Haine et Alibis

Je ne vais pas y aller par quatre chemins : il y a, dans la “sphère païenne”, des choses et des gens qui me désespèrent, me dégoûtent, bref nourrissent ma misanthropie d’Ourse… J’ai beau savoir que l’humain est comme ça, qu’il ne lui faut pas grand chose pour basculer du côté obscur (celui de la peur et de la haine), mon estomac se révulse à la lecture de certaines inepties. Et je m’en vais, de ce pas, tordre le cou à deux ou trois de ces absurdités-mensonges-manipulations, parce que ça fait trop longtemps que ça me démange.

N°1 : “le peuple celte” et “le peuple gaulois”

Ni l’un ni l’autre n’a jamais existé, désolée !

Le terme “celte” vient du grec  Κελτοί (kèltoï), il s’agit d’une source indirecte, les “Celtes” ne se désignaient pas par ce terme. A cela, une bonne raison : ils ne formaient pas un seul et même peuple. Ce qu’on appelle aujourd’hui “la civilisation celte” est en fait un critère linguistique : on a regroupé artificiellement des peuples qui parlaient des langues apparentées. Les langues celtiques, branche de la famille des langues indo-européennes, se répartissent en deux groupes :

  • les langues celtiques continentales, parlées par les peuples celtes de l’age du fer en Europe continentale ;
  • les langues celtiques insulaires, parlées jusqu’à nos jours dans les îles Britanniques et en Bretagne, elles-mêmes divisées en deux groupes distincts : les langues gaéliques (gaélique irlandais, gaélique écossais et mannois) et les langues brittoniques (gallois, cornique et breton).

Les “Celtes” ne formaient pas une seule et même unité politique, il n’y a donc pas de “peuple celte”. Ils formaient des tribus indépendantes les unes des autres, parfois regroupées en confédérations et possédant une langue et des coutumes qui les rapprochaient. Comme les Grecs archaïques, les Celtes avaient horreur du centralisme et n’ont connu que des alliances temporaires, fondées sur le clientélisme. C’est probablement à cause de son incapacité à fonder des unités politiques plus vastes que le clan ou la confédération que la civilisation celtique a disparu par acculturation après les conquêtes romaines.

Exit “le peuple celte”.

gaulois

un « peuple gaulois » ?

Les Gaulois sont un ensemble de peuples protohistoriques habitant la Gaule, telle qu’elle fut définie par Jules César. Ils parlaient des dialectes similaires et entretenaient des relations et alliances commerciales, jusqu’à ce que le processus d’acculturation lié à la conquête romaine n’en fasse des gallo-romains.

Exit “le peuple gaulois”.

N° 2 : qualifier de bisounours tous ceux qui parlent de tolérance

On peut tout à fait être païen et tolérant, la meilleure preuve étant que les païens antiques étaient relativement ouverts quant aux croyances venues d’autres contrées : il y a un certain nombre de divinités qui sont ainsi passées d’une culture à l’autre (Epona me vient en tête, de même qu’Artémis et Lugh, mais les exemples ne manquent pas). Sur certaines pages (que je ne nommerai pas pour ne pas leur faire de publicité), dès que quelqu’un parle de tolérance en évoquant la possibilité que tout ne soit pas à jeter dans telle ou telle religion/spiritualité, il ou elle est ridiculisé(e) et affublé(e) du qualificatif de “bisounours” et/ou d’abruti. (Accessoirement, les seules spiritualités qui ont grâce à leurs yeux sont celles qui sont originaires d’Europe. Toutes les autres n’ont qu’à retourner dans leurs contrées d’origine, surtout les monothéismes abrahamiques -Christianisme, Judaïsme, Islam-, qui n’ont rien à faire “chez nous”… Hmmmm, comment dire ?)

Quelques définitions autour du mot “tolérance” (wikipedia)

Dans son sens le plus général, la tolérance, du latin tolerare (supporter), désigne la capacité à permettre et respecter ce que l’on désapprouve.
Toute liberté ou tout droit implique nécessairement, pour s’exercer complètement, un devoir de tolérance.
On ne peut être tolérant que face à ce qui nous dérange (c’est-à-dire ce avec quoi on n’est pas en accord) mais qu’on accepte par respect de l’individu ou pour la défense d’un idéal de liberté.

Et quelques citations, aussi, parce que ce n’est pas inutile. (ici et )

“Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots.” Martin Luther King.
“La règle d’or de la conduite est la tolérance mutuelle, car nous ne penserons jamais tous de la même façon, nous ne verrons qu’une partie de la vérité et sous des angles différents.” Gandhi.
“La tolérance est une vertu qui rend la paix possible.” Kofi Annan.
“Tolérance : c’est quand on connaît des cons et qu’on ne dit pas les noms.” Pierre Doris.

