Réhabiliter les Ténèbres (traduction)

Réhabiliter les Ténèbres dans le Paganisme : un Appel à l’Equilibre
par John J. Coughlin
article d’origine : Reclaiming Darkness in Paganism : a Call to Balance
traduction Caitlín Urksa, précédemment publiée le 24/06/2010 sur La Caverne (blog désactivé)

Sur internet, j’utilise le titre de « DarkWyccan », ce qui entraîne souvent des réactions mitigées parmi les Païens; certains sont juste curieux de savoir ce que je veux dire par « sombre », mais une majorité est véritablement offensée. Immédiatement, on m’associe au mal et on m’accuse d’encourager les stéréotypes négatifs envers la sorcellerie. (En fait le « Dark » dans le nom se rapporte à mon style vestimentaire et mon penchant pour l’imagerie macabre mais c’est une autre histoire!)

Il est vrai que le mot « sombre », comme le mot « sorcière », a longtemps été utilisé en association avec le concept du Mal dans la société occidentale moderne. En tant que païens nous savons qu’une sorcière n’est pas nécessairement mauvaise. Nous avons travaillé dur pour réhabiliter le terme « sorcière », ne serait-ce que pour pouvoir nous libérer de notre propre conditionnement social qui veut que « sorcière » soit synonyme de « mauvaise ». En cherchant à réhabiliter le mot « sorcière » nous nous sommes souvent distingués des autres termes chargés négativement dans l’opinion publique. La façon la plus simple d’effectuer cette distanciation était de se focaliser sur des images associées avec le bien, comme la « lumière ».

Toutefois, cela pose un problème. La façon dont les païens voient la dualité clair/sombre n’est pas la même que celle de la société occidentale moderne, qui a été grandement influencée par la pensée chrétienne pendant de nombreux siècles. Le point de vue occidental est basé sur un dualisme marqué entre deux parties irrémédiablement séparées. Ces deux parties sont indépendantes et peuvent être complémentaire ou en conflit. Dans le cas de la pensée occidentale traditionnelle, le symbolisme clair/sombre est profondément enraciné dans le dualisme éthique chrétien symbolisé par la bataille du bien (clair) et du mal (sombre). La paganisme, par contre, a adopté un point de vue basé sur le monisme, où la dualité est le plus souvent perçue comme deux aspects d’un tout qui les englobe. Les dualités comme celle du clair/sombre existent donc comme des polarités – deux aspects opposés mais complémentaires d’un tout. Le yin-yang, qui montre chaque « moitié » comme une partie d’un ensemble plus grand, chacune contenant un aspect de son contraire, est un symbole de polarité qui nous est familier.

Cette polarité clair/sombre de la pensée païenne n’est plus la même que le dualisme bien/mal, mais plutôt associée à des principes complémentaires comme création/destruction, externe/interne, attirant/repoussant, clarté/mystère, actif/passif, solide/fluide, statique/dynamique, masculin/féminin, et ordre/chaos, pour n’en nommer que quelques-uns. Les connotations morales qui étaient opposées dans le dualisme clair/sombre de la pensée occidentale traditionnelle ne s’appliquent tout simplement pas dans l’approche moniste. (Ne confondez pas « monisme » et « monothéisme », ce sont deux choses totalement différentes.)

Ayant été élevés dans une société basée sur le dualisme, nous avons l’habitude de vouloir décomposer les choses, même lorsque nous choisissons une spiritualité basée sur le monisme. Ainsi, lorsque nous, païens (provenant d’un environnement judéo-chrétien pour la plupart), avons commencé à utiliser l’imagerie de la lumière (bien), empruntée à la pensée occidentale, en association avec le mot « sorcière », pour le réhabiliter par rapport à son association négative avec les ténèbres (mal), nous avons inconsciemment altéré la polarité clair/sombre de la pensée païenne pour qu’elle s’accorde à cette imagerie. La dualité dans un monisme n’est pas la même que la dualité dans un dualisme.

En outre, lorsque le paganisme est devenu plus ordinaire dans les années 1980 et 1990, on a porté moins d’attention à l’étude et à la pratique, et malheureusement de nombreux auteurs ont popularisé le concept de « sorcellerie instantanée » tandis que les livres de type « A.B.C » inondaient le marché. Des covens et même des traditions ont été formés par des novices, et pourtant ont accueilli des étudiants. Ceci a eu (et a toujours) des résultats radicaux lorsque cela s’est mélangé aux influences New Age qui dépouillent de leur contexte culturel les diverses croyances et leurs associations négatives, pour produire une forme plus acceptable, plus à la mode, qui est mise en oeuvre par les masses. Le paganisme a été envahi de débutants manquant d’orientation et de clarté. Bien que je sois un ardent défenseur de la validité de la pratique en solitaire, le changement soudain de majorité de coven à solitaire a eu un coût.

Normalement, lorsque quelqu’un commence à étudier et à pratiquer une religion païenne, il y a un changement dans son point de vue spirituel du dualisme vers le monisme. Ce changement est un processus interne – une initiation – et se produit à la fois chez les solitaires et les membres de covens. L’auto-dédication externe ou le rituel d’initiation utilisent une imagerie qui permet de catalyser l’initiation interne; sans cela, de tels rituels sont vides et inutiles. L’une des raisons pour lesquelles les novices de coven doivent attendre un an et un jour avant une initiation formelle est de laisser au novice le temps de faire l’expérience des mystères de l’Art; une compréhension personnelle du symbolisme païen dans un contexte approprié. Bien sûr le même processus peut survenir à un solitaire dévoué, avec de la discipline et de la motivation. Un changement de point de vue ne peut se produire qu’à travers la pratique et l’expérience. Il faut travailler sous les principes du nouveau point de vue avant que ne se produise un déclic et qu’il ne devienne une partie de nous-mêmes, et cela prend du temps et des efforts, deux choses que de nombreux novices livrés à eux-mêmes (ou de professeurs non qualifiés) ne parviennent pas à voir.

