Le Dagda


An Dagda (ou  An Daghdha , le Dagda, parfois écrit sans l’article défini) vient du Proto-Celtique *Dagodeiwos, qui a donné en Irlandais ancien : dag dia, “le dieu bon”. Son nom véritable est Eochaid “cavalier” Ollathair “Père de tous”, mais il a de nombreux surnoms. Même si les Celtes irlandais n’avaient pas de dieu suprême, le Dagda est considéré comme le Père des dieux et déesses du panthéon celto-irlandais. Il est le “dieu bon”, non pas au sens moral, mais parce qu’il est doué pour tout. Le Dagda devient roi des Tuatha Dé Danann après que Nuada, son prédécesseur, soit blessé à la bataille. Le Dagda réside à Brú na Bóinne (le tumulus de Newgrange sur la rive de la rivière Boyne). On lui attribue un règne de 70 ou 80 ans sur les Tuatha Dé Danann, avant qu’il ne meure à Brú na Bóinne, succombant finalement à une blessure infligée par Cethlenn pendant la seconde bataille de Magh Tuiredh.

D’après le Cath Magh Tuiredh, lorsque les relations étaient bonnes avec les Fomoire, dont Bres était le roi, le Dagda lui construisit son fort, Dun Bresse. En guise de remerciement, Bres réduisit en esclavage non seulement le Dagda, mais tous les Tuatha Dé Danann. Cela finit par mener à la Seconde Bataille de Magh Tuiredh. A Samhain, la veille de la bataille, le Dagda se rendit dans une de ses demeures à Glen Ettin, pour rencontrer la Morrígan qu’il trouva en train de se laver dans la rivière Uinnius. Il coucha avec elle en échange d’un plan de bataille qui lui assura la victoire.

Les mythes le dépeignent parfois comme un lourdaud grossier, débraillé et même grotesque. “Son ventre avait la taille d’un chaudron… Son apparence était disgracieuse; il portait une cape jusqu’au creux des coudes et une tunique gris-brun, parfois si courte qu’elle laissait voir ses fesses. Il traînait derrière lui une fourche sur roues qu’il fallait 8 hommes pour déplacer…. Son long pénis était découvert”. On peut y trouver le témoignage de ses prouesses sexuelles, les Celtes y attachant beaucoup d’importance. Dans un passage du Cath Magh Tuiredh, les Fomoire invitent le Dagda à boire le contenu d’un immense trou dans lequel a été préparé une bouillie à base de lait, de farine d’avoine et de viande. Le dieu ingurgite le tout avec une cuiller dans laquelle tiendraient un homme et une femme étendus. Après ce repas, son ventre est si gros qu’il peut à peine se déplacer. Cela ne l’empêche pas, d’ailleurs, d’avoir un rendez-vous galant avec la fille du roi des Fomoire. Cette notion d’une divinité gigantesque, gros mangeur, gros buveur, et coureur de jupons, n’est pas sans évoquer le personnage de Gargantua, dont on soupçonne fortement l’origine celtique (voir l’excellent article sur le blog de Setanta).

Le Dagda est une divinité phallique, son appétit sexuel étant aussi insatiable que sa faim. Il rapproche les dieux et les hommes en se manifestant sous une forme ordinaire, voire vulgaire et presque comique. Il est associé à des fonctions très basiques, terrestres, comme manger, boire et s’accoupler. Le plus grand des dieux apparaissant comme exactement son contraire est un thème très celtique, et associé à une leçon d’importance : ne jamais se fier aux apparences, car il y a bien plus sous la surface, et même la personne la plus laide ou la plus absurde peut se révéler d’une grande valeur.

Objets magiques

Les textes décrivent le Dagda comme un personnage doté d’un pouvoir immense, armé d’une massue (ou bâton) magique et associé à un chaudron. La massue était supposée capable de tuer d’un côté, et redonner la vie de l’autre côté. Par ailleurs, lorsque le Dagda frappait la terre avec, elle faisait pousser les récoltes.

Le Dagda possédait un chaudron d’abondance et de résurrection, un des quatre trésors des dieux, archétype du Graal et connu sous l’appellation de “Undry” (Jamais sec). Chaudron sans fond, il servait à chacun son mets préféré, mais ne donnait rien aux pleutres ni aux parjures.

