De la Popularité des Divinités

Je ne peux pas ne pas rebondir sur le débat qui a lieu outre-Atlantique au sujet de la Morrigan. Mais avant toute chose, une traduction à l’arrache de 3 articles que je vous invite à aller lire en intégralité si la langue de William ne vous pose pas de problème majeur.

Can Deity be a fad ?
Difficile d’échapper à la Morrígan dans le paganisme moderne. Il y a d’innombrables articles de blog à son sujet, elle a une Prêtrise très publique (…), mais quelque part, je me demande s’il s’agit juste d’une passade. (…) Beaucoup de divinités ont été des passades à un moment ou à un autre. Je trouve ça fascinant quand une divinité sort du lot et capture l’imagination de grands groupes de gens.  (…) Le panthéon celtique n’était pas aussi omniprésent en 1975 que ce qu’il est devenu vers 1995. C’est en partie culturel. Les années 90 ont mis beaucoup de trucs « celtiques » dans l’imagination populaire. (…) Si la Morrígan est une passade, et je ne dis pas que c’est le cas, elle est en bonne compagnie. Le dieu grec Pan a été une passade assez longue, de 1800 à 1920 environ. (…) Le monde païen ancien a souvent été affecté par ce qui était « à la mode » à l’époque. (…) Sur une période très courte, Mithra est devenu Mithras, et un culte élaboré s’est développé autour du dieu nouvellement christianisé. Il est devenu le dieu de nombreux soldats, alors qu’il n’existait même pas dans sa forme romanisée 100 ans auparavant. (…) L’italienne Aradia est (un autre) exemple évident. Sa première apparition en anglais est dans le Aradia de Charles Leyland. (…) Aujourd’hui nous l’honorons avec des statues et elle est devenue incontournable dans de nombreux rituels sorciers, mais elle était littéralement inconnue en dehors de l’Italie il y a 115 ans. (…) Peut-être y a-t-il aussi autre chose en jeu, peut-être que les êtres divins se ré-engagent ou se réveillent quand on a besoin d’eux ? Pan a réapparu à l’aube de la Révolution Industrielle, par exemple, juste au moment où de nombreuses personnes avaient besoin d’un lien avec la nature. Nous détruisons de larges pans de la Terre et des créatures qui y vivent, peut-être que Cernunnos revient pour défendre ce qui est sien ? La Morrígan est traditionnellement une divinité des batailles, et je vois plein de batailles devant nous. (…) J’aime croire que certaines divinités arrivent à certains moments pour une bonne raison (…). – Jason Mankey

Gods with Agency continued : the Fad Question
(…) D’abord, je comprends que Jason (et ceux qui ont dit des choses similaires) n’avait pas l’intention d’être irrespectueux. Toutefois, c’est de l’irrespect. Une recherche rapide donne quelques définitions pour “passade” (« fad »): “un enthousiasme intense et largement partagé pour quelque chose, enthousiasme passager et non basé sur les qualités de son objet” (définition Google); “suivi pendant un temps avec un zèle exagéré” (Merriam-Webster); “dérivant de « faddle », s’occuper de broutilles” (Reference.com). Alors oui. De l’irrespect et du rejet. (…) J’insiste sur le rejet inhérent au terme parce qu’il indique quelque chose qui vaut la peine qu’on y réfléchisse. Pourquoi les gens demandent-ils si la Morrígan est une passade quand ils savent que la question ainsi posée est irrespectueuse? Parce qu’ils comprennent qu’il se passe quelque chose, mais qu’ils n’ont pas de meilleurs mots pour définir ce que c’est (…). Voyez-vous, le problème ne vient pas du fait que c’est grossier envers la Morrígan. C’est juste la mauvaise question (…) parce que c’est une question superficielle. C’est regarder un phénomène religieux et dévotionnel à travers un filtre purement social qui ne voit les divinités qu’en termes de comportement humain, et seulement les comportements humains qui dérivent d’une motivation des plus superficielles, la popularité. (…) Se peut-il qu’au moins une partie des gens qui participent à cette « passade » aient ressenti l’appel d’une déesse ? Se peut-il que la Morrígan elle-même soit l’agent de sa propre histoire ? Que quelque chose arrive à notre époque qui l’attire, elle qui est une déesse active dans la guerre et la souveraineté, ou qui l’incite à agir dans les affaires humaines ? Peut-être les crises globales auxquelles nous faisons face, les conflits sur les ressources, la justice, la dignité humaine, la liberté, les droits des femmes ? (…) J’aimerais savoir ce qu’elle trouve chez ces nombreuses personnes qu’elle appelle à agir, ce qu’elle construit. Je veux savoir ce que ces nombreuses personnes trouvent en elle, quel besoin ou résonance est entendu par une telle divinité. Je veux comprendre comment ses pouvoirs, son oeuvre et son agenda s’insèrent dans le pan d’histoire où nous vivons. Je veux savoir quel lien il y a avec les autres dieux qui sont particulièrement proéminents actuellement. (…) Je pense qu’il y a mille questions bien plus intéressantes et utiles que « est-ce que c’est juste une mode et une recherche d’approbation sociale.” (…) – Morpheus Ravenna

