Bríd


Les recherches sur la déesse Brigit passent nécessairement par les textes écrits dans l’Irlande chrétienne du Moyen-Age. Une des premières mentions de Brigit se trouve dans le Glossaire deCormac, écrit au 9e siècle :

“Brigit c.-à-d. une poétesse, fille du Dagda. C’est Brigit la sage, ou femme de sagesse, c.-à-d. Brigit la déesse que les poètes adoraient, car très grande et très connue était sa protection. C’est pour cela qu’ils la nomment déesse des poètes, par ce nom. Dont les sœurs étaient Brigit la guérisseuse, Brigit la forgeronne, nom par lequel tous les Irlandais appellent une déesse Brigit.”

Une version de ce glossaire donne une étymologie folklorique pour Brigit: “Brigit, breo-aigit, breo-shaigit ‘une flèche ardente’.” En fait le nom vient du celte *briganti, dérivé de l’indo-européen *bhrghnti, qui a un équivalent exact en Sanskrit, brhati, qui signifie ‘l’exaltée’ ou ‘la haute’. L’orthographe irlandaise ancienne, Brigit [briyid], a cédé la place à Brighid puis à la graphie moderne Bríd [briid], que j’utilise dans mes articles.

Dans le mythe celte, Bríd est fille du Dagda, le Dieu à la Grande Connaissance. C’est une déesse triple, mais pas selon l’archétype Vierge-Mère-Vieille classique. Ses trois aspects sont liés au feu :
– le feu de l’esprit car elle est la poétesse, la muse, déesse de l’inspiration, de l’apprentissage, de la divination et de la connaissance occulte.
– le feu de la forge des maréchaux-ferrants, faisant de Bríd à la fois la déesse des forgerons, des ferronniers et celle des voyageurs.
– le feu du foyer, autour duquel les femmes apprennent à soigner et à guérir, car elle est la déesse des guérisseuses et des sages-femmes.

Une autre référence à la déesse se trouve dans le Livre des Invasions de l’Irlande (12e siècle) :

“Brigit la poétesse, fille du Dagda, avait Fe et Men, les deux boeufs royaux, d’après lesquels est nommé Femen. Elle avait Triath, roi de ses sangliers, d’après lequel est nommé Treithirne (…). Elle avait Cirb, roi des béliers, d’après lequel est nommé Mag Cirb.”

Il est intéressant de constater qu’elle est associée à la royauté (des boeufs royaux, un roi des sangliers, un roi des béliers). Le sanglier, dans le symbolisme celte, est associé à la caste guerrière, ce qui correspondrait pour Bríd à un rôle de protectrice tribale, que l’on retrouve chez Brigantia. Les autres animaux, domestiques, indiquent des fonctions de déesse de la fertilité et protectrice du bétail.

On la retrouve dans Cath Magh Tuireadh (écrit au 12e siècle mais basé sur des textes du 9e), qui nous raconte que Bríd (qui fait partie des Tuatha dé Danann) épouse Bres, le roi des Fomoires dans l’espoir que les deux peuples parviennent à la paix. Ils ont un fils nommé Ruadan. Les Fomoires envoient Ruadan tuer Goibniu, le forgeron des Tuatha dé Danann, mais Ruadan se fait tuer. Bríd pleure son fils en hurlant, inventant le ‘keening’ (le cri de lamentation plus tard associé aux banshees) qui s’entend à travers toute l’Irlande. Le Synode de Dublin (1670) ordonna aux prêtres de mettre un terme aux cris et lamentations des pleureuses qui accompagnaient les morts au cimetière, ce qui tend à montrer l’origine païenne du keening.

Par la suite, Bríd est syncrétisée dans le personnage de la sainte chrétienne Brigitte. Leurs attributions folkloriques se mêlent et se confondent, et il devient difficile de savoir lesquelles appartiennent à la déesse et lesquelles appartiennent à la sainte.

Bríd avait de nombreuses prêtresses à Kildare, où un feu sacré brûlait en permanence dans son sanctuaire. Il y avait 19 prêtresses (symbolisant le cycle de 19 ans de la “Grande Année” celtique) qui s’occupaient du feu à tour de rôle. Le 20e jour de chaque cycle, le feu sacré était, dit-on, entretenu par Bríd elle-même. Le feu fut maintenu, même après que le sanctuaire ne soit devenu un couvent, jusqu’en 1220, date à laquelle l’Archevêque Henry de Dublin ordonna qu’il soit éteint.

Bríd est par ailleurs associée aux rivières et aux puits. En Irlande, de nombreux “Tobar Bhríde” (puits de Bríd) sont activement visités et entretenus. Comment une déesse dont le nom est lié au feu (et par extension au soleil) peut-elle se retrouver associée à l’eau ? Le folklore permet d’éclairer un peu ce rôle : en hiver, la Cailleach enferme Bríd dans une montagne de glace et l’oblige à laver sa cape jusqu’à ce qu’elle soit totalement blanche (symbole de la neige). Le fils de la Cailleach, Angus, tombe amoureux de Bríd et la libère au tout début du printemps, ce qui fait fondre la glace et la neige. Libérées, les eaux coulent à nouveau, nourrissant la terre, gonflant les rivières et remplissant les puits. Elles imprègnent les graines, bourgeons et racines qui dormaient sous le manteau neigeux, et relancent le cycle de la vie.

