Newgrange (version 3)

J’avais déjà publié un article sur Newgrange ici, et antérieurement (qui était déjà une archive), mais je tenais à ajouter un certain nombre de renseignements pour avoir quelque chose de plus complet (oui, têtue et perfectionniste sont mes 2 prénoms).

Diamètre : Entre 79 m (axe NO/SE) et 85 m (axe NE/SO)
Poids : 200 000 tonnes de pierres et de terre
Température interne constante de 8 à 10 °C

newgrange-from-airLe nom Newgrange est relativement moderne et vient du fait que les moines de Mellifont Abbey, près de Drogheda, à 14 km au nord, avaient pris possession des terres alentour : c’était donc leur “nouvelle grange” ou ferme. L’abbaye fut désaffectée vers 1539, mais l’appellation de Newgrange est restée en anglais. En irlandais, le cairn s’appelle Sí an Bhrú [shi-an-vrou], le tertre du palais (le terme brú/bhrú signifie palais, domaine, mais il a un homonyme qui signifie ventre ou matrice, ce qui prend un tout autre sens si on fait le rapprochement avec la mythologie et avec l’illumination du solstice).

Le tumulus de Newgrange fait partie d’un grand complexe de monuments bâtis le long d’une courbe de la Boyne, complexe appelé Brú na Bóinne [brou-na-bonyè], qui signifie “palais/domaine de la Boyne”. Les deux autres monuments principaux sont Knowth (le plus grand) et Dowth. Pourtant Newgrange attire davantage l’attention car son entrée est orientée sud-est et, quand le soleil se lève le jour du solstice d’hiver, ses rayons passent dans une imposte ou “boîte de toit” (roof box) au-dessus de la porte et pénètrent à l’intérieur du tertre pour illuminer la chambre.

La tombe à couloir de Newgrange a été construite entre 3200 et 2800 avant l’ère chrétienne. Il y avait une structure plus ancienne sur le site, qui a été démantelée et dont les pierres ont été réemployées au début de la construction de Newgrange. Le tumulus, fait de couches alternées de terre et de pierres, couvre une surface d’un demi hectare et est entouré de 97 pierres de bordure (kerbstones), dont certaines sont décorées.

Le monument que l’on voit aujourd’hui est bien loin de ce que le Professeur O’Kelly a trouvé lorsqu’il a commencé à y travailler en 1962. Les archéologues précédents avaient déjà mis à jour les pierres de bordure, ensevelies par l’affaissement du cairn au fil des millénaires, mais la totalité du tumulus était couverte de broussailles (et des propriétaires du 19e siècle avaient “amélioré” le paysage en plantant à son sommet des arbres dont les racines avaient grandement endommagé le cairn).

newgrange1900

Newgrange en 1900

Lorsque O’Kelly fouilla le périmètre du cairn, il trouva une couche presque entièrement constituée de morceaux de quartz blanc. Au lieu de reconstruire le monument comme prévu (avec une façade en pente), il incrusta le quartz dans un mur vertical en béton, décision fort controversée. La façade reconstruite est faite de quartz blanc parsemé de gros cailloux arrondis. Elle couvre une partie de la circonférence.

15680-newgrange-quartz-kerbstonesSous le tertre s’étend un couloir de 19 mètres, auquel on accède par une entrée sur le côté sud-est du monument, et au bout duquel se trouvent trois alcôves autour d’une chambre centrale plus vaste. Chacune des alcôves possède un bassin en pierre, où les ossements des défunts étaient probablement déposés. Les murs du couloirs sont composés de gros orthostates, 22 du côté ouest et 21 à l’est, d’une hauteur moyenne d’1.5m.

planUn “faux linteau” fut découvert et décrit par William Wilde en 1847. En fouillant, O’Kelly trouva une structure en forme de boîte, avec une autre pierre gravée à l’autre extrémité. La largeur de la boîte formait une fente qui était obstruée par deux blocs de quartz. Les rayures sur la pierre de support indiquaient que les blocs de quartz avaient été ôtés et replacés un certain nombre de fois.

moundRoofbox

Newgrange vers 1880

Le folklore local disait que le lever de soleil, une fois par an, éclairait la triple spirale à l’intérieur de l’alcôve de fond, et O’Kelly se demanda si la boîte de toit n’était pas conçue pour laisser passer la lumière du soleil levant. L’orientation du couloir lui fit choisir le solstice d’hiver pour son expérimentation. Le 21 décembre 1967, il eut la confirmation de la fonction de la boîte de toit : un pâle rayon de soleil hivernal passa à travers l’imposte au-dessus de l’entrée et longea le couloir, pour finir par baigner la chambre dans une lueur dorée. Ce fut le premier solstice d’hiver observé par quelqu’un à Newgrange en plus de 5 000 ans.

