Le Livre des Invasions de l’Irlande (résumé)

Précédemment publié le 13/11/2010 sur La Caverne (blog désactivé)


Textes

Le Lebor Gabála Érenn est l’un des récits irlandais majeurs de l’époque médiévale. Il décrit l’invasion de l’île par six peuples mythiques inhumains, avant l’arrivée et le règne terrestre des Gaëls (Milésiens). Après avoir été transmis exclusivement de manière orale jusqu’à la fin du VIIIe siècle, ce mythe fondateur de l’Irlande celtique fut ensuite copié, développé et remanié par les clercs pour qu’il soit plus en phase avec l’enseignement de l’Église catholique et la culture de l’époque. La première version écrite du Lebor Gabála Érenn date du VIIIe siècle ou du début du IXe siècle. Il existe 5 versions de ce mythe réparties dans 18 manuscrits rédigés entre le XIIe siècle et le XVIIIe siècle.

Le peuple de Cessair
En l’an 2242 de l’âge du monde, non admis à se réfugier sur la grande arche, Bith le quatrième fils de Noé, sa fille Cessair et bon nombre de leurs gens, décidèrent de fuir vers l’Ouest lointain, sur trois navires, à la recherche d’une terre qui ne serait pas recouverte par les eaux. C’est ainsi, qu’après un long voyage, ils débarquèrent enfin sur l’île que l’on nommerait plus tard Eireann.
Ils accostèrent quarante jours avant le déluge mais, de leur trois navires, un seul échappa au naufrage, si bien que survécurent de ce périple Cessair, cinquante jeunes filles et trois hommes. Ces derniers étaient Bith, Ladra le pilote ainsi que Fintan le sage. Ils bâtirent des maisons sur le sommet des montagnes et défrichèrent quelques bois. Mais une terrible maladie les décima tous, et le déluge emporta toute trace de leur passage, excepté Cessair qui demeura endormie pour un très long sommeil et Fintan le druide qui échappa aux eaux du ciel en se transformant en poisson.

Les Fomoires
Les Fomoires (Fomhoire) débarquent sur l’île après le Déluge, ils sont parfois appelés « Géants de la Mer ». Nombreux, ils sont décrits comme affreux (ils ont une seule main, une seule jambe, un œil au milieu du front et 3 rangées de dents), inhumains et dotés de pouvoirs magiques. Ils combattront tous les occupants successifs, ils représentent le chaos et le désordre perpétuel.

Le peuple de Partholón
278 ans après le Déluge, le jour de la fête de Beltaine (1er mai), 24 hommes et 24 femmes venus d’Espagne et menés par Partholón, fils de Sera descendant de Magog, débarquent à Inbher Scene le 17ème jour de la lune au mois de Mai. Leur règne va durer 5000 ans.
Partholón et les siens construisent de nombreuses maisons, et ils développent l’élevage, la métallurgie et le brassage de la bière.
Trente années s’écoulent, et durant ce temps, alors qu’il n’y avait qu’une plaine, trois lacs et neuf rivières, le courage des Partholoniens leur permet de défricher quatre autres plaines, et sept autres lacs jaillissent à la même période. Les années passent et le peuple se multiplie, même s’il lui faut combattre les Fomoires qui, parfois, surgissent. Les géants de la mer, menés par leur chef Cichol, convoitent l’île et ses richesses. Trois ans plus tard la première bataille d’Irlande est livrée. Cichol, roi des Fomoires, est tué et son peuple doit fuir.
Mais, par un 1er mai, les cieux s’emportent contre le peuple de Partholón. Ils meurent un à un, décimés par une étrange maladie, si foudroyante qu’elle ne laisse pas même à ses victimes le temps de finir une phrase ou de faire un pas : elles s’écroulent sur le sol sans vie. Cinq mille hommes et quatre mille femmes succombent en une semaine. Seul Tuan fils de Starn survit.

