome) et elle est indispensable à l’équilibre : d’un côté la foi, la croyance, la certitude « émotionnelle » et de l’autre la connaissance, les savoirs, les preuves « raisonnables ».

J’en viens maintenant à l’écriture qui, pour moi, fait aussi partie de la connaissance. Le rôle de l’écriture dans l’histoire humaine et dans l’histoire des religions/spiritualités est un point délicat, qui soulève un certain nombre de questions : faut-il écrire ou pas ? L’écrit fige-t-il les choses ? La transmission exclusivement orale altère-t-elle la connaissance ? (et bien d’autres questions, mais je ne vais pas toutes les détailler). Je pense que, comme toujours, il faut peser le pour et le contre de chaque « camp ». Ma conviction personnelle est celle-ci :

– la transmission exclusivement orale (telle qu’elle était pratiquée par les druides antiques) permet un entraînement de la mémoire (ce « muscle » qui s’atrophie quand on ne le fait pas travailler) et un sentiment de communauté (par le fait qu’on partage des connaissances qui, autrement, ne pourraient pas être accessibles – ésotériques, donc). Du côté négatif, la transmission orale est assujettie à l’honnêteté de celui qui transmet, mais aussi à la fiabilité de sa mémoire (et je suis bien placée pour savoir que, même le professeur le plus érudit peut avoir des jours où il est moins performant, et des moments où la réponse ne vient pas).

– l’écriture permet de garder une trace (véri)fiable et d’ouvrir au plus grand nombre les connaissances. Du côté négatif, effectivement, l’écrit reflète la réalité du moment où on écrit, comme une photo. Or l’univers est en mouvement et nos vies sont une continuelle évolution : le risque est donc de figer artificiellement les choses en les écrivant et, à terme, que ce qui est écrit soit en décalage avec la réalité.

Old_booksL’écriture est et doit rester un outil : le fait d’écrire les choses ne les rend pas immuables, que ce soit au niveau de la spiritualité ou pas (n’oublions pas qu’il n’y a pas si longtemps, on croyait que la Terre était plate et au centre de l’univers). Ce qui a été écrit dans le passé (que ce soit il y a trente ans ou il y a deux mille ans) doit être lu aujourd’hui en tenant compte de l’évolution qui a eu lieu depuis. En gardant cela à l’esprit, en insistant sur le nécessaire équilibre entre les valeurs de communauté, de mémoire, d’accessibilité et d’évolution, je pense qu’il est tout à fait admissible de poser les choses par écrit.

Vos réflexions sur tout cela sont bien sûr les bienvenues.

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A propos Caitlín Urksa

Païenne, Celte de coeur, créature de la nuit et Ourse des montagnes ; artiste par plaisir, prof par obligation ; Sagittaire/Verseau, à la fois perfectionniste et désordonnée, les pieds ancrés dans la terre et la tête dans les étoiles.
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