C’est très proche du choc culturel. Lorsqu’on ne peut pas s’identifier à une culture étrangère, ses pratiques qui ne rendent pas hommage à notre propre culture peuvent sembler étranges ou barbares. Si, toutefois, nous devions vivre dans le contexte de cette culture, nous finirions par voir ces pratiques en contexte et peut-être par apprécier (ou au moins comprendre) les pratiques locales dont nous nous étions moqués. Ce qui se produit de plus en plus dans la communauté païenne, c’est un influx de personnes qui prennent son symbolisme et ses pratiques en dehors du contexte de monisme, et les traduisent pour qu’ils correspondent à leur propre contexte basé sur le dualisme. Le clair et le sombre deviennent opposés et les polarités sont déséquilibrées puisque tout ce qui est associé aux ténèbres est désavoué. Des religions païennes populaires comme la Wicca deviennent « fluffy » en perdant leur profondeur. De tels païens ne sont pas réceptifs aux défis faits à leur niche spirituelle confortable. Ils y trouvent une libération des aspects trop étouffants de leur religion précédente, tout en trouvant sécurité et encouragements de la part des traditions les plus flexibles. La flexibilité peut aller jusqu’à l’extrême où tout ce qui ne nous convient pas peut être jeté sans regret.

A moins que ce déséquilibre ne soit corrigé, les vrais mystères qu’offre le paganisme sont perdus. Les traditions païennes deviennent des coquilles vidées de ce qu’elles étaient avant et le sens communautaire est brisé par les « guerres sorcières » et les politiques idiotes. Avant de pouvoir récupérer nos croyances, nous devons d’abord réhabiliter les « ténèbres » et encourager cette réhabilitation de l’intérieur. La route devant nous ne sera pas aisée, mais avec l’effort de ceux qui sont sérieux par rapport à l’Art, nous pourrons l’extirper progressivement du cloaque de l’ignorance, et à nouveau apprécier les vrais enseignements et mystères qu’offre le paganisme.

Pour finir sur une note positive, j’ai remarqué de nombreux livres récents qui commencent à mettre l’accent sur la pratique et s’éloignent des livres à l’emporte-pièce qui suivent le même format d’information générique complétée par des sorts et rituels de remplissage et des graphismes tape-à-l’oeil. De nombreux livres depuis la fin des années 90 commencent à se concentrer sur les principes et le sens derrière la pratique, et à s’appuyer sur des recherches saines et des expériences personnelles. Malheureusement il y aura toujours des auteurs et des éditeurs peu scrupuleux qui continueront à être motivés uniquement par le profit, mais c’est rassurant de savoir que certains auteurs établis commencent à prendre conscience de leur responsabilité et à ne pas sous-estimer leur influence – pour le meilleur ou pour le pire – sur l’Art.

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Crone, ou quand la traduction approximative nuit…

Précédemment publié (22/06/2011) sur La Caverne (blog désactivé)

Je sais que je chipote quand il s’agit de traduire (déformation à la fois professionnelle et intellectuelle), mais là, il y a un sens supplémentaire que les traductions approximatives font disparaître. En effet, sur les sites anglophones, on trouve Maiden, Mother and Crone, mais les traductions de crone que l’on trouve sur les sites francophones sont bien souvent trop politiquement correctes, et finissent par tuer le sens réel du mot.

Je m’explique : je veux bien admettre que l’on traduise maiden par jeune fille ou demoiselle (car maiden porte à la fois ces 2 significations, ainsi que le sens de vierge, qui a pris un sens très spécifique en français), mais je ne suis absolument pas d’accord pour la traduction de crone par vieille femme ou pire, vieille dame.

Le mot crone, lorsqu’il est employé dans la vie de tous les jours, est véritablement péjoratif, c’est la vieille bique, et le choix de ce mot plutôt que de old lady ou old woman n’est pas anodin. Malheureusement, en ces temps de politiquement correct, dire « une vieille » choque (pour bien aller, il faudrait même dire senior de genre féminin), alors les francophones qui traduisent les textes mettent vieille dame ou vieille femme.

Seulement voilà, une vieille dame, ce n’est vraiment pas la même chose qu’une vieille bique ! Et confondre les deux (ou masquer la vieille bique sous un terme plus flatteur), c’est oublier/passer sous silence que la crone est d’aspect déplaisant, effrayant, repoussant : ce n’est absolument pas la vieille dame qui sent l’eau de Cologne à la lavande !

C’est une vieille bique sauvage et ricanante, qui sent le sang, la moisissure, la pourriture (entre autres odeurs sympathiques), et à qui on n’a vraiment pas envie de faire des bisous.

Et tout est là, car la Vieille nous oblige à aller au-delà de nos peurs, au-delà de notre dégoût. Elle nous demande d’oublier le politiquement correct, la mode, le culte de la beauté et du jeunisme, pour aller puiser la sagesse qui se cache derrière son aspect repoussant et effrayant.

Elle nous demande de transcender notre répulsion, car ce n’est qu’en acceptant le fait que nous sommes mortels (et donc « condamnés » à vieillir, à nous rabougrir, à perdre l’énergie, la beauté et la souplesse de la jeunesse), en acceptant le fait que ces changements ne sont pas une déchéance mais l’évolution normale de tout être de chair (qui naît, grandit, mûrit, vieillit, meurt et se décompose…), et que c’est seulement en acceptant notre mortalité que nous pouvons atteindre la sagesse et la sérénité qui vont avec : le cycle de naissance/vie/mort est indispensable pour qu’il y ait renaissance.

Refuser la décrépitude de l’âge (et appeler la crone une vieille dame), c’est rejeter la sagesse que la Vieille nous apporte, cette sagesse qui vient de l’expérience et des épreuves acquises au fil du temps.