Your Goddess is not a Fad but you may wish she was
(…) Jason a probablement raison quand il dit qu’une partie de l’intérêt païen pour la Morrigan est une passade, pourtant. Dans tout mouvement religieux, il y a des profondeurs diverses, et certains pratiquants auront toujours une approche superficielle. Le paganisme n’est pas une exception. (…) Quoi qu’il en soit, Morpheus a raison : le phénomène le plus intéressant n’est pas celui qui se produit dans le petit bain de la piscine, mais dans le grand bain. (…) La Morrigan est une divinité guerrière. Et (…) je pense que sa présence n’est pas nécessairement une bonne chose. Morpheus associe la Morrigan avec le combat pour “les ressources, la souveraineté, la justice, la dignité humaine, la liberté et les droits des femmes”, mais elle (…) admet ailleurs que la Morrigan incite à la guerre, se complait des massacres, et se réjouit du sang versé et du carnage. N’est-il pas possible que nos récentes guerres injustifiées aient été inspirées par la même déesse que celle que Morpheus invoque pour défendre les droits des femmes ? Ce ne serait pas la première fois qu’une nation est possédée par un dieu guerrier violent. Dans son “Essai sur Wotan”, Carl Jung explique les événements en Allemagne de 1914 à 1936, y compris la montée du nazisme, non pas en termes politiques ou économiques, mais en termes spirituels, comme une “possession” (egreiffenheit) du peuple allemand par le dieu de l’orage Wotan.

“Nous sommes convaincus que le monde moderne est un monde raisonnable, en fondant notre opinion sur des facteurs économiques, politiques et psychologiques. Mais j’avance la suggestion hérétique que les profondeurs insondables du personnage de Wotan expliquent davantage le National Socialisme que les trois facteurs raisonnables mis ensemble. (…) Ce qui est plus que curieux … est le fait qu’un ancien dieu de l’orage et de la frénésie, le longtemps discret Wotan, s’éveille, comme un volcan éteint, à une nouvelle phase d’activité, dans un pays civilisé qui a, supposément, longtemps dépassé le Moyen-Age.”

(…) Même si Jung les appelait “dieux” ou “archétypes”, il les comprenait comme des agents au moins partiellement indépendants de nous. (…) Il résiste à la tentation de “psychologiser” Wotan et de le réduire à une invention consciente ou à un état émotionnel interne. Faire ça serait perdre de vue ce que Morpheus appelle l’“autorité”, et que Jung appelle la nature “autonome” du dieu. (…) Et si Wotan a pu se réveiller après avoir été “invisible pendant plus de mille ans, oeuvrant dans l’anonymat et indirectement”, alors nous devons nous demander quels “autres dieux voilés peuvent être endormis quelque part”? Peut-être que la Morrigan en fait partie. (…) Et bien qu’une partie de l’intérêt païen pour la Morrigan soit peut-être une passade superficielle, peut-être qu’il y a là aussi une divinité dangereuse à l’oeuvre. (…)

Que devons-nous faire alors ? C’est une erreur de croire que nous avons le choix dans cette affaire. Si la Morrigan s’est réveillée, et si elle a le pouvoir de posséder des nations entières, alors comment devrions-nous répondre ? Nous ne pouvons pas lui tourner le dos, ou plutôt, nous pouvons le faire, mais même si elle disparaît de notre vue, elle ne cessera pas d’exister. Au lieu de ça, elle continuera à opérer hors de notre champ de vision. Mieux vaut l’affronter directement. Mieux vaut la vénérer consciemment comme le fait Morpheus, plutôt qu’inconsciemment comme notre nation l’a fait après le 11 septembre. Comme Morpheus l’a écrit dans un essai précédent :