En outre, le Dagda possédait une harpe, Uaithne, aussi appelée ”Musique des quatre angles”, sur laquelle il jouait trois accords : l’accord du sommeil, l’accord du rire et l’accord des larmes. Le Dagda utilisait ces accords pour appeler les saisons dans le bon ordre ; d’autres récits disent qu’elle était aussi utilisée pour commander la bataille.

Les noms du Dagda et ses rôles

Dans la littérature irlandaise chrétienne du 9e siècle, on découvre que le mot pour ‘jour’, dia, est exactement le même que le mot pour ‘Dieu’, Dia, et prononcé pareil : dag dia, “le dieu bon”. Cette similarité linguistique n’est certainement pas le fruit du hasard.

Je suis Aed Abaid de Ess Rúaid, c’est-à-dire, le Bon Dieu de la sorcellerie des Tuatha Dé Danann, et le Rúad Rofhessa, et Eochaid Ollathair sont mes trois noms.’ (dit-il pour se présenter dans Comment le Dagda eut son Bâton magique)

Ruad Rofhessa signifie ‘Le Rouge/Rouquin à la Grande Connaissance’. Les Celtes associaient la couleur rouge à la guerre, mais dans les langues gaéliques, les mots pour ‘rouge’ (dearg et ruadh) signifient également ‘puissant, rapide, tapageur’.

Aed Alainn (aed=feu, alainn=rapide, beau) nous révèle que le Dagda a un lien avec le soleil. Toutefois il ne s’agit pas de l’astre lui-même, mais de la lumière du jour. Grâce à son bâton (ou massue, selon les textes), il peut donner la vie ou la reprendre ; il rythme aussi les saisons avec les accords de sa harpe. D’après De Gabáil in t-Sída, il est le protecteur du grain et du lait, et d’après Tochmarc Étaíne, il contrôle la météo et les cultures.

Ollathair (Père de Tous) porte l’idée que le Dagda est le père de l’humanité. Qui dit ‘Père’ dit aussi fertilité et son rôle de dieu de la fertilité n’est plus à prouver. Ses rencontres avec la Morrígan et Boand se déroulent à Samhain, permettant ainsi à la ‘Mère Terre’ de s’accoupler avec le ‘Père Ciel’, et tout le monde sait que c’est la lumière solaire, la lumière du jour, qui permet à la terre d’être fertile. Le but du Dagda est de fertiliser ces déesses de la terre, ce qui explique pourquoi les textes anciens racontent encore et encore ses prouesses sexuelles. Eochaid indique également une connexion avec la souveraineté, puisque c’est la déesse jument qui confère souvent la souveraineté au roi (de nombreux rois de l’Irlande légendaire portent d’ailleurs ce même nom, Eochaid).

Petite parenthèse : le Géant de Cerne Abbas et le Cheval d’Uffington

Le Géant de Cerne Abbas est une silhouette humaine creusée dans une colline de craie près du village de Cerne Abbas, au nord de Dorchester, dans le Dorset, en Angleterre. Le dessin est de style assez naïf. La figure est tracée par une tranchée d’environ 30 cm de large sur 30 cm de profondeur, faisant apparaître la craie sous-jacente et empêchant l’herbe de repousser. L’homme de 55 mètres de haut tient dans la main droite une massue de 36,5 mètres de long qu’il brandit au-dessus de sa tête. Il présente un phallus en érection bien en évidence. Son bras gauche est étendu et des recherches récentes ont montré que la trace, non visible aujourd’hui, d’un pan de vêtement ou d’une dépouille d’animal. L’origine et l’âge de cette silhouette sont inconnus (sa première mention écrite date du 17e siècle). Un autre dessin du même type, le Cheval blanc d’Uffington, est visible à une centaine de kilomètres au nord-est (et lui est décrit dans des documents médiévaux, ce qui tendrait à prouver que le géant est moins ancien – à moins qu’il n’ait pas été entretenu aussi régulièrement, ou qu’il ait été censuré). Le cheval blanc d’Uffington est un géoglyphe préhistorique long de 111 m, âgé de quelques 3000 ans.

Dans mon esprit, et même si elles se trouvent en Grande-Bretagne et non en Irlande, ces deux figures pourraient bien avoir un lien avec le Dagda et la Jument de Souveraineté (et avec Gargantua et Grand-Jument, tant qu’on y est, car les coïncidences sont quelque peu troublantes).

