Bipolarité et Pratique

Petit rappel :
Les troubles bipolaires entraînent des dérèglements de l’humeur se manifestant par des phases de dépression et d’excitation (manies), qui apparaissent soit en réaction au stress, soit sans raison apparente et qui peuvent être d’intensité variable et s’entrecouper de périodes de stabilité.
« Down » (phase dépressive)
Humeur dépressive toute la journée, tous les jours, pendant au moins 2 semaines
Perte d’énergie et fatigue
Perte de l’intérêt et du plaisir
Sentiment de culpabilité
Troubles du sommeil (insomnie ou hypersomnie)
Troubles de l’appétit avec perte ou gain de poids
Baisse de concentration ou de l’aptitude à penser
Soudain retrait social ou comportements agressifs subits
Pensées de mort récurrentes (60 % des cas)
Migraines
« High » (phase de manie)
Énergie débordante et bonheur intense
Irritabilité excessive
Réduction du besoin de sommeil
Débit de la parole accéléré ou besoin de parler sans arrêt
Pensées rapides ou sensation d’un trop plein d’idées
Incapacité à fixer son attention
Recrudescence de l’activité au niveau social ou professionnel
Agitation psychomotrice (grande maladresse pour moi)
Plaisirs compulsifs : achats, sexualité, nourriture, boisson
Hallucinations ou idées délirantes

————–

En dehors de l’impact sur ma vie quotidienne, l’alternance de downs et de highs a aussi, forcément, un impact sur ma spiritualité et ma pratique. Ce blog en est d’ailleurs le reflet : lors des phases high, il m’arrive de publier plusieurs articles par jour, plusieurs jours d’affilée (on pourrait parler de « blogorrhée »). Quand la phase down arrive, les articles se font rares (le plus souvent des photos, d’ailleurs). Un petit graphique pour ceux qui, comme moi, sont visuels…

graphBPLes 45 cases horizontales correspondent aux 45 quinzaines qui séparent la création du blog et aujourd’hui. L’axe vertical correspond au nombre d’articles publiés. La ligne bleue représente une moyenne (7 à 10 articles par quinzaine).
Première constatation : depuis la création de ce blog (c’est-à-dire le changement d’orientation de ma spiritualité), il y a moins d’amplitude entre les downs et les highs (c’est déjà ça!).
Deuxième constatation : il y a plus de downs que de highs. Je pense que c’est normal que, sur un blog, les périodes de repli soient plus flagrantes. Ceci dit, j’ai aussi trouvé, lors de la phase high de décembre dernier (33-34), un dérivatif à l’écriture compulsive (en panne depuis janvier… j’attends le prochain high pour m’y remettre 😉 ).

Mais revenons au but premier de cet article, qui est de voir en quoi ma bipolarité affecte ma pratique spirituelle.

Lors des phases down, la fatigue et la baisse de concentration/motivation font que je m’interdis tout travail magique (d’abord parce que je suis incapable de visualiser quoi que ce soit à ce moment-là, ensuite parce que « ça n’en vaut pas la peine » et « ça ne sert à rien » ne sont pas vraiment des alliés). Par contre, je prie beaucoup pour demander à la Dame Sombre la force de sortir de cette phase. Et, bien sûr, je culpabilise de ne pas être assez régulière dans ma spiritualité, de ne pas tenir mon grimoire à jour, de ne pas être assez ceci ou assez cela (ah l’auto-flagellation des phases down, c’est toute une histoire!).

Détail anecdotique, que je mentionne même s’il n’a pas de lien direct avec la spiritualité : les phases down sont toujours accompagnées de mon « semi-cauchemar » récurrent. Je suis dans une ville que je crois connaître et dont je dois partir mais, quoi que je fasse et quel que soit le chemin que je prenne, les rues me ramènent toujours dans le même grand magasin, que j’explore d’étage en étage, via des escalators, jusqu’à ce que je trouve l’étage qui est en travaux (qui n’est jamais le même, sinon ce serait moins « drôle »). De là, je me retrouve dans les caves d’une très vieille maison et je descends de plus en plus bas, via des escaliers effondrés et des galeries souterraines (là non plus, ce n’est jamais au même endroit), pour aller éteindre un feu qui se situe sous la maison et qui menace de la détruire. Si j’éteins le feu, le cauchemar ne revient pas et la phase down passe rapidement. Si je n’y arrive pas, le cauchemar revient le lendemain et on recommence… Cela fait des années que ce semi-cauchemar revient régulièrement pourrir mes nuits. Je l’ai décortiqué, j’ai essayé d’agir de diverses façons pour le court-circuiter : vu que je sais ce qui va se passer, mon conscient tente de d’intervenir, mais en vain (dans la dernière version, les gens auxquels je m’adressais me répondaient en chinois… cool, sauf que je ne parle pas chinois) et c’est cette impuissance qui en fait un cauchemar : je sais ce qui m’attend mais je ne peux rien faire pour sauter les étapes.