Bon, je suis donc un bisounours (surtout avec la dernière citation en tête) : je tolère les intolérants agressifs qui rabaissent tous ceux qui ne sont pas d’accord avec leur vision étriquée du monde, parce que je leur accorde la liberté de penser (j’y tiens, bêtement) et parce que je les respecte en temps qu’êtres humains (même si ça me coûte un sacré effort, mais tolérer n’est ni accepter, ni approuver, hein ^^).

N°3 : “la religion de nos ancêtres”

… oui, mais lesquels ?

Parce que bon, des ancêtres (d’après le dictionnaire, ce sont tous ceux qui ont précédé les grands-parents), on en a quand même un sacré paquet (et on s’en rend vite compte quand on fait quelques recherches généalogiques).

Prenons pour postulat (fort improbable, mais soit, il y tient) que les ancêtres de Tartempion soient tous nés sur le bout d’Europe qu’on appelle la France  (nom qui n’est employé de façon officielle qu’à partir de 1190 environ, quand la chancellerie du roi Philippe Auguste commence à employer le terme de rex Franciæ, roi de France, à la place de rex Francorum, roi des Francs, pour désigner le souverain). A cette époque, les habitants de cette contrée sont déjà majoritairement chrétiens.

En prenant comme base de calcul que les ancêtres de Tartempion se reproduisent à l’âge de 25 ans (et qu’il n’y a jamais eu de consanguinité à aucun moment… même si c’est juste impossible), ça nous fait déjà 2.147.483.648 ancêtres chrétiens (2 milliards, à la louche).

Si Tartempion n’a pas de bol et que ses ancêtres ont été convertis au christianisme au moment de l’évangélisation des Gaules (environ 2e siècle), ça fait “juste” 9,4 trilliards (ou 9,421) d’ancêtres chrétiens (et vous voyez pourquoi l’hypothèse de non-consanguinité ne tient pas la route)… un sacré paquet, c’est bien ce que je disais.

A partir de là, affirmer que “la religion de mes ancêtres” était le paganisme (et effacer purement et simplement plus de 2 millénaires d’histoire) c’est quand même un peu gonflé, et pas très respectueux de la foultitude d’ancêtres chrétiens. On peut ne pas être d’accord avec le dogme monothéiste, mais il ne faudrait pas, non plus, sombrer dans le négationnisme et espérer faire croire aux gens que le christianisme n’a jamais existé et n’a jamais eu la moindre influence sur l’histoire de France.

martel03

je mets la carte en tout petit pour éviter l’ulcère à Tartempion, mais vous pouvez cliquer.

D’autant que (attention, ce qui suit va faire grimper au plafond les pourfendeurs de bisounours), si ma mémoire est bonne, à un moment de l’histoire, il y a quand même eu dans nos contrées des invasions qui ne venaient pas toutes d’Europe. Or, on le sait, les armées d’invasion ont souvent une fâcheuse tendance à laisser des marmots derrière elles. Si Tartempion n’a vraiment pas de bol du tout, il peut se retrouver avec des ancêtres musulmans, dis donc !

Alors oui, quelque part dans le lointain passé de Tartempion, il y a eu des ancêtres païens (et même peut-être cannibales, qui sait). Mais, par honnêteté intellectuelle, il n’a pas le droit d’affirmer à qui veut l’entendre que “* ses ancêtres étaient païens” ou qu’il pratique “la religion de * ses ancêtres” en omettant le passage “quelques-uns de” à la place de l’astérisque.

A propos Caitlín Urksa

Païenne, Celte de coeur, créature de la nuit et Ourse des montagnes ; artiste par plaisir, prof par obligation ; Sagittaire/Verseau, à la fois perfectionniste et désordonnée, les pieds ancrés dans la terre et la tête dans les étoiles.
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8 commentaires pour Haine et Alibis

  1. laviscountess dit :

    Bref, on ne se connaît pas mais….. Je t’aime… merci, en mon nom et en celui de mes ancêtres du pourtour méditerranéen et de France. Je clame haut et fort ma multi-origine depuis bien longtemps

  2. Line dit :

    Merci 🙂
    Je trouve le ton et le contenu excellents car justes et cohérents.
    Cerise sur le gâteau (pour moi) j’adhère complètement. ^_^

  3. Poppy dit :

    J’aime j’aime j’aime XD
    Après on peut argumenter que 9,4 trilliards ce n’est rien si on remonte aux ancêtres de la préhistoire ;p mais dans ce cas, pfiouuuuu on s’en sort plus x)

    Bravo pour ton article !

  4. Ahhh j’ai appris un truc ! Je sais pourquoi je viens du pays des Santons, maintenant, le nom est resté dans la culture locale ^^. Merci
    Et j’approuve à 200% ta vision de la tolérance 😉

  5. JB dit :

    Ce « blog » pu réellement du derche. Mais merci pour ces délires, on a bien rit.

    • Argumentation intéressante…
      La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres, et la liberté d’expression s’arrête quand seule la haine s’exprime.
      Je clos donc les commentaires, je n’ai pas de temps à perdre avec ceux qui choisissent d’être vulgaires et d’insulter au lieu de donner leur opinion sereinement.

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