Accompagner le deuil

L’humain a conscience de sa mortalité, il est capable d’en parler, d’y réfléchir, et depuis des millénaires, il tente d’apprivoiser sa mortalité par la spiritualité. La plupart des païens voient la mort comme un passage plutôt qu’une fin, un grand nombre d’entre eux croient en une forme de réincarnation et que, par conséquent, mourir signifie quitter cette existence pour une autre. Pourtant, si elle peut aider certains, la spiritualité ne change rien au fait qu’il est plus facile d’accepter notre propre mort que d’affronter la perte d’un être cher. La souffrance psychologique, physique, spirituelle qu’est le deuil se fait sentir pendant des mois et des années. Son expression est délicate dans notre société où pleurer est synonyme de faiblesse, et où la mort est vue comme perturbatrice, un événement gênant qu’il faut vite effacer.

Il est pourtant primordial de respecter cette souffrance et de la laisser s’exprimer. Le poids du silence imposé fait que la souffrance, muselée pendant des années, pourra ressurgir dans des circonstances analogues : ruptures, chômage,… ou se manifester sous forme de maladie ou de mal être chronique. Accompagner les vivants, c’est avant tout, sans doute, leur offrir la possibilité d’exprimer leur douleur : ne pas la nier, ni tenter de l’anesthésier. Car la seule manière de sortir du deuil, c’est de le traverser.

La famille étant dans la souffrance, une personne extérieure (ami, psy, etc) jouera ce rôle d’accompagnant de façon bien plus efficace. Mais ce rôle est délicat, alors voici quelques conseils pratiques à garder à l’esprit.

Il faut veiller à ce que les personnes endeuillées s’accordent du repos, mais qu’elles gardent le contact avec la réalité (un planning des tâches ménagères et des démarches administratives permet de structurer cette réalité, par exemple). Il faut aussi encourager à remettre à plus tard les grandes décisions : l’état de choc et la douleur court-circuitent la pensée logique. Mieux vaut veiller, aussi, à ce que la personne ne s’enferme pas chez elle, l’encourager à reprendre son travail ou une activité le plus rapidement possible.

Mais à mon sens, accompagner une personne dans le deuil, c’est surtout l’aider à mettre des mots sur sa douleur, lui rappeler qu’il faut se donner du temps pour guérir. Le processus de guérison a des hauts et des bas : certains jours sont plus difficiles à vivre que d’autres. On peut suggérer d’écrire au disparu : écrire sa colère, son chagrin, ses regrets, sa culpabilité, etc.

Vient aussi la question spirituelle : comment accompagner quelqu’un dont la conception du divin est peut-être complètement différente de la nôtre ? Mieux vaut éviter d’aborder les théories religieuses ou spirituelles sur la mort juste après un décès. Même en étant certain des convictions personnelles de la personne qu’on accompagne, ce genre de discussion est douloureux, et il peut devenir outrageant s’il y a des divergences.

La perte d’un être cher peut pousser la personne à douter de ses propres convictions, à les remettre en question et à demander « Pourquoi Dieu/l’univers a fait ça? ». Nos spiritualités se bâtissent sur le caractère ordonné et prévisible de l’univers. Mais lorsqu’un proche meurt, nous considérons que l’univers n’a pas suivi les règles, nos certitudes s’effondrent et nous avons peur.

Dans tous les cas, l’important est d’écouter les peurs et les questionnements de la personne, et de lui affirmer la validité de ce questionnement : c’est un comportement humain tout à fait normal. Il convient ensuite d’encourager la personne à dire le sens qu’elle donne à l’événement pour pouvoir, enfin, l’aider à reformuler ce sens, dans le présent, loin de la culpabilité et des « si j’avais fait ci », « si j’avais dit ça », en la guidant doucement vers une interprétation qui lui permettra de se reconstruire.

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A propos Caitlín Urksa

Païenne, Celte de coeur, créature de la nuit et Ourse des montagnes ; artiste par plaisir, prof par obligation ; Sagittaire/Verseau, à la fois perfectionniste et désordonnée, les pieds ancrés dans la terre et la tête dans les étoiles.
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