Lors des phases high, je me lance de nouveaux défis (que, bien souvent, j’abandonne une fois la phase maniaque passée – comme le tarot Wildwood, par exemple) et je peste continuellement parce que le boulot me prend tout mon temps, alors que je voudrais mettre à jour mon grimoire, chercher des lieux qui vibrent avec mon pendule, peindre, dessiner, créer, faire des câlins à tous les arbres que je croise, discuter avec les animaux que je rencontre, lire des blogs, échanger avec d’autres païens, réorganiser mon autel, etc (tout ça en même temps, si possible). Lors des highs, je m’interdis tout travail magique (parce que je sais que je ne maîtrise pas du tout l’énergie que j’envoie dans ces phases-là) : je fais une liste des travaux magiques qui me viennent à l’esprit et j’attends que le high soit passé pour y réfléchir sereinement (et, le cas échéant, agir). Il en va de même pour les « signes » : mon cerveau survolté en voit des dizaines par jour dans les phases high, mais comme je sais que, quand je suis dans cet état-là, mes idées vont souvent beaucoup plus vite que moi, et beaucoup trop loin, je préfère noter ces soi-disant « signes » pour examen ultérieur.

D’un autre côté, je ne peux pas nier que je mets à profit les phases high pour plonger dans les recherches sur le net : j’utilise la lecture rapide (que j’ai appris à maîtriser à la fac) pour absorber un maximum d’informations en un minimum de temps, en cliquant de lien en lien comme une malade bipolar-bear7(l’image est plus qu’appropriée, puisque c’est le cas), parfois jusqu’à des heures improbables, parce que de toutes façons, je n’ai pas sommeil. Par contre, quand je suis en « mode Lycos » (je sais, ça ne parle pas à tout le monde… disons, ce mode-là), malheur à qui m’interrompt et me fait perdre le fil (ce qui est extrêmement fréquent dans les phases high, parce que ma concentration et mon attention sont très facilement perturbées), il/elle risquerait fort de déclencher une crise de fureur…

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A propos Caitlín Urksa

Païenne, Celte de coeur, créature de la nuit et Ourse des montagnes ; artiste par plaisir, prof par obligation ; Sagittaire/Verseau, à la fois perfectionniste et désordonnée, les pieds ancrés dans la terre et la tête dans les étoiles.
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6 commentaires pour Bipolarité et Pratique

  1. Bravo pour le courage de parler de ta bipolarité si ouvertement, ça m’épate toujours !

  2. Eirina dit :

    Eh bien !! Merci pour cet article, je me retrouve assez bien dans ce que tu décris, même si chez moi les phases sont moins exacerbées et durent moins sur la longueur, ce serait plutôt un jour up et 2 jours down, ou 2 jours up et puis un down, etc…en alternance, enfin quelque chose de ce genre…Du coup, je ne sais pas si cela peut être considéré comme de la véritable bipolarité…Mais les symptômes sont les mêmes, à peu de choses près…Je me sens moins seule ^^ …Ce qui est curieux, c’est que j’ai rencontré d’autres païens qui se disent aussi bipolaires…un hasard ?

    • Je ne pense pas que ce soit un hasard. Je crois plutôt que les païens sont plus ouverts en ce qui concerne les troubles neuro et les maladies mentales (les deux étant fortement « diabolisés » – le terme « trouble bipolaire » remplace celui de « psychose maniaco-dépressive » parce que si on dit « psychose », ça fait peurrrr :p ).
      Pour ce qui est des rythmes, les phases maniaques (high) sont d’au moins 4 jours consécutifs (selon http://www.psycom.org) et les phases dépressives durent au moins 2 semaines. Tes variations d’humeur ne semblent donc pas cadrer. Par contre, je ne peux que te conseiller d’en parler à un médecin (en lui précisant, si besoin, que tu ne lui demandes pas des somnifères ni des anxiolytiques – ça aussi, c’est un réflexe trop répandu chez les toubibs), histoire de ne pas passer à côté de quelque chose qui pourrait évoluer par la suite (mieux vaut prévenir…)

  3. Eirina dit :

    Oui, apparemment cela ne cadre pas trop au niveau des rythmes, tu as raison, je vais essayer d’en parler, même si pas évident…et c’est sûr que je ne veux absolument pas prendre tous ces trucs chimiques qui sont trop facilement conseillés ou prescrits !

  4. Tellement précieux des articles sur ce sujet. Le courage de t’exposer, de te mettre à nue ainsi. Puisse-t-il en aider d’autres !

  5. A reblogué ceci sur Valiel sur la Voie des Dieuxet a ajouté:
    Un magnifique article qui illustre bien les difficultés toutes personnelles que peut avoir une personne pour construire sa spiritualité et son être. A noter que la bipolarité n’est pour moi qu’un exemple, il existe de nombreux profils atypiques.

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