La Cailleach

000arrowback(Publié à l’origine le 10 juillet 2011 sur la Caverne)

Dans les mythologies écossaise (surtout) et irlandaise (un peu), la Cailleach (an Cailleach [prononcé kal-y-euRh]) est une déesse sombre de la nature, une sorcière divine, une créatrice et une divinité ancestrale, puisqu’on dit d’elle qu’elle est la mère de tous les dieux et déesses, la mère primordiale. Son nom signifie simplement ‘la vieille’ en gaélique moderne mais vient du vieil irlandais caillech qui signifie ‘la voilée’. Il est souvent associé au mot Bheur, qui signifie ‘acéré’ ou ‘strident, aigü’, car elle personnifie la rudesse de l’hiver septentrional. La Cailleach est en effet une représentation de l’hiver : elle mène les cerfs et son bâton gèle le sol.

20071228cailleach_jpgSouvent décrite comme une géante hideuse qui saute de sommet en sommet, on lui attribue la création de nombreuses montagnes et collines, qui furent formées, dit-on, quand elle fit tomber des rochers de son tablier tandis qu’elle traversait le pays. Dans d’autres cas, on dit qu’elle a bâti les montagnes volontairement pour s’en servir de marche-pied. Elle a un visage bleu-noir, luisant comme du charbon, et un oeil unique au centre de son front, caractéristique des êtres surnaturels qui peuvent voir au-delà du monde des contraires. Ses dents sont rouges et sa chevelure est faite de broussailles emmêlées couvertes de givre. Elle porte des vêtements gris et un grand plaid couleur de terre entoure ses épaules. Lorsque les tempêtes d’hiver font rage, les gens disent que la Cailleach secoue son plaid. Dans la main droite, elle tient un bâton avec lequel elle frappe le sol pour le geler, ou un marteau qui lui sert à façonner les montagnes.

The Cailleach by Michael HickeyA Samhain, Brighid retire son manteau vert de la terre. C’est maintenant sous terre que la vie se cache : les graines attendent le retour de la lumière, les arbres ne vivent que grâce à leurs racines, les animaux, petits ou grands, hibernent. La Cailleach supervise cette transformation. Elle est la déesse de la mort, qui laisse mourir ce qui est obsolète, et qui trouve dans les débris de l’année les graines de la nouvelle saison. Elle est la gardienne de la graine, de l’essence même de la vie. A la fin de l’hiver (selon le climat local : entre Là Fhèill Brìghde et Bealtaine, la Cailleach se rend dans les bois où se trouve le puits de jeunesse. A l’aube, elle boit l’eau qui jaillit d’une crevasse dans le rocher et se transforme en Brighid, la jeune déesse qui rend la terre verte à nouveau. Dans d’autres récits folkloriques, la Cailleach se transforme en rocher pour céder la place à Brighid.

Dans les mythes et légendes celtiques, la vieille femme hideuse est souvent une représentation de la Souveraineté. L’esprit de la terre est le dépositaire du pouvoir souverain, et on ne pouvait devenir roi que par le mariage symbolique avec l’esprit de la terre. Il est clair que la Cailleach est la terre, vêtue de neige en hiver, avec du lichen qui pousse sur son corps. Elle symbolise aussi le pouvoir du temps, et sa capacité à donner forme au paysage est une explication mythologique d’un processus qui prend des millions d’années.

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