“Je pense parfois que le problème de notre culture n’est pas que les dieux violents nous poussent à des buts violents. Je pense parfois que le problème de notre culture est que nous avons abandonné nos dieux guerriers, ou que nous prétendons l’avoir fait. Que nous serions bien mieux si notre relation à la guerre et à la violence était encadrée par la vénération d’entités comme la Morrigan qui, au moins, nous rappelle de manière insistante de prendre en compte le coût de la guerre, et nous rappelle notre honneur et ce qui vaut la peine qu’on se batte. Au lieu de ça, il semble que nous ayons comme dieu guerrier une machine de guerre sans visage, le grand destructeur militaire-industriel, avec ses drones ailés totémiques autour de lui, et que nous sacrifions implacablement nos jeunes, notre richesse, notre humanité, notre liberté dans sa mâchoire grinçante tout en regardant prudemment de l’autre côté. »

(…) Je suis d’accord avec Morpheus sur le fait que les dieux sont plus dangereux quand nous n’en avons pas conscience, quand ils sont « sans visage ». Mais je pense que Morpheus n’a pas considéré la possibilité que la Morrigan et le “destructeur militaire-industriel” puisse parfois être une seule et même entité. (…) Jung dirait que nous ne choisissons pas nos dieux; ce sont eux qui nous choisissent. (…) Les dieux nous choisissent, et nous pouvons seulement choisir d’être plus ou moins conscients d’eux. (…) –

Me revient en mémoire, à la lecture de tout ceci, la discussion qui avait eu lieu sur feu le forum La Caverne de la Déesse Sombre, en 2010/2011… Je trouve assez « drôle » que les interrogations au sujet de la Morrigan et des divinités sombres refassent surface aujourd’hui. Je ne vais pas tout remettre ici (il y a 5 pages d’échanges en format Open Office), mais quelques extraits me semblent judicieux.

Valiel (lien source) a écrit : Je ne compte plus sur le net les forums, le nombre de personnes qui sont venues parler de leur attirance forte et inexpliquée envers la Morrigan. Beaucoup ne comprennent pas très bien, la majorité surtout s’étonne et craint assez cette figure intimidante. Quand on regarde autour de soi on est doublement surpris de voir que cette expérience est partagée par beaucoup de femmes. J’en avais discuté il y a déjà plusieurs mois avec [Caitlín Urksa], car nous étions déjà pas mal à faire ce choix (…), il semble qu’Elle soit plus que jamais présente. (…)

[Caitlín Urksa] : (…) Peut-être que l’approche de 2012 (je ne crois pas à l’interprétation « fin du monde », mais plutôt « fin de grand cycle ») et la remise en question de certains modes de vie y sont pour quelque chose. Quand on regarde le monde où on vit, nos sociétés, l’état de la planète, et qu’on s’intéresse un peu aux prévisions sérieuses pour les années à venir (écologiques et économiques notamment), on ne peut pas ignorer que le « monde » tel que nous le connaissons est dans une impasse et doit faire machine arrière sur beaucoup de choses (plus de pétrole dans 30 ans au mieux, crises économiques mondiales, dettes des pays, fondamentalismes religieux de plus en plus marqués). A partir de là, peut-être que l’appel de la Morrigan est effectivement un « appel aux armes », dans le sens où la philosophie qui sous-tend la plupart des spiritualités païennes peut apporter un éclairage nouveau à certains de ces problèmes (respect de la Terre-Mère, tolérance, mais aussi loi du retour…). Cet appel d’une déesse guerrière, personnellement, je l’interprète comme la nécessité de faire entendre nos voix de païens. Il est clair que ce n’est pas facile, mais l’urgence de la situation ne laisse pas forcément le choix. Peut-être, donc, que l’émergence d’un aspect guerrier, brusque, « imposant », est là pour nous secouer, non seulement au niveau de nos pratiques personnelles, mais aussi au niveau du message à faire passer : « il faut que tout le monde réagisse! »

S** : Effectivement, c’est une réflexion intéressante. (…) Il me paraît évident qu’il n’y a pas de coïncidence à cet appel massif. Effet de mode ? Je ne pense pas. La Morrigan n’est pas une déesse qui se laisse choisir pour satisfaire un besoin de faire comme tout le monde. (…) La prophétie de la Morrigan me semble une description presque fidèle du monde actuel.