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Thym Citron

Thymus citriodorus, le thym citron (aussi appelé Thymus serpyllum citratus, Thymus serpyllum citriodora), est un sous-arbrisseau de la famille des Lamiacées. De récentes analyses semblent suggérer que Thymus citriodorus est en réalité une espèce à part entière, originaire d’Europe et d’Asie, et n’ayant pas de parenté avec Thymus vulgaris ou Thymus pulegioides (alors qu’on a longtemps cru qu’il s’agissait d’un hybride de ces deux espèces).

Thymus citriodorus est un petit arbrisseau très ramifié, dont les vieilles tiges sont lignifiées à la base. Les feuilles sont opposées, ovales et longues de quelques millimètres. Il existe des variétés unicolores et bicolores. Thymus citriodorus demande une situation ensoleillée pour se développer. Il préfère les sols drainants, supporte les sols pauvres, caillouteux, calcaires, et il devient résistant à la sécheresse une fois installé.

Au début de l’été (juin-juillet), chaque rameau produit de petites grappes de fleurs roses, qui attirent toutes sortes d’insectes pollinisateurs. Le thym citron peut atteindre une hauteur de 30cm, mais beaucoup de variétés sont rampantes et se limitent à 10cm de hauteur. Ce qui caractérise le thym citron est l’odeur d’agrume dégagée par le feuillage lorsqu’on l’effleure ou le froisse.

Le thym citron supporte une taille légère, sans atteindre les branches lignifiées. Les fleurs défleuries peuvent être taillées afin de dégager les feuilles. Sa longévité est relativement limitée, du fait du vieillissement des tiges lignifiées : il peut dépérir au bout de 4 à 5 ans. Pour le conserver, il faut régulièrement faire des boutures ou marcottes, qui permettent de rajeunir les pieds : prélever une dizaine de boutures comportant à la fois des tiges jeunes et vertes et des branches marrons lignifiées, qu’on enterre en biais jusqu’à recouvrir une partie de la tige jeune. Un bon arrosage durant 1 ou 2 semaines et la reprise est assurée. Le bouturage est facile au printemps, et en août et septembre.

Les feuilles et les fleurs aromatisent viandes et poissons ou entrent dans la composition de tisanes. Elles sont récoltées au printemps et en début d’été, avant que les fleurs ne soient entièrement épanouies, et de préférence le matin. Pour se conserver, le thym citron doit sécher rapidement.

Propriétés Médicinales
Il est antiseptique, antitussif et même cicatrisant. L’infusion de feuilles est un excellent décongestionnant et un bon tonique quand on couve un rhume.
Les feuilles et l’huile essentielle sont utilisées pour apaiser l’asthme, ainsi que comme antiseptique respiratoire.

L’ingestion de thym citron facilite la digestion. On peut aussi l’utiliser en gargarismes ou en bain de bouche assainissant.

Propriétés Magiques
Élément : Eau. Planète Maîtresse : Soleil.
Il aide à garder une attitude positive, à dissiper la tristesse et la mélancolie. C’est aussi une plante purifiante et protectrice, qui peut être utilisée dans ce but en magie.

Sources : aujardin.info, homejardin.com, fr.wikipedia, en.wikipedia, herbs2000.com
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La Magie, les attentes et l’état d’esprit (reblog)

Précédemment publié le 29/06/2011 sur La Caverne (blog désactivé)

Beaucoup de gens se tournent vers la Magie quand aucune autre solution ne leur semble possible. C’est logique, dans un sens, puisque la société dans laquelle nous vivons relègue la Magie au rang de superstition. Du coup, lorsqu’on est désespéré, lorsqu’on a essayé mille solutions logiques qui n’ont pas fonctionné, on se tourne, en dernier recours, vers l’occulte. Seulement voilà, l’idée que beaucoup de gens se font de la Magie est fausse (et ceux qui tentent de vous faire croire le contraire sont des charlatans ou pire) : on ne peut pas résoudre tous les problèmes d’un coup de baguette magique, ou avec un rituel (que, personnellement, je préfère appeler sort, car le mot rituel, pour moi, est plus spirituel).

Donc parlons clairement : qu’est-ce que la Magie ? C’est l’effet de la volonté du mage (celui/celle qui pratique la Magie) sur les énergies qui l’entourent.

Pour prendre un exemple plus concret, les énergies sont comme un balancier de Newton. Un certain équilibre fait que les billes du balancier sont en apparence immobiles jusqu’à ce que j’imprime un mouvement à une des billes. Ce mouvement se transmet d’une bille à l’autre : mon action entraîne une réaction, parce qu’elle modifie l’équilibre de départ. En Magie, c’est pareil : ma volonté (le seul outil qui soit absolument indispensable) modifie l’équilibre des énergies qui m’entourent, elle imprime un mouvement à ces énergies et ce mouvement va se transmettre et se transformer en effet.

La différence, c’est que, contrairement aux billes du balancier de Newton, les énergies ne sont pas tenues par des fils. Pour garder mes billes comme exemple, l’effet d’un sort magique serait plutôt comparable à ce qui se passe sur un billard… Mon action va entraîner toute une série de mouvements aux énergies. A force d’entraînement et de pratique, on peut prévoir ces mouvements, comme un joueur de billard expérimenté sait comment les billes vont réagir à son coup. Ceux d’entre vous qui ont déjà joué au billard (ou observé des joueurs) savent que selon l’endroit où le joueur frappe la bille (en haut, en bas, à droite, à gauche), le mouvement imprimé ne sera pas le même, et le résultat des réactions en chaîne sera complètement différent. C’est exactement la même chose en Magie, et c’est là que les problèmes arrivent…