Le peuple de Nemed
L’Irlande reste déserte 30 ans, jusqu’à ce que Nemed fils d’Agnomainn et ses quatre fils, Starn, Larnabel le prophète, Fergus le rouge et Aininn débarquent sur les côtes de l’île verdoyante.
Les sujets de Nemed reprennent d’abord le travail abandonné par ceux de Partholón. Ils abattent assez d’arbres pour éclaircir douze immenses plaines et creusent quatre nouveaux lacs. Au début, leur lutte contre les Fomoires est couronnée de succès et ils remportent quatre victoires. Mais après la dernière de ces batailles, Nemed meurt subitement et, à leur tour, ses guerriers meurent les uns après les autres.
C’est pour les Fomoires une chance inespérée. Ils savent parfaitement ce qui se passe chez les dieux de la grande île car ils ont élevé au coeur des falaises une tour de verre dans laquelle se reflète toute la terre d’Irlande. Les Nemediens épuisés et affaiblis deviennent rapidement asservis par les Fomoires qui profitent de cette situation pour leur faire payer un très lourd tribut. A chaque veille de Samhain, le peuple de Nemed doit fournir les deux tiers de son grain, de son lait et de ses enfants. Mais les dieux décident de mettre un terme à leur humiliation. Lorsque vint la fête de Samhain, ils se soulèvent contre les Fomoires au lieu de leur payer le tribut exigé. Ils les attaquent à mains nues et Connan, le roi des Fomoires, est tué dès les premières minutes de combat. La tour de verre est brisée.
Mais la guerre n’est pas terminée. Une ultime bataille navale s’engage mais la mer déchaînée abrège le conflit en balayant les deux armées. C’est alors que les cieux interviennent pour que la race divine ne soit pas réduite à néant. Trente guerriers, fils, petits-fils et arrière petits-fils de Nemed, trouvent refuge sur un navire surgi soudain de nulle part. En quelques secondes, comme sous les ordres d’un pilote invisible, l’embarcation se dirige vers le nord, devient un point à l’horizon et disparaît bientôt.
Une fois de plus, les Fomoires règnent sur la totalité de l’île ; en l’absence d’ennemi à défier, ils se retirent dans leur abri sous-marin pendant cent cinquante ans.

