Sliabh na Caillí

(En complément de l’article précédent – vous l’avez peut-être vu venir… difficile de ne pas évoquer la Cailleach ^^)

20071228cailleach_jpgPendant sa visite de Loughcrew, aussi appelé Sliabh na Caillí (Colline de la Vieille Sorcière) Jonathan Swift entendit le récit folklorique d’une “femme monstrueuse” qui régnait jadis sur la région, dont le nom était Garavogue, et qui était l’incarnation locale de An Cailleach Bhéara, la Sorcière de Beare. Selon la légende, pour régner sur toute l’Irlande, elle tenta d’accomplir un exploit magique : elle devait remplir son tablier de pierres et les laisser tomber sur chacune des collines de Loughcrew en sautant de l’une à l’autre. Elle parvint à laisser tomber ses cairns sur les deux premières collines, mais elle manqua son coup et fit une chute mortelle lors du dernier saut.

Cette vieille femme, géante de surcroît, trouve peut-être son origine dans celui de la déesse celte Buí (vache en irlandais ancien), qui est aussi à l’origine de l’autre déesse de la souveraineté irlandaise, la Boyne. Certains suggèrent aussi un lien entre An Cailleach Bhéara et Sheela-na-Gig. Le trait le plus caractéristique de An Cailleach Bhéara est sa longévité. On dit qu’elle “passa par sept périodes de jeunesse, de sorte que chacun de ses époux mourut avant elle, de vieillesse, et ainsi ses petits-enfants et ses arrière-petits-enfants furent des peuples et des races.(Gearóid Ó Crualaoich, The Book of the Cailleach: Stories of the Wise-woman Healer)

Trois grands âges:
L’âge de l’If;
L’âge de l’Aigle;
L’âge de Cailleach Bhéarra.
(Eleanor Hull « Legends and Traditions of the Cailleach Bheara or Old Woman (Hag) of Beare. »)

HagofBeara

le rocher « Hag of Beara »

labbacallee

Labbacallee

Les légendes autour de An Cailleach Bhéara ne sont pas réservées aux collines de Loughcrew. Elle figure aussi dans le folklore de la tombe à couloir qui se trouve au sommet de Slieve Gullion, à 64km au nord-est, dans le comté de Armagh. Le folklore autour de la Sorcière de Beare ont vient de la péninsule de Beara, dans le comté de Cork : à Coulagh Bay, on désigne un certain rocher comme étant son visage pétrifié et, toujours dans le comté de Cork, la Labbacallee Wedge Tomb est supposée être le site de son inhumation.

Les folkloristes et étymologistes qui ont étudié les traditions associées à An Cailleach Bhéara lui attribuent plusieurs significations culturelles différentes, dont le rôle de Sorcière Divine, le côté sombre de la Déesse Mère, ainsi que le rôle de Souveraine. Personnage complexe, elle est largement représentée dans le pays, et donne son nom à divers esprits locaux et divinités. Elle est aussi le “personnage surnaturel féminin de la nature sauvage”, qui est toujours en concurrence avec le monde des humains. Sa fonction première était de façonner le paysage : en plus de laisser tomber les cairns en haut des montagnes, elle plaçait de gros rochers dans les rivières, sculptait les formations rocheuses au flanc des collines, créait des îles dans la mer, et transformait les lacs en montagnes.

The Cailleach by Michael Hickey

The Cailleach by Michael Hickey

Lorsque les anciens récits oraux furent mis à l’écrit, peut-être dès le début du 9e siècle, le terme “cailleach”, signifiant “vieille voilée”, devint principalement le terme par lequel on désignait une nonne. Les scribes médiévaux qui mirent par écrit ces récits locaux devaient se conformer à un point de vue chrétien et patriarcal, et ils transformèrent cette déesse de la destruction et du renouveau en une vieille femme, un peu sorcière, qui se lamente avant de trouver sa consolation dans le christianisme. Un des récits sur An Cailleach Bhéara, qui montre comment les pouvoirs cette figure mythique ont été limités par le nouveau système de croyances, se trouve dans une histoire recueillie par la Irish Folklore Commission. Dans ce conte, la Sorcière dispute son valet qui est sorti retourner le foin alors qu’elle avait prédit, grâce à sa communion avec la nature, qu’il pleuvrait trop pour faire ce travail. Le garçon réplique alors :

Ne crois pas la corneille ou les cerfs
Et n’accorde pas d’intérêt à la parole d’une femme;
Que le soleil se lève tôt ou tard
Le jour qui suit ne dépend que de la volonté de Dieu.
(Gearóid Ó Crualaoich, The Book of the Cailleach: Stories of the Wise-woman Healer)

Source : Voices from the Dawn

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A propos Caitlín Urksa

Païenne, Celte de coeur, créature de la nuit et Ourse des montagnes ; artiste par plaisir, prof par obligation ; Sagittaire/Verseau, à la fois perfectionniste et désordonnée, les pieds ancrés dans la terre et la tête dans les étoiles.
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