Car l’état d’esprit du mage, au moment de pratiquer son travail magique, est extrêmement important et va influencer grandement le résultat. Prenons deux mages d’expérience égale pratiquant le même sort. L’un est dans un état d’esprit positif (serein, concentré, sûr de lui), l’autre dans un état d’esprit négatif (perturbé, angoissé, hésitant). Que croyez-vous qu’il va se produire ? Pensez-vous que les deux sorts auront le même résultat ? Il est évident que celui qui est dans un état d’esprit négatif a moins de chances que son sort fonctionne dans le sens souhaité que son compère. A partir de là, il est facile de comprendre pourquoi les sorts faits lorsqu’on est stressé, perturbé par un problème, fatigué ou autre ont une fâcheuse tendance à ne pas avoir les effets escomptés (ou pire, à tourner au vinaigre). Il est capital, dès l’instant où on décide de faire un travail magique, d’utiliser en premier lieu sa volonté pour se mettre dans un état d’esprit propice au bon déroulement de la tâche qu’on a choisi d’accomplir. Un mage perturbé, stressé, fatigué et hésitant n’est pas en état d’accomplir son travail magique. Et je vais plus loin : s’il n’est pas capable d’agir sur son propre état d’esprit, comment peut-il espérer agir sur les énergies ?

Je considère depuis toujours que la Magie ne doit pas être utilisée à la légère, car il ne faut pas se leurrer, tout acte magique a des conséquences multiples et complexes (c’est pour ça que la comparaison avec le billard me semble plus qu’appropriée). Il me paraît donc plus que nécessaire, avant d’entreprendre un travail magique, d’utiliser sa volonté pour s’auto-contrôler. La plupart du temps, ce travail va apporter les effets les plus bénéfiques : le désamorçage de ses propres énergies négatives, la focalisation sur ce qui est véritablement prioritaire, l’acceptation des désagréments secondaires, qui vont permettre (ou du moins aider) une reprise de contrôle de la situation. Et, souvent, lorsque cette reprise de contrôle a lieu, on s’aperçoit que le recours à la Magie n’est pas forcément nécessaire, qu’il y a d’autres moyens d’agir sur la situation.

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Les Corbeaux de la Tour de Londres

Précédemment publié le 29/10/2010 sur La Caverne (blog désactivé) (mis à jour 02/06/2017)

La Tour de Londres a toujours été un des mes endroits préférés dans la capitale britannique (malgré les longues files d’attente pour y entrer), non pas pour les Joyaux de la Couronne qui y sont exposés (faut aimer le bling-bling extrême, ce n’est pas mon cas), mais parce que, d’une part, la Tour Blanche date de l’époque de Guillaume le Conquérant (1066) et ses pierres portent toute l’histoire du lieu, et d’autre part, parce que la légende des corbeaux de la Tour de Londres est si importante pour les Anglais que le gouvernement britannique pourvoie à l’entretien d’une demi-douzaine de corbeaux. Cette légende, je l’avoue, m’a toujours fascinée (bien avant que je fasse la rencontre de la Dame), et chaque fois que j’ai visité (et fait visiter) la Tour, je n’ai pas manqué de chercher les corbeaux et de raconter leur légende.

Le corbeau est mentionné dans les légendes celtiques, où il est associé à la Morrigan, mais aussi au fils du dieu la mer, Bran Fendigaid (‘Bran’ signifie Corbeau).

La légende des corbeaux de la Tour fut mise en place, principalement, par le chroniqueur médiéval Geoffrey de Monmouth, qui relata de nombreux mythes et légendes gallois. En 1136 Geoffrey de Monmouth écrivit Historia Regum Britanniae (Histoire des Rois de Bretagne).

Dans ce livre, il mentionne un ancien roi britannique, Bran Hen de Bryneich (né vers 485), tué à la bataille, et qui aurait demandé à ce que sa tête soit enterrée, comme talisman contre les invasions, à Gwynfryn (la Butte Blanche), lieu où la Tour de Londres se tient aujourd’hui.

En référence à ce Bran, le roi Charles II décréta qu’au moins 6 corbeaux devaient être gardés à la Tour à tout moment, pour empêcher les désastres : l’Observatoire Royal était situé dans la tour nord-est de la Tour Blanche, et John Flamsteed, l’astronome, se plaignit au roi du fait que les corbeaux gênaient ses observations.

Le roi ordonna leur destruction, mais on lui répondit que si les corbeaux quittaient la Tour de Londres, la Tour Blanche s’effondrerait et qu’un désastre frapperait l’Angleterre. Ne voulant pas tenter le sort en s’opposant à une ancienne légende, Charles II changea d’avis et décréta que les corbeaux devaient être protégés.

Gripp et Jubilee, mangés par un renard en 2013, ont été remplacés par des homonymes.

Par respect pour la légende et pour le décret de Charles II, il y a toujours au moins six corbeaux logés à la Tour de Londres. Chacun peut être identifié par une bague de couleur.

Un Yeoman Warder (nom des gardes de la Tour) tient le rôle particulier de Ravenmaster et s’occupe de les nourrir et de les soigner. Pour les empêcher de s’enfuir, les plumes d’une de leurs ailes sont coupées, ce qui déséquilibre leur vol, de sorte qu’ils ne vont pas bien loin de la Tour.

Le Ravenmaster (sa page FB) actuel, Chris Skaife, a réduit d’un tiers la coupe des plumes rémiges primaires, ce qui fait que les corbeaux peuvent désormais voler jusqu’au sommet de la White Tower (alors que jusqu’à présent, ils ne pouvaient que voleter – ce qui a coûté la vie à Gripp et Jubilee, en 2013 puisqu’ils n’ont pas pu échapper au renard qui les a attaqués). (article du Telegraph)

Les corbeaux Odin et Thor, deux frères, avaient l’habitude d’imiter la voix du Ravenmaster, en vocalisant des ‘Bonjour’, ‘Allez, viens’, ‘Où est le mien?’. Ces deux oiseaux sont morts en 2003. On a pu observer, à la Tour de Londres, que lorsqu’un des membres du groupe meurt, les autres corbeaux lui font des ‘funérailles de corbeau’ : 24 heures de croassements.

