Un Tumulus du 21e siècle

https://www.theguardian.com/lifeandstyle/2016/oct/26/burial-mounds-comeback-21st-century-britain : je mets le lien, mais comme c’est un article de journal qui risque de disparaître avec le temps, je récupère les images et traduis le texte plus bas.

Au-delà de l’attirance immédiate pour le « tumulus du 21e siècle », c’est le sujet tabou qui m’intéresse particulièrement : pourquoi parler de la mort, de sa mort et de comment on veut « la vivre », reste politiquement incorrect en France ? Évoquez le sujet et vous verrez les 3/4 des gens ouvrir des yeux effrayés, secouer la tête pour ne pas entendre, vous dire que vous êtes morbide et sinistre (et même envisager de contacter l’HP le plus proche).

Pourtant, c’est un fait : on va tous mourir !

Est-ce parce que le business de la mort ne veut pas se diversifier ? Est-ce parce que la France est partagée entre tradition chrétienne et athéisme ? Je ne sais pas, mais quand il s’agit d’aborder les solutions alternatives au cimetière, c’est très compliqué. Pourtant, mon choix est clair depuis longtemps : je veux être incinérée mais je ne veux pas que mes restes soient enfermés dans un HLM en marbre au fond d’un cimetière, et je veux que ma crémation soit la plus écolo possible (pas de traitement du corps, pas de cercueil plein de produits chimiques).

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Les tumuli font un comeback en GB au 21e siècle
par Maev Kennedy, Mercredi 26 Octobre 2016
Un type de sépulture utilisé il y a 5000 ans est à nouveau accessible pour les familles qui pleurent un disparu et qui cherchent une meilleure façon de faire face à la mort.
5687bTumulus Sacred Stones dans le Cambridgeshire
Dans un petit bosquet de chênes, de noisetiers et de saules, en bordure d’un champ dans le Cambridgeshire, une porte s’ouvre vers une nouvelle sorte de mort pour la Grande-Bretagne du 21e siècle: un tumulus rond fait de terre et de pierres et tout neuf, une sépulture mise au point il y a plus de 5000 ans.
Au delà de la porte basse et étroite, les murs de pierres, s’incurvant en un plafond voûté, abritent des centaines de niches, qui attendent que les vivants paient (jusqu’à £4800) pour louer un emplacement où les cendres de leurs chers disparus reposeront 99 ans – et, espèrent les créateurs, pour des siècles après ça.
Avant même le lancement officiel du tumulus Sacred Stones, la première réservation de niche est venue d’un homme qui, depuis son téléphone portable, était sur le parking de l’hôpital où son père était gravement malade.

5504b

Les premiers visiteurs incluaient de possibles clients mais aussi des propriétaires terriens curieux de voir cet investissement potentiel, un vicaire, un banquier qui avait déjà accordé le prêt mais était fasciné par le projet, et plusieurs officiels locaux.
Parmi ceux qui sont entrés dans la fraîche obscurité – il n’y a pas d’électricité, et l’espace est éclairé par des bougies lorsque des visiteurs sont attendus – loin du chant des oiseaux et de la circulation sur la route qui passe non loin, certains ont versé des larmes, certains ont ri, et beaucoup se sont juste assis sur le banc de pierre et sont restés silencieux un moment.

5760bLe plafond voûté du tumulus

C’est la moquette bleue d’un crématorium urbain qui a convaincu Toby Angel qu’il devait y avoir une meilleure façon de faire face à la mort.
“Nous avons incinéré ma pauvre tante, et c’était le truc complètement standard, moquette bleue, Luther Vandross, 20 minutes plus tard la famille suivante regarde autour d’elle d’un air embarrassé en attendant son tour, et tout le monde sort en regardant les fleurs. C’est devenu la norme, et c’est absolument affreux.”
Il décrit le tumulus neuf comme “un lieu séculier plein de foi”.