solstice-2007plan2Autour du tumulus principal, il y avait quatre tumuli satellites plus petits, deux à l’est et deux à l’ouest : un reste détruit, les chambres des sites K et L sont visibles dans le champ à l’ouest, et les restes du site Z se situent juste à l’est du cairn (les pierres de bordure manquantes ont été remplacées par des blocs de béton).
sitezLa construction d’au moins 40 tombes à couloir à Brú na Bóinne montre une connaissance avancée de l’architecture, de l’ingénierie, de l’astronomie et un effort artistique. Tout ceci pointe vers une société organisée et bien établie où les rituels et les cérémonies funéraires, ainsi que le contact avec les ancêtres, nécessitaient une manifestation complexe et permanente.

L’utilisation sacrée de Newgrange se poursuivit bien après que les rites de ses bâtisseurs aient été perdus, bien après que le cairn ait commencé à s’affaisser sur sa bordure, et que son entrée ait disparu sous des tonnes de rocs et de terre. Au Néolithique tardif et au début de l’Age de Bronze (env. 2200 av. JC), un millénaire après la construction des tombes de Brú na Bóinne, les fermiers de la culture campaniforme s’installèrent juste à côté de Newgrange. C’est peut-être cette communauté qui érigea le cercle de pierres incomplet autour du monument. On estime que le cercle complet comprenait jusqu’à 36 pierres. Il n’en reste que 12, mesurant jusqu’à 2.5m de haut. Ils construisirent aussi, à 9m du cairn, un enclos de poteaux au centre duquel les archéologues ont trouvé des fosses contenant des restes calcinés et enterrés de petits animaux.

cursus2On ne sait pas si le cursus, situé à une centaine de mètres à l’est de Newgrange, est antérieur ou postérieur au cairn. Deux talus parallèles distant de 20m sont fermés, au sud, par un U terminal. Il reste une centaine de mètres du cursus, sans doute un simple fragment qui semble émaner d’une mare asséchée.
Pour une raison inconnue, le monument fut abandonné au début de l’Age du Fer (env. 3e siècle av. JC) après l’arrivée des Celtes. Pendant les 2000 ans qui suivirent, il n’y eut plus d’activité rituelle dans la région.

Newgrange possède des gravures mégalithiques parmi les plus belles d’Europe. Trois des pierres de bordure sont entièrement décorées : la pierre d’entrée, K52 qui est située à l’opposé de l’entrée, et K67 qui se trouve au nord de la chambre.
roofboxLe linteau de l’imposte est gravé d’une série de 8 losanges, qui peuvent représenter la division de l’année en 8 parties, comme on peut aussi le voir sur les gravures du Cairn T de Loughcrew.

k1K1 est la pièce maîtresse des bâtisseurs de la vallée de la Boyne, c’est le symbole le plus reconnaissable de l’Irlande préhistorique.

k52K52 et la pierre d’entrée divisent le cairn en deux selon un axe SE/NO. Elle fait face au coucher de soleil du solstice d’été.plan1

Mythologie et Folklore
Dans la tradition locale, Newgrange était la résidence de Aengus Óg et du Dagda, les dieux des Tuatha Dé Danaan, des êtres surnaturels qui régnèrent sur l’Irlande avant la venue des Celtes, et qui se retirèrent ensuite dans les tertres.
Le premier résident du Palais de la Boyne était Elcmar le Druide, époux de Boann, la déesse de la Boyne. Le Dagda désirait la belle Boann et il envoya Elcmar accomplir une mission au loin. Le Dagda fit la cour à Boann, ils s’unirent et conçurent un fils. Afin que son époux ne sache rien de cette liaison, le Dagda fit en sorte que neuf mois s’écoulent en une seule journée, ou que le soleil reste immobile pendant neuf mois, et Aengus Óg naquit donc le jour où il avait été conçu.
Le Dagda prit possession du palais et y vécut de nombreuses années. Un jour, Aengus Óg vint demander à son père de régner sur le palais pendant une journée et une nuit, et le Dagda accepta. Lorsqu’il revint le lendemain, son fils l’informa que, puisque l’éternité est faite d’un jour et d’une nuit, le Dagda avait donné le palais pour l’éternité.

Sources : wikipedia, worldheritageireland, newgrange.com, mythicalireland, voicesfromthedawn, sacred-destinations, newgrangeireland, carrowkeel
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A propos Caitlín Urksa

Païenne, Celte de coeur, créature de la nuit et Ourse des montagnes ; artiste par plaisir, prof par obligation ; Sagittaire/Verseau, à la fois perfectionniste et désordonnée, les pieds ancrés dans la terre et la tête dans les étoiles.
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