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Glastonbury (reblog)

Précédemment publié le 27/09/2010 sur La Caverne (blog désactivé)

Je sais que j’en ai déjà parlé ailleurs auparavant, mais je ne peux pas m’en empêcher. Les lieux que je vais décrire ici m’ont tellement marquée que j’ai besoin d’y retourner périodiquement, au moins en images et en mots, faute de pouvoir m’y rendre physiquement. Comme j’aime à le dire, la moitié de mon âme est restée à Avebury, et mon cœur est toujours à Avalon…

Glastonbury, l’ancienne Avalon, est une petite ville du Somerset, en Angleterre, à 50km au sud de Bristol. Avec ses 10.000 habitants, cette ville attire, depuis le début du 20e siècle, nombre de visionnaires, d’occultistes, d’artistes, de musiciens, de guérisseurs, et les ‘alternatifs’ forment aujourd’hui 30% de la population. C’est un centre spirituel multiconfessionnel où se retrouvent Protestants, Catholiques, Spiritualistes, Bouddhistes, Chamans, Prêtresses de la Déesse et bien d’autres esprits libres.
Mais qu’a donc cette ville de si attirant ? Qu’est-ce qui fait que tant de gens s’y rendent en pèlerinage ?

On trouve à l’ouest de Glastonbury, les Somerset Levels, une terre de marécages en grande partie asséchés, pourvue de plusieurs grandes réserves naturelles. Glastonbury se tient sur une île, ou plutôt un isthme, l’Ile d’Avalon, surplombée par le Tor, une colline sacrée. Jusqu’en 1620, où les Levels furent drainés, Avalon était isolée, un endroit à part. Bien avant l’époque chrétienne, Avalon était le foyer d’un collège druidique et elle abritait un des trois chœurs perpétuels d’Angleterre comme le mentionnent les Triades Celtiques (les deux autres étaient sur les îles d’Anglesey et d’Iona).

A Beckery, à l’ouest de Glastonbury, une petite butte (à droite de la photo, devant la colline de Wearyall) dénommée Bride’s Mound est, selon la légende, l’entrée occidentale d’Avalon, où les pèlerins passaient une nuit de veille avant d’entreprendre le chemin processionnel vers Avalon et le Tor. Bride’s Mound semble avoir conservé cette fonction lors de la transition vers la période chrétienne.

Venons-en aux chrétiens, justement. D’après la tradition, en 37 après JC, Joseph d’Arimathie, un Essénien qui avait offert sa tombe à Jésus, vint se réfugier à Glastonbury après la Crucifixion. Il débarqua à Wearyall Hill, où il planta son bâton, qui prit racine et devint un arbre (il y a plusieurs aubépines sacrées à Glastonbury, rejetons de l’arbre de Joseph, les plus célèbres étant à Wearyall Hill -sur la photo- et dans l’Abbaye. Elles fleurissent début Janvier et portent à la fois leurs fruits et leurs fleurs, évoquant ainsi un symbole puissant : la vie et la mort en même temps).

Or, les Celtes avaient un dieu nommé Esus qui mourait et revenait à la vie. Quand ils entendirent Joseph parler de Jésus, ils firent le rapprochement avec Esus et offrirent à Joseph une partie d’Ynys Witrin. Joseph et ses 12 compagnons y construisirent la première église chrétienne d’Angleterre. La Chapelle St Mary, le point le plus occidental de l’Abbaye, marque le site de l’église originelle de Joseph.

Parmi les ‘célébrités’ venues à Glastonbury, il est mentionné dans les écrits de William de Malmesbury et de John de Glastonbury que Ste Brigid de Kildare aurait visité Glastonbury en 488, et qu’elle aurait passé du temps à Bride’s Mound, où, selon la tradition, il y avait un sanctuaire en bois dédié à Marie Madeleine. Deux chapelles de pierre furent par la suite dédiées à Ste Brigid, construites successivement à l’endroit où le sanctuaire de Marie Madeleine se tenait.


Située dans un parc de 15 hectares au coeur de la ville, l’Abbaye de Glastonbury est, d’après la tradition, le premier sanctuaire chrétien de Grande Bretagne. Historiquement, une communauté de moines était déjà établie à Glastonbury lorsque le Roi Ine de Wessex demanda à ce qu’une église en pierre soit construite en 712, dont les fondations forment la partie la plus occidentale de la nef. L’église fut agrandie au Xe siècle par l’Abbé de Glastonbury, St Dunstan, qui devint Archevêque de Canterbury en 960. Lors de la conquête normande en 1066, la richesse de Glastonbury en fit un prix de premier choix. Le nouvel abbé normand, Turstin, fit agrandir l’église, en construisant à l’est de la vieille église saxonne. En 1086, l’Abbaye de Glastonbury était le monastère le plus riche du pays. Au XIIe siècle, la nef fut rénovée afin d’accueillir les messes, tandis qu’était construite la nouvelle grande église. D’après le chroniqueur Giraldus Cambrensis, en 1191, l’abbé Henry de Sully ordonna des fouilles, et découvrit, à 5 m de profondeur, un tronc creux qui contenait deux squelettes : un homme de grande taille et une femme dont les cheveux blonds étaient intacts jusqu’à ce qu’on les touche. Au-dessus, sous la pierre de couverture, se trouvait une croix de plomb portant l’inscription « Hic jacet sepultus inclitus rex Arthurus in insula Avalonia » (Ci gît le célèbre Roi Arthur enterré sur l’Ile d’Avalon). Les pèlerinages, évidemment, furent relancés par cette découverte et, un siècle plus tard, les ossements furent placés dans des cercueils et transférés dans une tombe de marbre noir au pied du maître autel de la grande église. Ils y restèrent jusqu’à ce que l’Abbaye soit pillée et vandalisée en septembre 1539, pendant la Dissolution des Monastères.