Son associé Martin Fildes est un maçon expérimenté qui s’est lancé dans les murs traditionnels en pierres quand il n’a plus pu supporter de construire des boîtes en briques, toutes identiques. Il a parlé à une jeune mère en phase terminale, qui voulait se faire incinérer mais ne voulait pas que ses cendres soient dispersées: ses enfants, selon elle, auraient besoin d’un lieu où ils pourraient venir exprimer leur colère contre elle, pour les avoir abandonnés.
Le premier tumulus neuf qu’ils connaissent a été construit par Tim Daw, agriculteur et archéologue amateur, sur ses terres dans le Wiltshire, près de Stonehenge, et il est à présent plein aux deux tiers. Fildes apprit que Daw voulait le bâtir en béton, et il lui suggéra une structure traditionnelle à la place, en pierres sèches sans ciment, et abrité sous un monticule de terre, comme le tumulus long de West Kennet, près de sa ferme, qui fut construit il y a plus de 5000 ans.

3840bCelui de Daw était anecdotique, mais Angel, Fildes, le scientifique Mark Davis et le bâtisseur Geraint Davies ont formé une nouvelle compagnie, Sacred Stones, pour développer le concept. Willow Row fut construit en 5 mois avec 300 tonnes de calcaire de la carrière de Oundle, sur un lopin de terre loué pour un siècle près de Saint Neots. Ils ont déjà un permis de construire pour un site dans le Herefordshire, et au fur et à mesure que l’information circule, ils reçoivent des demandes de plusieurs comtés, des Orcades, et même du Canada. On les a interrogés sur les sépultures sylvestres, sur la dispersion des cendres et sur les bûchers funéraires – ces derniers étant une idée intéressante, dit Angel, mais pas pour eux, ou pas encore.

Sophie Churchill, expert forestier et présidente de la Royal Forestry Society, travaille aussi sur le surprenant Corpse Project (Projet Cadavre), un projet de recherche soutenu par le Wellcome Institute sur les attitudes face à la mort, qui a étudié ce qui arrive aux corps des 500000 personnes qui meurent chaque année en Angleterre et au Pays de Galles. La plupart sont maintenant incinérés, ce qui pose le problème des matériaux utilisés pour les cercueils, des produits toxiques utilisés pour l’embaumement, et des lieux où disperser des cendres salées sans tuer les arbres et les plantes.
Ils donnent un conseil pratique brutal: quiconque prévoit de veiller un corps à la maison, de manière traditionnelle, dans une maison moderne avec chauffage central, a intérêt à faire des stocks de glace à l’avance.
“En Angleterre, nous sommes très mauvais quand il s’agit de faire face à la réalité de la mort, jusqu’à ce que ça arrive, et qu’on traverse la chose de manière maladroite et embarrassée. Mais certains signes montrent que les attitudes changent, et je pense que le projet de Toby – certes pas à la portée de tout le monde – fait partie de ce changement.”
La première grande révolution fut l’acceptation de la crémation, dit-elle. Elle en voit une autre actuellement en cours dans le mouvement pour une mort naturelle, les cafés mortuaires, les funérailles « faites maison », les cercueils en carton et en osier – qui après n’avoir intéressé que des marginaux hippy, sont maintenant disponibles chez les pompes funèbres classiques – les enterrements sylvestres, et une acceptation croissante du fait qu’avec les cimetières qui manquent de plus en plus de place, il faut trouver une alternative au repos éternel six pieds sous terre.

Toby Angel pense qu’il faut enseigner la mort dans les écoles. “C’est la chose qui nous arrivera à tous de manière certaine, et pourtant on ne nous donne absolument aucune aide pour nous y préparer.”
Il espère que les jours où les urnes seront placées dans les niches seront des occasions joyeuses pour les familles.
“Il faut du thé et des petits gâteaux. Amenez une fanfare. Amenez une bouteille. Amenez un prêtre. Amenez un shaman. La mort est triste, mais elle n’a pas besoin d’être solennelle.”

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A propos Caitlín Urksa

Païenne, Celte de coeur, créature de la nuit et Ourse des montagnes ; artiste par plaisir, prof par obligation ; Sagittaire/Verseau, à la fois perfectionniste et désordonnée, les pieds ancrés dans la terre et la tête dans les étoiles.
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