Bríd, qui est honorée à la fête d’Imbolc, une des 4 “Fêtes du Feu” de l’année celtique, est associée à la fertilité des troupeaux (des brebis notamment, et justement la fête d’Imbolc coïncide avec la période de l’agnelage). Mais cette fête, aussi appelée “Oi-melg” (lait de la brebis) se situe exactement 9 mois après la fête de Bealtaine, dont la fonction principale est de célébrer la fertilité et la sexualité humaines en parallèle avec la fertilité de la terre. Il est donc probable que, dans la société celte pré-chrétienne, ce moment de l’année ait vu pas mal de naissances humaines. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que Bríd soit la patronne des sages-femmes et, par extension, de la guérison.

Plantes associées

Le pissenlit, ‘bearnan Bride’ en gaélique, est traditionnellement un des symboles floraux de Bríd. Bearnan est le pluriel de bearn, qui signifie encoche ou crevasse, et qui désigne probablement la forme dentée des feuilles du pissenlit.La connexion avec Bríd est due au fait que la fleur ressemble à un petit soleil (Bríd est considérée comme une déesse solaire par certaines sources). Sa sève laiteuse et sa présence dans les pâtures relient le pissenlit aux vaches. Enfin, le pissenlit est respecté par les guérisseurs pour ses vertus diurétiques et toniques, qui purifient le corps de ses toxines, et que l’on peut relier à l’aspect guérisseur de Bríd, ainsi qu’à la nature purificatrice de son feu.
Le perce-neige est également associé à la déesse, bien que cette association soit relativement. Dans le conte folklorique relaté par Alexander MacKenzie, The Coming of Angus and Bride, Père Hiver donne à la ‘princesse Bride’ un bouquet de perce-neige, qu’elle montre à la Cailleach, en lui disant que son règne est terminé. Toutefois, le conte est écossais et le perce-neige est une espèce qui n’est pas native de l’Ecosse.
En gardant à l’esprit le lien de Bríd avec les premiers signes du printemps, on peut associer la déesse avec les premières fleurs qui éclosent en Irlande. Parmi celles-ci, la pâquerette, dont le nom en anglais, daisy, vient de ‘day’s eye’ (oeil du jour) et dont l’équivalent latin est ‘oeil du soleil’

Sources : brigitsforge, brighid.org, reuliulbride, realmagick, wikipedia, wikipedia, examiner, d’abord publié le 20/03/2012 sur la Caverne de Morrigan, complété ce jour pour le blog Scáthcraft.

Infos compilées
ici pour l’article d’origine

artiste : Miranda Gray

Cette déesse est peut-être l’une des plus anciennes de l’Europe celtique : de l’Irlande à l’Espagne, en passant par la Grande Bretagne et la France, on la nomme Brighde, Bride, Brigantia, Brigandu, Brig et Brighid. Son nom signifierait ‘l’exaltée’ ou ‘la haute’, ou bien encore ‘pouvoir’ ou ‘renom’ ou ‘flèche ardente’ (Breo Saighead). L’orthographe irlandaise ancienne, Brigit [briyid], a cédé la place à Brighid puis à la graphie moderne Bríd [briid].

En Irlande, Bríd avait de nombreuses prêtresses à Kildare, où un feu sacré brûlait en permanence dans son sanctuaire. Il y avait 19 prêtresses (symbolisant le cycle de 19 ans de la « Grande Année » celtique) qui s’occupaient du feu à tour de rôle. Le 20e jour de chaque cycle, le feu sacré était, dit-on, entretenu par Bríd elle-même. Le feu fut maintenu, même après que le sanctuaire ne soit devenu un couvent, jusqu’en 1220, date à laquelle l’Archevêque Henry de Dublin ordonna qu’il soit éteint.

Dans le mythe celte, Bríd est fille du Dagda, le Dieu à la Grande Connaissance. C’est une déesse triple, mais pas selon l’archétype Vierge-Mère-Vieille classique, dont les trois aspects sont liés au feu :
– le feu de l’esprit car elle est la poétesse, la muse, déesse de l’inspiration, de l’apprentissage, de la divination et de la connaissance occulte.
– le feu de la forge des maréchaux-ferrants, faisant de Bríd à la fois la déesse des forgerons, des ferronniers et celle des voyageurs.
– le feu du foyer, autour duquel les femmes apprennent à soigner et à guérir, car elle est la déesse des guérisseuses et des sages-femmes.