Le Tor de Glastonbury est une colline en forme de larme qui porte une tour sans toit, la Tour St. Michael. Le mot ‘tor’ est un terme local, d’origine celtique, qui signifie ‘colline conique’. Le Tor a une situation frappante au milieu de la plaine. Avant que les Levels ne soient asséchés, le Tor s’y dressait comme une île. De nos jours, c’est une péninsule entourée sur trois côtés par la rivière Brue.

Le Tor est ancien, l’archéologie moderne et le folklore sont d’accord sur ce point. Des outils de la période néolithiques ont été retrouvés au sommet du Tor, et des traces d’occupation à l’Age Sombre autour de ce qui serait plus tard l’église St. Michael : bases de poteaux, deux foyers incluant une forge, deux tombes orientées nord-sud, des fragments d’amphores et une tête de bronze creuse qui aurait pu couronner un bâton saxon.

Le sommet du Tor fut aplani au Xe ou au XIe siècle pour y bâtir une église de pierre, ce qui a éliminé la plupart des traces archéologiques des périodes antérieures. Auparavant, il y avait apparemment une retraite monacale au sommet du Tor, probablement fondée au milieu du Ve siècle. Au début de XIIe siècle, une chapelle St Michael de Torre fut édifiée. Le 11 Septembre 1275, un tremblement de terre détruisit l’église St. Michael. Une autre église fut construite en 1323, qui survécut jusqu’à la Dissolution des Monastères en 1539. Les ruines de la Tour St. Michael furent restaurées à l’époque moderne.


Un chemin terrassé forme une spirale autour du Tor. Bien qu’il soit aujourd’hui très abîmé, on peut encore le suivre. Des études scientifiques estiment qu’il a pu être tracé il y a 4 ou 5000 ans, à peu près à la même époque que l’édification de Stonehenge. Geoffrey Russell et Geoffrey Ashe ont avancé l’idée que les terrasses du Tor seraient les restes d’un labyrinthe néolithique, un chemin cérémoniel dédié à l’ancienne Déesse britannique.

En tant que structure religieuse comparable à Silbury, le labyrinthe, s’il est confirmé, pourrait avoir une portée dans le débat concernant la religion néolithique centrée sur le culte d’une grande Déesse ou Déesse de la Terre Mère. Il a été noté que le profil des collines de Glastonbury, vues d’un certain angle, évoque une silhouette féminine en train d’accoucher, avec le Tor formant le sein gauche. D’autre part, les représentations anciennes de déesses montrent occasionnellement des lignes concentriques autour ou sur leurs corps.
Quoi qu’il en soit, la théorie avance qu’il y aurait eu à une époque sept chemins encerclant complètement le Tor le long de terrasses continues. L’érosion par le climat, par le piétinement humain et animal, et par les glissements de terrain ont rendu ce schéma difficile à prouver. Pourtant on peut distinguer les terrasses sur sept niveaux différents et, si elles ne sont plus continues, le labyrinthe peut être reconstruit assez aisément. Parfois, il est difficile de voir le chemin quand on est dessus alors qu’on le voit clairement de loin. Parfois une terrasse est presque invisible de loin, mais clairement définie lorsqu’on s’y trouve.

En fait, une personne désireuse de suivre le labyrinthe ne se retrouvera quasiment jamais devant la nécessité d’improviser, car il y aura toujours une marque qui lui permettra de continuer. L’examen de ce chemin montre qu’il se termine avant d’arriver au sommet. L’endroit où il disparaît soudain est marqué par une grosse pierre ovale, localement connue sous le nom de pierre-oeuf ou ‘eggstone’. Il n’y a que peu de grosses pierres sur le Tor et d’après leur positionnement, elles semblent être des marqueurs délibérés.

Le schéma en forme de labyrinthe de Crète (ainsi nommé car il apparaît sur des pièces de cette région, mais on le retrouve également sur un vase étrusque du VIIe siècle avant JC, sur un pilier à Pompéi, sur des rochers à Tintagel et en Irlande, et même chez les Indiens Hopi en Amérique), fut créé bien les Druides. Les labyrinthes en spirale sont fortement symboliques, leur interprétation la plus courante étant le voyage de l’âme à travers la vie, la mort et la renaissance. Depuis que cette théorie du labyrinthe a été suggérée, plusieurs milliers de personnes ont parcouru le chemin processionnel, ce qui n’est pas une mince affaire puisqu’il faut entre 4 et 6 heures d’efforts physiques et de concentration pour effectuer le parcours.

Ce qui est indéniable, c’est la puissance des éléments sur le Tor. Certains la décrivent comme un tourbillon, un vortex ou un point de rencontre d’énergies dans leurs formes les plus pures et les plus sauvages ; d’autres la décrivent comme un dragon primordial qui se tord, tourne et rugit pour qu’on le libère. Les habitants de Glastonbury parlent de la façon dont ils se sentent parfois obligés d’escalader les pentes du Tor, alors que d’autres fois, ils ne peuvent pas s’en approcher. Des siècles de légendes se sont accumulés autour de ce lieu. A leur façon, toutes ces légendes démontrent une chose : le Tor est un endroit où le voile entre les mondes est mince.


Chalice Hill est une des trois collines qui forment le coeur de Glastonbury. Elle se situe entre la ville et le Tor, cachant la masse de celui-ci lorsqu’on se trouve dans la ville. Cette colline a longtemps été considérée comme la plus sacrée des trois, et nombreux sont ceux qui croient qu’elle constitue la dernière cachette du Graal.