Je ne saurai voir un monde qui me sera cher.
L’été sans floraison,
Le bétail sera sans lait,
Les femmes sans conscience,
Les hommes sans valeur,
Des conquêtes sans roi. […]
Des bois sans mât,
La mer sans frai, […]
Faux jugements des vieillards,
Faux précédents des juges,
Chaque homme un traître,
Chaque garçon un voleur.
Le fils ira dans le lit de son père,
Le père ira dans le lit de son fils,
Chacun sera le beau-frère de son frère. […]
Des temps mauvais!
Le fils trahira son père,
La fille trahira sa mère.

H** : (…) 2012 ou pas, nous sommes sur une pente qui ne va pas dans la bonne direction, et je pense que cette émergence de personnes qui se dédient et qui ressentent l’appel de Morrigan ou des Dieux sombres, de façon générale, se fait parce qu’il y a un besoin dans le changement des valeurs.

[Caitlín Urksa] : (…) La prophétie de la Morrigan est effectivement assez « perturbante » lorsqu’on la met en scène à notre époque : elle décrit une forme de décadence qui s’est hélas, souvent reproduite dans l’histoire de l’humanité (nous sommes un peu bornés, quand même ), et je suis à peu près sûre que la ré-émergence des énergies sombres dans le monde païen est effectivement en lien avec le besoin de changement, mais aussi avec l’urgence de ce changement : il faut agir, et il faut agir vite ! J’avoue que ça n’est pas rassurant, j’admets sans mal que j’ai peur pour l’avenir, mais en éternelle optimiste, je veux croire qu’il y a encore moyen de revenir à des valeurs plus saines que le pouvoir et l’argent.

AniDarkGoddess

Déesse Sombre à paillettes… Trooooop cool !

Alors, est-ce que l’intérêt païen envers la Morrigan est une mode, une passade ? Probablement, pour un pourcentage certain de païens qui cherchent l’approbation sociale en se réclamant, eux aussi, de la Dame aux Corbeaux. Le net païen est rempli de « jeunes » (pas forcément jeunes en âge, mais au niveau de leur parcours) qui vont, presque automatiquement, chercher des infos, des modèles, des « maîtres à penser ». Ce n’est pas forcément une mauvaise chose en soi. Là où ça peut devenir problématique, c’est quand certains, soucieux de faire rentrer les divinités dans des cases archétypales, laissent divaguer leur imagination… Je ne peux m’empêcher de lever le sourcil verts_doute quand il m’arrive de tomber sur des articles qui évoquent le « côté maternel de la Morrigan, et sa tendresse ». Certes elle est protectrice, mais pas vraiment à l’image d’une mère tendre! Mais je digresse… Donc oui, il y a probablement une part d’effet de mode dans la présence de plus en plus flagrante de la Grande Reine (en plus, le côté « noir + corbeau » est souvent associé au style (post-)gothique). Tant pis si je me fais des ennemis, mais je pense que ceux qui ne s’intéressent à la Morrigan que pour suivre un exemple ou pour le côté « trop cool » du noir ne sont pas réellement conscients de ce qu’implique le travail avec la Dame, et dans ces cas-là, effectivement, le « choix » de cette déesse particulière ne sera qu’une passade, parce que la Morrigan n’est pas une déesse « facile à vivre ». Mais je n’aime pas la généralisation, et ce n’est pas parce que certains païens sont superficiels que ceux qui vénèrent la Dame aux Corbeaux sont à mettre dans le même sac.

Mais revenons à la question de départ : Est-ce qu’une divinité peut être un effet de mode ?