Le peuple des Fir Bolg et les Tuatha dé Danann
Les Fir Bolg débarquent en Irlande mille six cents et une année après le déluge. Lorsqu’ils touchent terre, ils se séparent en trois groupes dirigés par leurs trois chefs, Fir Bolg, Fir Domnainn et Fir Galiain, et partent à la découverte de l’île verte, pour revenir enfin sur le site où avait commencé leur exploration, site qu’ils nomment Tara.
Ils vivent en paix pendant soixante fois douze solstices. Et, sous le règne du roi Eochaid, des navires apparaissent à l’horizon nord-est. C’est la flotte des Tuatha Dé Danaan ou tribu de la déesse Dana.
Qu’ils soient venus du ciel ou, comme semblent le croire certains bardes, des lointaines îles australes ou septentrionales, il est certain qu’ils venaient de quatre villes magiques nommées Findias, Gorias, Murias et Falias où ils avaient acquis leurs pouvoirs divins et appris à composer des poèmes.
Ils amènent avec eux les quatre possessions les plus précieuses au monde : de Findias, l’invincible épée du roi Nuada, à laquelle nul ne peut échapper ou survivre ; de Gorias, la lance magique qui trouve toujours sa cible, rayon du dieu solaire Lugh ; de Murias, le chaudron magique qui nourrit tout homme sans jamais se vider, propriété du dieu protecteur Dagda ; et, de Falias, la Lia Fail ou pierre magique du couronnement, douée d’un pouvoir miraculeux : dès que le roi légitime la touchait, la pierre criait si fort qu’on l’entendait jusque dans les régions les plus lointaines, afin que chacun sache qu’un roi nouveau régnait.
La flotte des Tuatha Dé Danaan atteint les côtes d’Irlande le premier jour de mai. Un phénomène étonnant se produit alors : le jour est bel et bien levé, mais la brume matinale se met à épaissir au lieu de devenir laiteuse comme à l’accoutumée. L’Irlande se couvre d’impénétrables nuages jaunes, jetés par la Morrigan et ses deux soeurs pour empêcher les Fir Bolg de voir arriver les Tuatha Dé Danaan.
Pendant trois jours et trois nuits, les envahisseurs parcourent l’île d’est en ouest sans être vus ni repérés ; ils sèment sur leur passage la mort et la dévastation. Quand ils atteignent le Leinster, le nuage se dissipe et les Fir Bolg découvrent les Tuatha Dé Danaan.
Les deux camps se préparent durant cent cinquante jours ; les Tuatha Dé Danaan avancent vers l’ouest et gagnent la province de Connacht. Pour eux, la victoire ne fait aucun doute. Ils ont brûlé leurs embarcations après avoir touché terre et veulent conquérir le plus de terrain possible avant la bataille.
Les Fir Bolg les plus braves livrent combat aux plus braves des dieux sur la plaine de Magh Tuiredh pendant quatre longs jours et quatre longues nuits. La bataille est cruelle mais honorable, car les Tuatha Dé Danaan n’ont pas recours à leurs armes magiques, la lance de Lugh et l’épée de Nuada. L’issue du combat reste longtemps incertaine : tant que ni l’un ni l’autre des rois ne souffre de blessure, les deux camps ne peuvent être départagés.
Le quatrième jour, dès le lever du soleil, les Fir Bolg attaquent avec une force et une fureur nouvelles. D’un unique et puissant coup d’épée, Sreng le courageux tranche la main du roi Nuada. Les Tuatha Dé Danaan prennent peur et sonnent la retraite. Mais Nuada lui-même les arrête et se jette une nouvelle fois dans la lutte. Et le roi Eochaid tombe. Lorsqu’ils voient leur souverain inanimé sur le sol, les Fir Bolg se dispersent dans la confusion. Nuada décide de laisser le Connacht aux Fir Bolg qui se sont battus valeureusement.
Ainsi prend fin la bataille de Magh Tuiredh, les Tuatha Dé Danaan érigent une centaine de piliers de pierres pour commémorer le triomphe des champions et la mort des héros. La plaine de Lia est alors appelée « Magh Tuiredh« , la plaine des piliers.
Le médecin Diancecht avec l’aide de Credné l’artisan, fabrique un bras en argent pour Nuada. Depuis ce jour son nom est Nuada Airgelamh (Nuada au bras d’argent). Malheureusement, la loi interdit qu’un homme infirme de quelque manière que ce soit règne sur le peuple. Alors les Tuatha Dé Danaan choisissent Breas comme roi.
Les Fomoires se réjouissent du couronnement de Breas. Ils sont très puissants et leur magie est redoutable. Il faut surtout craindre Balor leur sorcier, dont le front est serti d’un oeil maléfique. Une fois ouvert, grâce à son terrible éclair foudroyant, il peut terrasser mille guerriers d’un coup.
Les Fomoires décident d’imposer aux Tuatha Dé Danaan de lourds impôts. Négligence, humiliation, déshonneur, désolation, voilà ce à quoi ressemble l’Irlande depuis l’avènement de Breas.
Nuada, bien que possédant un bras en argent totalement articulé, n’en reste pas moins mutilé, et ne peut toujours pas remonter sur le trône. Alors Oirmiach et Airmed, les enfants de Diancecht le médecin, décident de tenter l’impossible : remplacer le bras de Nuada par celui d’un autre homme.
Breas finit par accepter d’abandonner sa souveraineté, à condition de disposer d’un délai de sept ans. Il profite de ce délai pour rejoindre les Fomoires et leur demander l’aide nécessaire pour récupérer son trône. Les Tuatha Dé Danaan s’attendent à cette traîtrise, et ils décident de s’organiser en vue d’un conflit qui semble inévitable.
A cette époque apparaît pour la première fois l’illustre Lugh Lamhfada, petit fils de Balor le maudit. Ce héros redonne espoir et courage au peuple des Tuatha Dé Danaan. Il provoque les hostilités en tuant les percepteurs Fomoires venus chercher leur tribut. Bientôt des centaines de navires Fomoires sont en vue au large des côtes du Connaught. Les Tuatha Dé Danaan se préparent sur les collines qui dominent la plaine de Magh Tuiredh. La veille du conflit, la Morrigan se faufile vers le camp ennemi, puis réussit à charmer le roi Indech et en profite pour lui enlever le sang du coeur et le symbole de sa virilité.
Le lendemain, les armées s’affrontent. La bataille fait rage lorsque Balor apparaît. Son oeil empoisonné s’ouvre et de ses profondeurs s’enflamme un éclair blanc. Mille soldats succombent en un instant par le rayon mortel, et les rochers gardent à tout jamais l’empreinte des ombres qui furent des hommes. Mais Lugh réagit avant que Balor ne recommence et il envoie une balle de fronde en métal sur l’oeil terrible. Celui-ci avant d’éclater traverse son crâne et grand nombre de guerriers Fomoires sont décimés par le dernier regard de leur sorcier. La bataille dure plusieurs jours et les Tuatha De Danaan sont victorieux. Nuada est tué et Lugh est couronné Roi d’Eireann.