Deux des puits les plus anciens d’Angleterre, la ‘Source de Sang’ et la ‘Source Blanche’, comblent les pèlerins, qu’ils soient païens ou chrétiens, de sérénité et de répit. Des allées bordées de lavande et d’autres fleurs vivaces louvoient à flanc de colline à travers le jardin, offrant au visiteur quelques endroits abrités où il peut s’arrêter pour méditer ou rêver.

Chalice Well est un puits sacré qui aurait été bâti par les Druides. Les recherches archéologiques suggèrent qu’il a été utilisé quasiment en continu depuis au moins 2000 ans. Une source riche en fer, qui rend l’eau rouge, jaillit à cet endroit avec un débit de 115.000 litres par jour, et ne s’est jamais tarie, même pendant les périodes de sécheresse.

Comme les sources chaudes de Bath, à quelques dizaines de kilomètres, l’eau possèderait des qualités curatives. Au cours d’analyses contemporaines, l’eau s’est révélée être naturellement radioactive. Sa teinte rougeâtre lui a donné son nom de ‘Source de Sang’ (Blood Spring) ; de nos jours, cette teinte est associée au sang du Christ, puisque la mythologie chrétienne suggère que Chalice Well est le site où Joseph d’Arimathie aurait placé le calice ayant recueilli les gouttes de sang du Christ lors de la Crucifixion, reliant ainsi le puits aux spéculations entourant l’existence du Saint Graal.
Si l’on considère le Chalice Well d’un point de vue chrétien, le Saint Graal est à l’origine de l’apparition de la source. Dans ce cas, le sang du Christ mêlé à l’eau amènerait l’illumination et peut-être la résurrection et la vie éternelle.
Si l’on considère le Chalice Well comme étant plus ancien, d’origine pré-chrétienne, alors il est possible que ce puits ait été considéré comme un pont vers l’Autre Monde. Il peut aussi être associé avec la connaissance du ‘chaudron magique’, dans les eaux duquel une personne pouvait revenir à la vie. La croisée des deux mondes, chrétien et pré-chrétien, est représentée par le couvercle du puits, dessiné par l’architecte et archéologue Frederick Bligh Bond en 1919. Les deux cercles entrecroisés constituent le symbole connu sous le nom de Vesica Piscis, qui représente l’entremêlement des principes mâle et femelle, de la lumière et des ténèbres.

A moins de 100m du Chalice Well, une seconde source jaillit, la ‘Source Blanche’ (White Spring). Ses eaux, qui remontent de sous la terre crayeuse du Tor, sont riches en calcium mais, étonnamment, ne comportent aucune trace de fer.

Longtemps négligée, sans doute à cause de son faible débit, la Source Blanche a été récemment remise en valeur grâce à une initiative privée.

Le bâtiment qui l’abrite, un réservoir bâti à l’époque victorienne, offre un contraste surprenant avec les jardins du Chalice Well. Caverneux et à l’écart, il ressemble à une cathédrale mystérieuse dans laquelle l’eau s’écoule sur les murs, d’une hauteur de 5m.

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Les Vénus Préhistoriques (reblog)

Précédemment publié le 26/09/2010 sur La Caverne (blog désactivé)

Les Vénus préhistoriques sont des statuettes féminines réalisées en ivoire, en pierre tendre (stéatite, calcite, calcaire) ou en terre cuite. Il en a été découvert plus de 200, de dimensions relativement modestes, comprises entre environ 4 et 25 cm. L’aire de répartition est plus vaste que celle de l’art paléolithique, elle comprend la France, l’Angleterre, L’Italie, l’Allemagne, et plusieurs pays de l’est.
La datation de ces statuettes reste imprécise ou impossible, certaines ayant été découvertes avant les fouilles modernes, d’autres étant des trouvailles de surface. En règle générale, les Vénus préhistoriques concernent le début du paléolithique supérieur. La majorité des statuettes montre des femmes debout, les pieds formant une pointe. Les figurations pariétales, les plus souvent stylisées avec exagération de la région fessière, illustrent l’attitude penchée en avant. La position assise est beaucoup plus rarement représentée. La position accroupie, souvent interprétée comme une attitude d’accouchement, ne se trouve que dans deux exemplaires de statuettes (Sireuil et Tursac). La position couchée est encore plus exceptionnelle.
Un certain nombre de caractères généraux peut être dégagé :
· La partie centrale du corps (seins, ventre, fesses, cuisses et sexe) est toujours sur-représentée.
· Les mains, les pieds, les membres supérieurs et les jambes, sont négligés.
· Les traits du visage sont très rarement représentés.
· La fonction exacte de ces statuettes n’est pas connue.

La Vénus de Lespugue
original détérioré lors de sa découverte & reconstitution

Datant de 21 à 25.000 avant l’ère chrétienne, cette statuette haute de 147 mm, taillée dans une pièce d’ivoire de mammouth, est conservée au Musée de l’Homme de Paris. Elle a été découverte en 1922 à Lespugue (Haute-Garonne). Cette pièce est remarquable par sa stylisation extrême qui lui donne un accent de modernité. La tête est petite et ovoïde, dépourvue de détails anatomiques. Elle porte des traits gravés plus ou moins parallèles interprétés comme une figuration de la chevelure. Les seins et les fesses sont très volumineux, pratiquement sphériques. Les jambes sont courtes et se terminent par des ébauches de pieds. Sur la face dorsale, une série de stries part d’un trait horizontal situé sous les fesses. Ces stries ont fait l’objet de nombreuses interprétations, faisant notamment référence à une sorte de pagne.

La Dame de Brassempouy

Datant de 21 000 ans avant J.-C., ce minuscule fragment d’ivoire sculpté (36.5mm) a acquis le statut d’œuvre d’art. Il représente, dans un style réaliste, une tête de jeune femme, soigneusement coiffée, presque un portrait si la bouche n’avait pas été omise, omission qui est volontaire, compte tenu de la virtuosité du sculpteur.