Première problématique, les termes « effet de mode » et « passade » ont un sens péjoratif, qui évoque la superficialité. Je comprends que certains lecteurs aient pu s’offusquer, le titre est soit volontairement provocateur, soit mal exprimé, car le reste de l’article n’est pas particulièrement mordant. Mon avis sur la question est le suivant : ce n’est pas parce qu’il y a un engouement soudain pour telle ou telle divinité que les gens qui s’y intéressent sont forcément superficiels. Pourquoi le fait qu’une divinité soit populaire rendrait-elle ceux qui la vénèrent plus superficiels/moins sérieux? Je trouve que ça n’a pas de sens… Faudrait-il, pour être un « bon païen » non superficiel, vénérer une divinité totalement inconnue? A ce compte là, tous ceux qui vénèrent Isis ou Zeus (par exemple) seraient des gens superficiels qui ne font que suivre une mode pour chercher l’approbation sociale? Non, je pense que ceux qui s’intéressent aux divinités « à la mode » le font parce qu’ils sont tout simplement curieux, et quand cette curiosité mène à la réflexion, à la recherche et à l’expérimentation, ça ne peut être que positif. Il faut, à mon avis, faire la différence entre un novice qui cherche sa voie (et qui, par conséquent, va aller dans le sens du plus grand nombre en pensant que le consensus a davantage de chances d’être « le bon choix ») et un fluffy qui se complaît dans des illusions. Chacun d’entre nous, à un moment ou à un autre, a fait des  expériences, a « testé » différentes divinités avant de trouver un/des partenariat/s qui fonctionnent pour lui/elle, et a forcément été influencé/e par d’autres (sites internet, livres ou autres païens). L’expérience vient en expérimentant (lapalissade du jour ) et, personnellement, j’ai tendance à faire davantage confiance à quelqu’un qui admet avoir tâtonné à ses débuts qu’à quelqu’un qui clame avoir eu de suite l’illumination/avoir été appelé dès son plus jeune âge/ne s’être jamais planté et n’avoir jamais pris de baffe cosmique dans la tronche…

D’autre part, comme ça a été évoqué dans l’article de Jason Mankey, toutes les divinités ont eu leurs effets de mode, que ce soit dans le néo-paganisme ou dans le paganisme antique. Et c’est naturel, c’est humain : à partir du moment où Tartempion se met à parler d’une divinité, Toto et Titine vont s’y intéresser (parce qu’ils aiment bien Tartempion, ou parce qu’ils trouvent qu’il a de l’expérience). C’est comme ça que naissent les cultes, tous les cultes… même les plus « mainstream », même ceux qui, depuis, sont devenus des religions établies (parce qu’il ne faut pas oublier que les religions établies ont aussi été des « modes », qui durent peut-être parce qu’elles se sont adaptées aux différentes « passades »).

seth

Le vilain Seth, qui a foutu le bordel et tué son frère… Paaaas bien!!!

Deuxième problématique : Le terme de « fad » fait forcément réagir car il est péjoratif, comme l’a expliqué Morpheus Ravenna. Et là, je vais être plus mordante, car il me semble que c’est important d’envisager toutes les facettes du débat… Y aurait-il des divinités politiquement correctes, et d’autres qui sont beurk/paaaaas bien/caca boudin? Voilà qui indiquerait un paganisme bien propret et une tendance à l’uniformisation… Et malheureusement, il est possible qu’une partie du problème vienne de là. Ce qui dérange dans la popularité de la Morrigan (ou d’autres divinités qui ne sont pas « propres sur elles », comme Loki, ou Seth, ou Cronos), c’est que ce sont des « méchantes » divinités qui salissent l’image d’un paganisme « blanc » (dans le sens « magie blanche », ne voyez aucun racisme dans le terme, encore que, je suis d’accord, considérer que bien=blanc et mal=noir, c’est déjà sacrément biaisé, comme postulat), des divinités qui ne rentrent pas dans les cases bien délimitées d’un paganisme bien-pensant (en tête de liste de ces cases, pour moi, le sempiternel trio Vierge-Mère-Vieille qui catégorise les déesses selon l’état de leur système reproducteur « pas encore fonctionnel-fonctionnel-hors service »). Et on en revient au rejet des divinités sombres, qui font peur parce que, à la place des paillettes et des arcs-en-ciel, elles se parent de sang et autres substances corporelles (ok, c’est schématique et caricatural, mais c’est volontaire verts_langue). Dans ce cas, il aurait peut-être fallu poser la question autrement et dire, par exemple : L’intérêt pour une divinité « sombre » est-il acceptable socialement dans le néo-paganisme du 21e siècle? ou Est-ce que le culte des divinités guerrières doit être considéré comme du paganisme « blanc »? ou encore Est-ce que les païens qui n’ont pas peur du sang et de la morve sont des grands malades irresponsables?

kkk07Si le débat est à ce niveau-là, franchement, c’est triste… Cela signifie que, quelque part, les païens d’outre-Atlantique n’ont toujours pas réussi à se défaire des carcans puritains, entre autres. Taxez-moi d’anti-américanisme primaire, ce qui n’est pas complètement faux puisque j’ai du mal avec le ségrégationnisme WASP (White Anglo Saxon Protestant… mais si, vous savez, la logique de ceux qui se déguisent avec des robes blanches et de grands chapeaux pointus qui cachent leurs visages verts_doute) qui prévaut encore pour trop d’Etats-Uniens (parce que le fait d’utiliser le nom d’un continent pour désigner les habitants d’un pays m’agace aussi, d’ailleurs smiley_emoticons_zugekniffen).