Les Milésiens
Le peuple de Miledh au glorieux passé, avait erré jusqu’en Espagne, où débute cette histoire. Leur quête de l’île merveilleuse que les prophètes leur avaient promise semblait sans fin. Par une froide matinée, Ith fils de Breogann et petit fils de Miledh, scrute l’horizon du haut de la tour de son père, et il est le premier à apercevoir l’Irlande. Le temps très clair permet de voir loin, et il aperçoit une terre verdoyante qui lui paraît merveilleuse… Ith prépare son navire et emmène avec lui son fils et d’autres de ses gens. Le voyage est long mais ils accostent enfin dans le port de Bentracht à Mag Itha. Ils sont accueillis par trois étranges reines et c’est dans le palais de Tara qu’ils sont honorés de maints plaisirs.
Un jour, après avoir réglé un conflit entre les trois rois, on offre à Ith une faveur. Il demande de pouvoir s’installer dans une des provinces de l’île. Les Tuatha Dé Danaan acceptent, mais après mûre réflexion, ont des remords, et s’inquiètent du peuple de Miledh, qui au lieu de s’installer dans une seule province, convoitera le reste de l’île et ses merveilles. Alors ils prennent la tragique décision de le tuer.
Ith est donc assassiné, mais avant de mourir, il réussit à se traîner jusqu’aux siens pour les avertir du danger. Son corps est amené en Espagne au grand désespoir du peuple de Miledh, qui décide de s’emparer de l’île tout entière et d’en chasser les Tuatha Dé Danaan. Nombreux sont leurs navires et quarante seigneurs les commandent, tous menés par Donn fils de Miledh. Ils accostent à Inber Stainge.
S’ensuit une terrible guerre ou foule de sortilèges et malédictions sont envoyés par les druides et bardes des deux peuples. Les navires Milésiens sont même repoussés par des tempêtes magiques, mais ils réussissent à surmonter les terribles pouvoirs des Tuatha Dé Danaan.
Enfin les deux peuples s’affrontent à Tailtiu. La bataille est terrifiante, et les Tuatha Dé Danaan s’aperçoivent de la supériorité des sortilèges ennemis. Beaucoup périssent et le Dagda, la Morrigan, Mananann Mac Lir, ainsi que d’autres grands seigneurs décident de parlementer et trouver un accord sur le partage de l’Irlande. Ainsi ils jugent solennellement de se séparer celle-ci en deux. Le peuple de Miledh occupera la surface de la verte Eireann, tandis que les Tuatha Dé Danaan possèderont les royaumes des tertres ainsi que les petites îles qui entourent l’Irlande.

sources : arbre-celtique.com, contes-irlandais.com, Légendes celtes (Hulpach & Rizek), dictionnaire de mythologie celte (JP Persigout)

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