La Vénus de Laussel

Découverte à Laussel (France) et datant de 20 à 23.000 avant l’ère chrétienne, elle a été sculptée en bas-relief de grandes dimensions (0,54 x 0,36 m) sur un bloc calcaire et peinte à l’ocre rouge. C’est un personnage féminin nu tenant dans sa main droite un objet interprété généralement comme une corne de bison. Sur cette corne se trouvent 13 encoches, qui pourraient représenter les cycles lunaires ou les cycles menstruels. Sa main gauche est posée sur son ventre, ce qui semble indiquer qu’elle est enceinte. Ce qui semble être sa chevelure tombe sur son épaule gauche.

La Vénus d’Aix

La Vénus d’Aix est une femme debout, jambes jointes, les avant-bras reposant sur les seins. Poitrine et bassin sont volumineux, un petit ventre rond surmonte un mont de Vénus proéminent. Les fesses remontent et sont séparées par un sillon. La tête est lisse sur le sommet et striée verticalement sur son pourtour. Le cou est marqué par un sillon. Les jambes s’arrêtent en-dessous des genoux, la statuette semble avoir été brisée. Étudiée par le CNRS, des traces d’outils métalliques ont permis de déduire qu’elle avait probablement moins de 2 siècles (ajout, merci à Alastor pour l’info)

La Vénus de Monpazier
photo modifiée, merci à Dubedout

Datant d’environ 30.000 ans avant J.-C., elle a été trouvée en 1970 à la surface d’un labour. Elle est petite, taillée dans de la stéatite verte. Sa vulve bien dessinée, ses fesses pointées en arrière et son ventre projeté en avant lui ont valu le surnom de Polichinelle.

La Vénus de Willendorf

Cette statuette de 110mm, en calcaire oolithique fait partie des plus connues. Elle date de 22 à 25.000 ans avant l’ère chrétienne. Elle représente une femme nue debout, présentant une forte obésité, les bras posés sur d’énormes seins. La tête finement gravée semble être entièrement recouverte par des tresses enroulées, le visage est donc caché. Des restes de pigments laissent supposer qu’originellement la statuette était peinte en rouge.

La Vénus de Dolní Věstonice

Mesurant 110 mm, elle est faite d’argile, cuite à une température assez basse. Elle date de 29 à 25.000 ans avant l’ère chrétienne.

La Vénus de Höhle Fels

Les fouilles de 2008 dans la grotte de Höhle Fels dans le sud-ouest de l’Allemagne ont permis la découverte d’une figurine sculptée dans de l’ivoire de mammouth. Cette figurine est l’un des plus anciens exemples connus de l’art figuratif dans le monde entier. La figurine féminine mesure 6 cm de haut, 3,5 cm de large et 3 cm d’épaisseur. Elle est constituée de 6 morceaux et est presque complète (il ne lui manque qu’une épaule et le bras gauche). La tête de la statuette a été remplacée par un anneau qui a permis de la suspendre et de la porter comme un bijou. C’est l’un des plus vieux bijoux retrouvé en Europe. Plutôt trapue, elle présente une poitrine et des fesses surdimensionnées par rapport aux bras et aux jambes. Les organes génitaux et les fesses sont les éléments les plus détaillés. La figurine présente des incisions horizontales qui s’étendent sur une zone comprise entre la poitrine et la pointe du triangle pubien. Ils pourraient être interprétés comme une enveloppe formant des plis, ou une sorte de vêtement. Les mesures de datation au radio carbone de l’ensemble des strates indiquent un âge compris entre -31000 et -40000 ans. Elle devient donc la plus ancienne vénus trouvée à ce jour et remet en cause la chronologie généralement admise de l’apparition des Vénus au paléolithique.

Ces figurations féminines n’avaient aucune utilité pratique dans le cadre des activités de subsistance. Elles ont le plus souvent été découvertes dans le cadre d’habitats plutôt que dans des sépultures. D’autres ont été trouvées dans un contexte archéologique évocateur de rituels. Mais en l’absence de sources écrites, les théories concernant un culte de la fécondité ou de la Déesse-Mère ne peuvent être évaluées scientifiquement. Reste que pour moi, comme pour bien d’autres personnes, ces figurines sont particulièrement évocatrices de à la Déesse-Mère… L’insistance sur les caractères sexuels féminins, sur les ventres et les seins proéminents, ainsi que l’absence de visage sur nombre de ces statuettes, semble pointer vers une stylisation, un symbolisme. Ces figurines ne sont pas des portraits, ils représentent un concept : la promesse de vie. Pour les peuples préhistoriques, le processus de reproduction était un Mystère empreint de magie. « Les femmes primitives se voyaient comme un mystère. Il y avait un besoin naturel de comprendre des choses comme la menstruation, la grossesse et l’accouchement. De façon évidente, ces choses les différenciaient des hommes dont les corps ne possédaient pas de tels pouvoirs. Pour les primitifs, il y avait certainement là une force magique à l’oeuvre, et apparemment elle ne concernait que les femmes du clan. » (Raven Grimassi The Wiccan Mysteries)

Commentaires pour Les Vénus préhistoriques
Alastor (26 juillet 2011 à 13:09) dit :
Il serait bon de vérifier vos sources : la vénus d’Aix a été étudiée par le CNRS qui a relevé des traces d’outils métalliques, ils ont pu en déduire qu’elle avait probablement moins de 2 siècles !
Réponse (27 juillet 2011 à 09:52) : merci, je ne le savais pas, effectivement.

dubedout (17 juin 2013 à 18:23) dit :
Bonjour, la photo de la Vénus de Monpazier que vous proposez est en fait celle du « polichinelle » de Grimaldi qui est en stéatite verte. Celle de Monpazier est en limonite, quartz et argile. Mais il est vrai que les deux se ressemblent…

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