Le Livre des Invasions nous raconte que Bríd (qui fait partie des Tuatha dé Danann) épouse Bres, le roi des Fomoires dans l’espoir que les deux peuples parviennent à la paix. Ils ont un fils nommé Ruadan. Les Fomoires envoient Ruadan tuer Goibniu, le forgeron des Tuatha dé Danann, mais Ruadan se fait tuer. Bríd pleure son fils en hurlant, inventant le ‘keening’ (le cri de lamentation des banshees) qui s’entend à travers toute l’Irlande.

Bríd est par ailleurs associée aux rivières et aux puits. En Irlande, de nombreux “Tobar Bhríde” (puits de Bríd) sont activement visités et entretenus. Comment une déesse dont le nom est lié au feu (et par extension au soleil) peut-elle se retrouver associée à l’eau ? Le folklore permet d’éclairer un peu ce rôle : en hiver, la Cailleach enferme Bríd dans une montagne de glace et l’oblige à laver sa cape jusqu’à ce qu’elle soit totalement blanche (symbole de la neige). Le fils de la Cailleach, Angus, tombe amoureux de Bríd et la libère au tout début du printemps, ce qui fait fondre la glace et la neige. Libérées, les eaux coulent à nouveau, nourrissant la terre, gonflant les rivières et remplissant les puits. Elles imprègnent les graines, bourgeons et racines qui dormaient sous le manteau neigeux, et relancent le cycle de la vie.

Bríd, qui est honorée à la fête d’Imbolc, une des 4 « Fêtes du Feu » de l’année celtique, est associée à la fertilité des troupeaux (des brebis notamment, et justement la fête d’Imbolc coïncide avec la période de l’agnelage). Mais cette fête, aussi appelée « Oi-melg » (lait de la brebis) se situe exactement 9 mois après la fête de Bealtaine, dont la fonction principale est de célébrer la fertilité et la sexualité humaines en parallèle avec la fertilité de la terre. Il est donc probable que, dans la société celte pré-chrétienne, ce moment de l’année ait vu pas mal de naissances humaines. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que Bríd soit la patronne des sages-femmes et, par extension, de la guérison.

Extrait de La seconde Bataille de Magh Tuireadh,

traduction personnelle publiée à l’origine ici le 9 avril 2012

Or après que la lance lui eût été donnée, Ruadán se tourna et blessa Goibniu. Mais il retira la lance et la jeta à Ruadán, de sorte qu’elle le transperça, et qu’il mourit en présence de son père dans l’assemblée des Fomoire. Alors Brígh vint et pleura son fils. Elle hurla d’abord et pleura ensuite. De sorte qu’alors pour la première fois les pleurs et les hurlements se firent entendre en Irlande. Or c’est cette Brígh qui inventa un sifflet pour se signaler la nuit.

Extrait du Glossaire de Cormac

Brigit, c-à-d. une poétesse, fille du Dagda. Cette Brigit est une poétesse, ou une femme de poésie, c-à-d. Brigit une déesse que les poètes vénèraient, car très grande et très noble était sa protection. Par conséquent ils la nomment déesse des poètes par ce nom. Dont les soeurs étaient Brigit, femme guérisseuse,
Brigit, femme forgeronne, c-à-d. des déesses, dont les noms devinrent pour tous les Irlandais une déesse Brigit. c-à-d. breo-saigit, une flèche ardente.

3 commentaires pour Bríd

  1. Noko Chan dit :

    Le « Keening » dans ta description me fait beaucoup penser aux femmes venant de pays comme la Grèce (si je ne me trompe pas) qui pleurent et crient à l’agonie la perte d’un être cher. En fait c’est ce rapprochement aux cris des Banshees qui m’y fait penser.

    C’est une Déesse qui attise ma curiosité depuis déjà quelque temps.
    Ton article est passionnant!

    • C’est vrai qu’on a tendance à associer les pleureuses à des cultures plus méditerranéennes : on les trouve déjà dans l’antiquité en Egypte, la tradition a été présente en Grèce, en Italie, en Espagne et il me semble qu’elle perdure dans pas mal de pays d’Afrique, où il y a des pleureuses professionnelles. De nos jours, dans nos pays européens, « ça ne se fait pas » de laisser libre cours à sa douleur : on pleure derrière des voilettes ou des lunettes de soleil. Le chagrin doit être discret, presque invisible, et une période de deuil trop longue est considérée comme « anormale ». J’en sais quelque chose, les toubibs que j’ai vus ont essayé de stopper mes larmes à grands coups d’anti-dépresseurs… qui n’ont servi à rien, alors que mon travail avec la Morrigan (avec des séances d’expression libre de mon chagrin, par des larmes, des cris et des destructions d’objets) m’a permis de « vider mon sac »… Je n’avais pas commencé à travailler avec Bríd à ce moment-là, mais le principe est le même.

  2. Drenagoram dit :

    Un Eclairage Savant , apporte aux Trois Visages ,
    Ce Fort Joli Tissage , sur l’Âme au demeurant ,
    Résidant de son Vivant , aux Croisements de nos Âges ,
    Quand l’Hiver au pas Sage , invite en Flore Printemps .
    ~
    NéO~

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