Non, John Halstead (parce que même si certains passages de l’article me plaisent beaucoup, la comparaison avec l’Allemagne nazie me hérisse un peu le poil), je ne crois pas que ce soit l’engouement des païens pour des divinités « sombres » qui va déclencher la 3e guerre mondiale. Ce n’est pas parce qu’on n’est pas d’accord avec la vision pailletée du paganisme qu’on va prendre les armes et tirer dans le tas (d’autres, hélas, s’en chargent, et pas forcément ceux qui jettent des avions dans des buildings. Il faut arrêter de faire une fixette sur le 11 septembre, c’était en 2001, nous sommes en 2015). Peut-être que l’engouement, la « mode », la « passade » en question est une tentative pour comprendre et lutter contre la folie meurtrière d’une humanité avide de toujours plus de pouvoir, de pognon et de ressources énergétiques. Parce que pour lutter efficacement contre ça, il est plus efficace de s’adresser à des divinités qui ne défaillent pas devant une goutte de sang qu’à des archétypes lisses et pailletés… Non? (Oh zut, j’ai remis ça avec les paillettes verts_langue). Peut-être que les païens (ceux qui ne sont pas forcément superficiels) qui vénèrent les divinités sombres, et notamment guerrières, le font avec l’espoir que les guerres soient menées pour les bonnes raisons et contre les dangers réels qui menacent l’humanité. C’est peut-être ça, et non pas la recherche d’approbation sociale, qui est à la base de l’effet de mode, de la passade.

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A propos Caitlín Urksa nic Mhorrigan

Païenne, Celte de coeur, créature de la nuit et Ourse des montagnes ; artiste par plaisir, prof par obligation ; Sagittaire/Verseau, à la fois perfectionniste et désordonnée, les pieds ancrés dans la terre et la tête dans les étoiles.
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6 commentaires pour De la Popularité des Divinités

  1. Ethelswitha dit :

    Merci pour ces « petites » mises au point. Je suis une néophyte et je « teste » comme vous l’avez si bien exprimé.Je ne sais pas si ce que j’ai ressenti lors de Samhain était la Morrigan mais une présence sombre, à la fois protectrice et intimidante ,m’enveloppait (dans mon esprit l’expression » Grande dame » s’est imposée) Alors je vais continuer à chercher de ce côté… mode ou pas.

  2. Kanon dit :

    Ce n’est pas le retour des croyances ancestrales aux dieux et déesses originels qui déclenchera la 3eme guerre mondiale. Mais la faim sans borne de ce « dieu qui veut être unique » qui veut une nouvelle moisson dans son assiette, en faisant lever les armes de ses croyants contre les autres courants de ses croyants. (vision que j’ai faite à 7ans)

  3. Rhi-Peann dit :

    Isis est « super tendance » aussi, ça ne dérange personne 🙂

    Moi je me demandais juste si les effets de modes n’étaient pas simplement liés au fait que l’énergie du moment sur la planète n’était pas concordant avec l’énergie d’une divinité. Ou que la divinité vient faire un coucou pour une raison X ou Y (faudrait pour se faire une idée intéressante se poser la question de la nature des dieux) (mais la poule ou l’oeuf, peu importe : au final, je parle de conjoncture, tout simplement). Du coup, la divinité devient un peu plus « visible », on en parle plus, tout simplement, et c’est l’occasion de réels coups de foudres (appels, autres, rayez la mention inutile).

    Après, j’avoue que focaliser sur l’aspect purement « guerre au premier degré » de Morrigan est un peu perturbant pour moi (même si je ne suis pas du tout appelée par elle), mais ce n’est pas le débat 🙂 L’aspect « evil » aussi me dérange, mais ça tu en parles déjà très bien.

    • Effectivement possible (et je dirais probable) que ce qui se passe sur notre petite planète attire (ou appelle, ou réveille, peu importe) certaines divinités à certaines périodes.
      Et tout à fait d’accord avec toi, l’aspect « guerre au premier degré » est, justement, au premier degré. S’arrêter à ça, c’est assez simpliste (et ça peut donc devenir caricatural), un peu comme dire « Zeus est le dieu de la foudre » et occulter tout le reste. 😉

  4. Ping : Parcours spirituel – tomte et kitsune

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