(Sources : wikipedia, adf.orgbardmythologies.comcelticpagan.com, encyclopedie.arbre-celtique.com, sacred-texts.com, maryjones.us, deepdyve.com, keltia, draeconin.com – publié le 10/05/11 sur La Caverne de Morrigan, complété ce jour pour le blog Scáthcraft)

Extrait de La Seconde Bataille de Magh Tuireadh,

traduction personnelle publiée à l’origine ici le 9 avril 2012

Le Dagdae avait une demeure à Glenn Etin dans le nord. Or le Dagdae devait rencontrer une femme à Glenn Etin ce jour proche de la marée de Toussaint l’année de la bataille. La rivière Unius du Connaught rugit au sud de là. Il vit une femme dans l’Unius à Corann, qui se lavait, avec un de ses deux pieds à Allod Echae c’est-à-dire Echumech, au sud de l’eau, et l’autre à Loscuinn, au nord de l’eau. Neuf tresses lâches étaient sur sa tête. Le Dagdae conversa avec elle, et ils s’unirent. ‘Le Lit du Couple’ est le nom de la place depuis lors. La femme qui est mentionnée ici est la Morrígan Lamia.

Alors elle dit au Dagdae que les Fomoire aborderaient à Magh Scetne, et qu’il devrait sommer les hommes d’art d’Erin de la retrouver au gué de l’Uinius, et qu’elle irait à Scetne détruire Indech fils de Dé Donann, le roi des Fomoire, et qu’elle le priverait du sang de son coeur et des reins de sa valeur. Or elle donna ensuite deux poignées de ce sang aux troupes qui attendaient au gué de l’Uinius. ‘Gué de la Destruction’ devint son nom, à cause de cette destruction du roi.

Alors ce fut fait par les artistes, et ils chantèrent des incantations sur les troupes des Fomoire. C’était une semaine avant la marée de Toussaint, et chacun d’eux se sépara de l’autre jusqu’à ce que tous les hommes d’Irlande se rejoignent la veille de Toussaint. Six fois trente centaines était leur nombre, c’est-à-dire deux fois trente centaines dans chaque tiers.

Alors Lugh envoya le Dagdae espionner les Fomoire et les retarder jusqu’à ce que les hommes d’Irlande n’arrivent pour la bataille. Alors le Dagdae alla au camp de Fomoire et leur demanda une trêve. Il lui fut accordé ce qu’il demandait. Du porridge fut alors préparé pour lui par les Fomoire, et ce fut fait pour se railler de lui, car grand était son amour du porridge. Ils remplirent pour lui le chaudron du roi, de cinq poignées de profondeurs, dans lequel allèrent quatre-vingts gallons de lait frais et une quantité égale de farine et de graisse. Des chèvres et des moutons et des porcs furent mis dedans, et ils furent tous bouillis ensemble avec le porridge. Ils furent versés pour lui dans un trou dans le sol, et Indech lui dit qu’il serait mis à mort à moins qu’il ne consommât tout; il devrait manger à sa faim de sorte qu’il ne pût pas reprocher aux Fomoire leur inhospitalité.

Alors le Dagdae prit sa louche, et elle était assez grande pour qu’un homme et une femme se couchent au milieu. Voici, alors, les morceaux qui étaient dedans, des moitiés de porc salé et un quart de lard. Alors le Dagdae dit: ‘Bonne nourriture que ceci, si ce bouillon vaut ce que son goût vaut’. Mais lorsqu’il mit la louchée dans sa bouche, il dit alors: ‘Son [1 mot manquant] ne le gâche pas, dit le vieil homme.’ Alors à la fin il mit son doigt courbé au fond du trou parmi la moisissure et le gravier. Le sommeil lui tomba dessus alors après qu’il eût mangé son porridge. Plus gros qu’un chaudron était son ventre, de sorte que les Fomoire s’en moquèrent.

Alors il partit de chez eux vers la plage de Eba. Il n’était pas aisé pour le héros de se déplacer à cause de la grosseur de son ventre. Inconvenant était son vêtement. Une cape jusqu’au creux de ses deux coudes. Une tunique brun foncé autour de lui, jusqu’au renflement de sa croupe. Elle est, de plus, à col long, avec un trou à la pointe. Deux chaussures de marche en peau de cheval portait-il, avec les poils à l’extérieur. Une fourche [1 mot manquant] sur roues qui nécessitait l’effort de huit hommes pour la porter, derrière lui de sorte que sa trace derrière lui était suffisante pour servir de fossé-frontière à une province. C’est pourquoi on l’appelle la trace de la Massue du Dagdae. [quelques lignes manquantes]

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